Se prosterner hors prière à l'annonce d'une bonne nouvelle : la pratique du Prophète, sa forme et son statut selon les écoles.
Lorsque Ka'b ibn Malik fut pardonné après son abstention à l'expédition de Tabuk, il se prosterna immédiatement en gratitude (rapporté) ; le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) se prosternait à l'annonce des bonnes nouvelles :
Quand il lui arrivait une chose qui le réjouissait, il se prosternait en gratitude à Allah.Abu Dawud 2774, jugé bon
La forme
- Une prosternation unique, hors prière : prononcer le takbir (« Allahou akbar »), se prosterner, dire « Subhana Rabbiya al-A'la » ou toute louange et gratitude, puis relever.
- Sans formule figée : aucun texte n'a fixé un texte unique : on loue et remercie librement ; les ablutions sont exigées selon la majorité (fragment de prière), Abu Hanifa les excuse.
- Sans prière de deux rak'as : le sujud de gratitude est une prosternation, pas une prière complète ; certains savants ont préféré les deux rak'as de remerciement (rapportées de Ka'b) : deux pratiques licites.
- Ibn Baz (Fatawa Nur ala ad-Darb, pp. 463-464) : le sujud de gratitude répond à une grâce générale ou personnelle (naissance d'un enfant, accident évité) ; Abu Bakr se prosterna à la mort de Musaylima ; on y dit ce qu'on dit dans la prosternation de la prière ; au plus juste avis, la pureté n'y est pas exigée (l'avis contraire est jugé sans appui).
- Dar al-Ifta Misriyya (fatwa d'Atiyya Saqr, p. 43) : une seule prosternation selon le jumhur (hadith d'Abu Bakra : Abu Dawud, Ibn Majah, at-Tirmidhi qui l'a jugé bon) ; les conditions de la prière (pureté, qibla, couverture) s'y appliquent selon le jumhur : takbir avec intention, prosternation puis salam ; les malikites n'ont pas de sujud de gratitude : ils préfèrent deux rak'as ; ash-Shawkani : aucun texte n'exige la pureté pour elle.
Les occasions rapportées et recommandées
- La bonne nouvelle (naissance, pardon, rémission, réussite utile) : la prosternation de gratitude est la réponse prophétique à la joie.
- Éviter un mal (accident évité, guérison) : même pratique, avec l'aumône de remerciement recommandée.
- Les succès d'affaires licites : remerciement et aumône (le dixième volontaire sur les gains, rapporté des compagnons comme pratique louable).
Le statut selon les écoles
Recommandé (sunna) selon la majorité des juristes ; certains en font un simple acte licite ; aucun ne l'interdit : la prosternation de gratitude est l'un des gestes les plus accessibles et les plus sincères de la Sunna. Elle ne remplace ni ne retarde une prière obligatoire : elle s'y ajoute.
Note pratique
Un tapis, un takbir, quelques secondes : le sujud de gratitude s'apprend aux enfants dès la première bonne nouvelle. C'est l'anti-arrogance : chaque succès renvoyé aussitôt à Celui qui le donne.