Fumer et se droguer : le statut du tabac selon les écoles, l'unanimité sur les stupéfiants, et la voie du sevrage encouragée par le fiqh.
Le tabac est arrivé au monde musulman au 16e siècle, après la révélation : sa qualification s'est faite par les règles générales du nuisible et du gaspillage, jusqu'à l'avis nommé des savants contemporains. Les drogues, elles, tombent sous l'interdit explicite de l'ivresse.
Le tabac : l'avis des savants sunnites contemporains
- Ibn Baz (fatwa publiée sur son site officiel et dans ses recueils) : fumer est illicite (haram), la chicha comme la cigarette, à cause du mal établi qu'elle cause au corps et à l'argent ;
- le Comité permanent pour la recherche et les fatwas (Fatawa al-Lajna ad-Da'ima) : la culture, le commerce et la consommation du tabac sont illicites, par le verset : « ne vous jetez pas dans la destruction » (sourate al-Baqara 195) et « ne vous tuez pas » (sourate an-Nisa 29) ;
- l'historique de la qualification : des savants antérieurs ont hésité entre détestable et illicite selon les connaissances de leur temps ; les données médicales modernes (cancers, maladies cardiovasculaires) ont tranché le débat empirique et la fatwa a suivi ; celui qui tient le tabac pour détestable seulement l'a au minimum évité ;
- la chicha et la cigarette électronique : même qualification que le tabac ; les substances inconnues de la vape relèvent du doute évité (al-Bukhari 2051) ;
- le fondement scripturaire : « ils demandent ce qui est licite : déclare-leur licites les bonnes choses et interdis-leur les mauvaises » (sourate al-A'raf 157).
Les drogues : interdit unanime
Tout enivrant est vin, et tout enivrant est interdit.Muslim 2003
- Le critère : toute substance qui enivre (cannabis, opiacés, cocaïne, stimulants) entre sous l'interdit du khamr : « tout enivrant est illicite » (al-Bukhari 5143, 5575) ;
- le commerce : le trafic de stupéfiants est coopération au péché et à l'hostilité (sourate al-Ma'ida 2) ;
- les exceptions médicales : morphine prescrite, traitements contrôlés : admis par nécessité médicale documentée, la règle de la nécessité levant l'interdit à sa mesure.
La voie du sevrage
L'intention de rompre, les moyens licites (accompagnement médical, substituts autorisés), l'entourage qui protège, et le retour de la santé comme acte religieux : le corps est un dépôt confié (sourate al-Baqara 195). La rechute n'annule pas le repentir : on reprend l'effort.
Note pratique
Pour la jeunesse : la prévention par la parole franche et le sens (le corps confié, l'argent dépensé utile). Pour l'entourage d'un dépendant : jamais la moquerie, toujours l'aide orientée vers le soin.