Fiqh islamique > Le mariage et la famille > Le divorce judiciaire (tafriq) : rompre par le juge
Quand l'épouse ne peut pas obtenir le talak ni le khul' : les cas de dissolution par le juge (dommage, défaut d'entretien, absence, défaut caché).
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Mis à jour le 31 août 2026 à 03h55
Les quatre écoles s'accordent : un défaut grave de l'un des époux donne à l'autre la faculté de faire rompre le mariage. Les listes varient : pour les hanafites, la femme peut demander la rupture si le mari est impuissant (délai d'un an donné par le juge pour essayer), castré ou atteint d'un vice l'empêchant de rapporter ; les malikites et chaféites ajoutent la folie, la lèpre, la vitiligo selon des conditions propres ; chaque école détaille ses critères. Condition générale chez les fuqaha : celui qui est sain n'a plus la faculté s'il connaissait le défaut au moment du contrat ou y a consenti ensuite ; exception chez malikites et hanbalites pour l'impuissance, dont elle peut demander compte même après un silence prolongé.
Les savants s'accordent sur un point : le mari qui était aisé puis est tombé dans la gêne ne voit pas son mariage rompu, l'épouse attendant alors l'entretien des gens dans la gêne. Les avis se partagent s'il ne peut rien verser : hanafites et chaféites dans l'avis apparent refusent la rupture et orientent l'épouse vers la patience et le prêt au mari, d'après « si le débiteur est dans la gêne, accordez-lui un délai » (al-Baqara 280) ; malikites et hanbalites permettent au juge de rompre si l'entretien devient impossible. En revanche, le mari qui refuse de donner alors qu'il en a les moyens ne rompt pas le mariage non plus : la femme saisit l'autorité qui l'oblige, l'emprisonne en cas de refus et fait vendre ses biens.
Prends de quoi suffire à toi et à ton enfant, selon la convenance.al-Bukhari 5049 ; Muslim 1714
Ce hadith adressé à Hind, épouse d'Abu Sufyan avare, fonde la voie du prélèvement forcé : le Prophète lui ordonna de prendre sans ouvrir le divorce.
Pour malikites, chaféites et hanbalites, la rupture prononcée pour insolvabilité ou défaut n'a lieu que par décision du juge ; à défaut de juge, une communauté de musulmans probes peut tenir sa place selon les malikites. Elle ne se produit que sur la demande de l'épouse, car c'est son droit. Chez les hanafites, deux avis existent sur le pouvoir de la femme de choisir elle-même la rupture pour les défauts majeurs.
La nature de cette rupture divise les écoles : hanafites et malikites la comptent comme une répudiation définitive unique ; chaféites et hanbalites la voient comme une annulation qui ne décompte aucun divorce. Pour la rupture liée à l'entretien, chaféites, hanbalites et Ibn al-Mundhir la tiennent pour une annulation sans retour ; malikites la comptent comme une répudiation révocable, mais le retour ne devient possible qu'après que le mari a retrouvé de quoi tenir son engagement.
Le tafriq n'est pas une porte de sortie facile : il suppose un droit bafoué, une instance devant l'autorité et l'impossibilité d'obtenir justice autrement. Les familles et les savants cherchent d'abord la réconciliation ; la rupture vient en dernier recours.