Prier sur celui qui s'est donné la mort : la gravité du suicide, le consensus sur son statut de musulman, et la divergence sur la prière publique.
Le suicide est un grand péché expressément averti : le Prophète a dit de celui qui se tue avec du fer qu'il « s'enfoncera ce fer dans la main et s'en tourmentera au feu de la Géhenne, pour toujours » (Muslim 110 ; avertissement semblable pour le poison et la précipitation du haut d'une hauteur, al-Bukhari 5700). Mais il reste musulman : les savants l'enterrent au cimetière musulman et invoquent pour lui.
Le statut du suicidé
- Un musulman pécheur, pas un apostat : le suicide ne fait pas sortir de la religion ; ses héritiers héritent et ses funérailles suivent les rites (la divergence ne porte que sur la prière publique) ;
- l'espoir du pardon : le hadith de l'homme qui tua cent âmes et fut pardonné (Muslim 2766) ; la détresse psychique est un facteur atténuant reconnu : la pleine responsabilité exige la lucidité ;
- la prévention est une obligation de communauté : « ne vous tuez pas » (sourate an-Nisa 29) : accompagner la détresse, parler du soin, ne jamais banaliser.
La divergence sur la prière funéraire publique
- Le jumhur : prier sur le suicidé comme sur tout musulman pécheur ; le précédent classique est la femme de Juhayna qui vint se déclarer enceinte d'adultère, fut lapidée après son accouchement et sur laquelle le Prophète pria, répondant à Umar : « elle a fait une repentance qui, répartie entre soixante-dix habitants de Médine, les suffirait » (Muslim 1455) ;
- Malik et une partie des savants : laisser la prière publique (l'imam s'abstient, les gens prient) pour marquer la gravité et dissuader ; Ahmad rapporte que le Prophète n'a pas prié sur celui qui s'est tué ni sur le voleur ; cette abstention vise la protection publique, pas la condamnation du mort ;
- Ibn Baz (fatwa n° 13700, site officiel) : on prie sur le suicidé : le péché n'empêche pas la prière ; il est lavé, enveloppé, prié et enterré au cimetière des musulmans ;
- le Comité permanent des fatwas et la Dar al-Ifta égyptienne : même réponse : traitement complet de mort musulman ; la gravité du péché ne retire aucun de ces droits.
Le deuil du suicide
La famille vit un deuil doublé : rites musulmans complets (ghusl, kafan, enterrement), invocation pour le mort, et châtiment laissé à Allah : « Allah ne pardonne pas qu'on Lui associe, et Il pardonne au-delà à qui Il veut » (sourate an-Nisa 48). Déclarer le suicidé damné est interdit : son sort final appartient à Allah seul.
Note pratique
Face à une idée noire (soi ou un proche) : en parler, appeler le soin, ne pas rester seul. La religion protège la vie : le désespoir est interdit, l'espérance est un devoir : « ne désespérez pas de la miséricorde d'Allah » (sourate az-Zumar 53).