Accueil > Religions et croyances > Le sikhisme vu par l'islam > Le sikhisme est-il monothéiste ?
Le sikhisme affirme un Dieu unique sans image dès son premier verset. Ce que ce monothéisme partage avec le tawhid, et les 3 divergences qui demeurent.
Oui. Le sikhisme, fondé au Pendjab au 16e siècle par Guru Nanak, affirme un Dieu unique, créateur, sans image et sans naissance : « Ik Onkar », l'Un, ouvre le Guru Granth Sahib, le livre saint. Ce monothéisme se rapproche du tawhid sur l'essentiel : un seul Dieu sans associé ni incarnation. Il s'en distingue sur 3 points : les renaissances et le karma sont acceptés, les gourous jouent un rôle d'intermédiaires spirituels, et la révélation s'achève dans le texte même du Granth, sans prophétie finale au sens coranique.
Sommaire :
Mis à jour le 07 octobre 2026
📖 3 min de lectureLe sikhisme s'ouvre sur un signe unique : Ik Onkar, l'Un est. Le Mool Mantar qui suit décrit Dieu comme la vérité par excellence, le créateur, sans peur, sans haine, sans image, au-delà des naissances et auto-existant. Guru Nanak (1469-1539), dans une région traversée par l'hindouisme polythéiste et l'islam, pose ainsi un monothéisme affirmé et sans compromis : un seul Dieu, inaccessible aux images, que nul avatar ne représente. Le livre saint, le Guru Granth Sahib, rassemble les hymnes des gourous et de certains saints d'autres horizons, et depuis 1708 il tient lui-même la fonction de gourou éternel pour la communauté.
Sur ce point, le rapprochement est réel : ni temple sikh ni mosquée n'exposent de représentation divine. L'islam définit Allah : « Dis : Il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré non plus. Et nul n'est égal à Lui » (Coran 112:1-4).
Le sikhisme rejette l'incarnation de Dieu dans des statues, l'islam rejette toute ressemblance : « Les regards ne peuvent l'atteindre » (Coran 6:103). Les deux traditions joignent au refus de l'image une éthique voisine : l'égalité des hommes devant Dieu, la charité obligatoire (le langar sikh, repas communautaire ouvert à tous, répond au zakat musulman), le travail honnête et le partage. Ces convergences ne sont pas cosmétiques : elles viennent d'un même socle sémitique transmis et réinterprété au Pendjab.
Les divergences sont claires. 1 : les cycles. Le sikhisme garde la renaissance et le karma, là où l'islam enseigne une seule vie et un seul jugement. 2 : l'intermédiaire. Les gourous sikhs transmettent la voie et, dans le culte, la lumière du gourou médiatise l'accès à Dieu ;
l'islam n'admet aucun intermédiaire dans l'invocation : le serviteur appelle directement, et Allah répond (Coran 2:186). 3 : la révélation. Le sikhisme s'achève dans le Granth, sans clôture prophétique au sens coranique ; l'islam scelle la prophétie avec Mohamed (paix et salut sur lui). Le musulman honore donc dans le sikhisme un monothéisme sincère, et lui oppose tawhid pur, prophétie scellée et jugement unique.
Les 10 gourous humains, de Nanak à Gobind Singh (mort en 1708), ne sont pas des dieux dans la doctrine sikh : ils sont les portes de la vérité, et le texte prend ensuite leur place. Vu de l'islam, la frontière tient au rôle attribué : dès qu'une création devient le canal obligé du salut, l'unicité recule.
Le tawhid place le serviteur face à son Seigneur sans canal, sans clergé sacramentel, sans texte-dieu : le Coran est la parole d'Allah, adorée non pas en soi mais obéie en tant qu'elle vient de Lui. La nuance est fine mais totale, et elle explique pourquoi deux monothéismes si proches sur Dieu peuvent diverger complètement sur le salut. La page la différence entre le sikhisme et l'islam détaille les pratiques.
Non au sens strict : ils vénèrent la lumière spirituelle transmise par les 10 gourous et, depuis 1708, le texte même du Guru Granth Sahib comme gourou éternel. Vu de l'islam, c'est là que le tawhid prend sa distance : le musulman n'intercède par personne, et invoque directement son Seigneur qui répond à qui L'invoque (Coran 2:186).
Historiquement, Guru Nanak a vécu au carrefour des deux traditions au Pendjab, et le sikhisme en retient des éléments visibles : l'Un sans image côté musulman, les cycles et le karma côté hindou. Les sikhs revendiquent une révélation propre, reçue par leurs gourous. Le musulman juge chaque doctrine à son contenu : un Dieu unique sans naissance est rejoint, l'intermédiaire et les cycles ne le sont pas.
Comme l'islam, il juge que Dieu dépasse toute représentation : les temples sikhs (gurdwara) abritent le livre, jamais des statues. Ce refus de l'image est l'un des plus forts points communs entre les deux religions du Pendjab et de l'Arabie.