Biographie de Abdoullah ibn Omar
Abdallah Ibn Omar Ibn Al-Khattab Al-Qourachi Al-Adawi appartenait au clan des Banou Adi. Sa généalogie complète est donnée avec celle de son père. Sa mère, qui était aussi la mère de sa soeur Hafsa, se nommait Zaynab Bint Mazoun Ibn Habib Al-Joumahiya. Il embrassa l'islam avec son père alors qu'il était encore jeune et n'avait pas atteint la puberté. Certains ont prétendu qu'il se serait converti avant Omar, mais cette affirmation n'est pas fondée. Son émigration eut en revanche lieu avant celle de son père, ce qui conduisit certaines personnes à croire que sa conversion avait également précédé la sienne.
Les savants s'accordent à dire qu'il ne participa pas à Badr. Le Prophète ﷺ le jugea trop jeune et le renvoya. Les traditions divergent au sujet d'Ouhoud : l'une affirme qu'il y assista, tandis qu'une autre rapporte que le Messager d'Allah ﷺ le renvoya avec les autres garçons qui n'avaient pas encore atteint la puberté. Nafi rapporte d'Ibn Omar un souvenir de la conversion de son père. Omar demanda : "Quel habitant de La Mecque est le plus prompt à répandre une nouvelle ?" On lui désigna Jamil Ibn Mouammar Al-Joumahi. Omar sortit le trouver et le jeune Abdallah le suivit, attentif à tout ce qu'il voyait. Omar dit à Jamil : "Sais-tu que je suis devenu musulman ?" Jamil ne répondit pas; il se leva aussitôt en traînant son manteau, suivi d'Omar et d'Abdallah, puis parvint à la porte de la Mosquée sacrée. Là, il cria : "Ô gens de Quraych, Omar a apostasié !" Omar répliqua : "Tu mens. J'ai au contraire embrassé l'islam." La suite de cet épisode est rapportée dans le hadith.
La première campagne à laquelle Abdallah participa avec certitude fut la bataille du Fossé. Il prit ensuite part à Mouta, où combattit notamment Jaafar Ibn Abi Talib, puis à Yarmouk, à la conquête de l'Égypte et à celle de l'Ifriqiya. Il s'appliquait avec constance à reproduire les actes du Messager d'Allah ﷺ. Il se rendait dans les lieux où celui-ci était passé et priait partout où il avait prié. Lorsqu'il savait que le Prophète ﷺ s'était reposé sous un arbre, il allait jusqu'à arroser cet arbre afin qu'il ne se dessèche pas.
Ibn Omar raconta : "Je vis en rêve comme si je tenais dans ma main un morceau de brocart. Je ne désignais aucun endroit du Paradis sans qu'il ne m'y emporte en volant." Il confia ce rêve à Hafsa, qui le rapporta au Prophète ﷺ. Celui-ci déclara : "Ton frère est un homme excellent", ou, selon la variante : "Abdallah est un homme excellent."
Nafi relate qu'Ibn Omar se trouvait un jour dans les environs de Médine avec plusieurs compagnons. On lui servit une table lorsqu'un berger passa et les salua. Ibn Omar l'invita : "Viens, berger, et prends de cette nourriture." Le berger répondit qu'il jeûnait. Ibn Omar lui demanda comment il pouvait jeûner par une journée si brûlante et suffocante tout en gardant les moutons. L'homme répondit : "Par Allah, je mets à profit ces jours qui passent." Voulant éprouver sa piété, Ibn Omar lui proposa d'acheter une brebis, de lui en payer le prix et de lui donner une partie de sa viande pour rompre le jeûne. Le berger refusa : "Elles ne m'appartiennent pas; ce sont les brebis de mon maître." Ibn Omar lui suggéra que son maître pourrait simplement croire l'animal perdu. Le berger se détourna alors en levant le doigt vers le ciel et demanda : "Mais où est Allah ?"
Ibn Omar ne cessa ensuite de répéter les paroles du berger : "Le berger a dit : 'Où est donc Allah ?'" De retour à Médine, il contacta le maître, lui acheta à la fois le berger et le troupeau, puis affranchit l'homme et lui donna les brebis. Ce récit illustre à la fois son attention à la sincérité et sa générosité. Malik rapporte qu'Ibn Omar vécut encore soixante ans après le Prophète ﷺ et donna aux gens des avis juridiques pendant le pèlerinage et en dehors de celui-ci. Il le comptait parmi les imams des musulmans. Ach-Chaabi disait toutefois : "Ibn Omar excellait dans la transmission du hadith, mais il n'excellait pas autant dans le raisonnement juridique."
Dans ses avis religieux comme dans toutes ses décisions personnelles, Ibn Omar faisait preuve d'une extrême prudence. Il renonça à disputer le califat, malgré l'attachement profond que lui portaient les habitants de Syrie. Il ne prit part à aucun combat durant les troubles civils et n'assista à aucune des guerres d'Ali, car la situation lui paraissait confuse. Il regretta pourtant par la suite de ne pas avoir combattu à ses côtés. À l'approche de la mort, il déclara : "Il ne reste en moi aucun regret concernant ce monde, si ce n'est de ne pas avoir combattu le groupe rebelle." Abou Omar ajoute à cette parole : "aux côtés d'Ali".
Jabir Ibn Abdallah disait : "Il n'est aucun d'entre nous que ce monde n'ait atteint et qu'il n'ait influencé, à l'exception d'Omar et de son fils Abdallah." Marwane Ibn Al-Hakam proposa un jour à Ibn Omar de recevoir l'allégeance au califat, en lui faisant valoir que les Syriens le souhaitaient. Abdallah demanda ce qu'il ferait alors des habitants d'Irak. Marwane lui conseilla de les combattre. Ibn Omar répondit : "Par Allah, même si tous les hommes m'obéissaient à l'exception des habitants de Fadak, et qu'il me fallait combattre ceux-ci au prix d'une seule vie, je ne le ferais pas." Marwane le laissa donc.
Après la mort du Messager d'Allah ﷺ, Ibn Omar accomplit très souvent le pèlerinage et multiplia les aumônes. Il lui arriva de distribuer trente mille pièces en une seule séance. Nafi rapporte que, lorsqu'un bien lui plaisait particulièrement, il l'offrait à son Seigneur. Ses esclaves connaissaient cette habitude. Il arrivait que l'un d'eux reste assidûment à la mosquée; si Ibn Omar le voyait dans cet état de piété, il l'affranchissait. Ses proches lui disaient : "Ô Abou Abd Ar-Rahman, par Allah, ils ne font que te tromper !" Il répondait : "Celui qui nous trompe au nom d'Allah, nous acceptons d'être trompés par lui."
Nafi raconta encore qu'Ibn Omar se rendit un soir auprès d'un excellent chameau de race qu'il avait acheté avec une partie de ses biens. Satisfait de son allure, il le conduisit à sa place, en descendit et dit : "Ô Nafi, ôte-lui sa bride et sa selle, marque-le, pare-le et place-le parmi les bêtes destinées au sacrifice." Ce qu'il aimait devenait ainsi une offrande. Nafi l'entendit aussi invoquer Allah alors qu'il était prosterné dans la Kaaba : "Tu sais, ô mon Seigneur, que seule Ta crainte m'empêche de rivaliser avec Quraych pour ce monde." Lorsqu'il récitait : "Le moment n'est-il pas venu pour ceux qui croient que leurs coeurs s'humilient au rappel d'Allah ?", il pleurait jusqu'à être submergé par les larmes. Il disait : "La vertu est chose simple : un visage accueillant et une parole douce."
Ibn Omar transmit un très grand nombre de hadiths du Prophète ﷺ. Il rapporta également d'Abou Bakr, Omar, Othmane, Abou Dharr, Mouadh Ibn Jabal, Rafi Ibn Khadij, Abou Hourayra et Aisha. Parmi les Compagnons qui transmirent de lui figurent Ibn Abbas, Jabir et Al-Aghar Al-Mouzani. Parmi les Successeurs, ses fils Salim, Abdallah et Hamza, ainsi qu'Abou Salama et Houmayd, fils d'Abd Ar-Rahman, Mousab Ibn Saad, Saïd Ibn Al-Mousayyab, Aslam, affranchi d'Omar, Nafi, son propre affranchi, et beaucoup d'autres rapportèrent ses enseignements.
Il enseignait : "Toute substance enivrante est du vin et toute substance enivrante est interdite. Celui qui boit du vin en ce monde et meurt en y étant dépendant n'en boira pas dans l'au-delà." Il rapporta aussi qu'un jour le Messager d'Allah ﷺ le saisit par une partie du corps et lui dit : "Ô Abdallah, sois dans ce monde comme un étranger ou comme un voyageur de passage, et compte-toi parmi les habitants des tombes." Il ajouta : "Ô Abdallah Ibn Omar, là-bas il n'y aura ni dinar ni dirham. Il n'y aura que les bonnes et les mauvaises actions : récompense pour récompense et réparation selon le tort. Ne renie pas ton enfant en ce monde, de peur qu'Allah ne te renie dans l'au-delà et ne te déshonore devant les témoins. Et quiconque laisse traîner son vêtement par orgueil, Allah ne le regardera pas au Jour de la Résurrection."
Abdallah Ibn Omar mourut en l'an 73 de l'Hégire, trois mois après la mort d'Ibn Az-Zoubayr. Sa mort fut provoquée par Al-Hajjaj, qui ordonna à un homme d'enduire de poison la pointe d'une lance, de se presser contre lui sur la route et de la planter sur le dessus de son pied. Al-Hajjaj agit ainsi parce qu'il avait un jour prononcé un sermon en retardant la prière. Ibn Omar lui avait dit : "Le soleil ne t'attend pas." Al-Hajjaj avait répondu : "J'ai failli frapper ce qui se trouve entre tes deux yeux !" Abdallah répliqua : "Si tu le fais, tu seras à la fois un insensé et un homme de pouvoir."
Une autre tradition rapporte qu'Al-Hajjaj accomplit le pèlerinage avec Abdallah Ibn Omar sur l'ordre d'Abd Al-Malik Ibn Marwane, qui lui avait demandé de prendre Ibn Omar pour guide. Abdallah précédait Al-Hajjaj aux différentes stations, à Arafat et ailleurs, ce que ce dernier supportait difficilement. Il ordonna donc à un homme muni d'une lance empoisonnée de se coller à Ibn Omar lorsque la foule repartirait, puis de lui enfoncer la pointe sur le dessus du pied. Abdallah resta malade plusieurs jours. Al-Hajjaj vint lui rendre visite et demanda : "Qui t'a fait cela ?" Ibn Omar lui répondit : "Qu'en ferais-tu ?" Il jura qu'Allah le ferait mourir s'il ne tuait pas le coupable. Abdallah lui dit : "Je ne te vois pas le faire. C'est toi qui as ordonné à l'homme de me frapper de sa lance !" Al-Hajjaj demanda à Abou Abd Ar-Rahman de ne pas parler ainsi, puis le quitta. Ibn Omar survécut quelques jours encore avant de mourir, et Al-Hajjaj dirigea sa prière funéraire.