Fiqh islamique > Les peines (hudud) > La qadhf : la fausse accusation d'inconduite
Accuser sans preuve est un crime en soi dans le fiqh : la qadhf, sa qualification, la protection de l'honneur qu'elle institue, et le lien avec le li'an.
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Mis à jour le 31 août 2026 à 03h55
Le qadhf est l'accusation d'inconduite lancée sans preuve. L'encyclopédie le définit chez les chafiites comme le fait d'accuser de zina au grand jour, homme ou femme, et chez les hanbalites comme l'accusation de zina ou de liwat, ou le témoignage en ce sens dont la preuve n'est pas complète.
Ceux qui accusent des femmes chastes sans produire quatre témoins : fouettez-les de 80 coups et n'acceptez plus jamais leur témoignage ; ce sont eux les pervers.sourate an-Nur 4
La peine est de 80 coups pour l'homme libre, raisonnable et majeur. L'esclave en reçoit 40 selon la majorité des savants, soit la moitié de la peine de l'homme libre, une tradition rapportée des quatre califes ; une minorité (dont Abu Thawr, Dawud et les zahirites) soutient qu'il en reçoit 80, en s'appuyant sur la généralité du verset. Ibn Hazm et Ibn Rushd consignent l'unanimité sur le chiffre de 80 pour l'homme libre, sans addition.
Les juristes distinguent la formule explicite (traiter quelqu'un de zani), qui déclenche le hadd d'un commun accord, et l'allusion, qui n'en déclenche pas selon hanafites et chafiites : le hadd ne s'établit pas en présence d'un doute. Al-Shafi'i écrit qu'il n'y a ni li'an ni hadd sauf par une accusation explicite. Les malikites et les hanbalites infligent le hadd pour l'allusion lorsque l'intention ou le contexte l'établit ; à défaut, c'est le ta'zir, car l'acte reste une désobéissance sans hadd.
Cinq qualités font l'accord des juristes (Ibn Rushd) : la puberté, la liberté, la chasteté, l'islam, et l'absence de toute preuve antérieure de l'acte reproché. Celui dont le zina est établi par preuve ou aveu ne protège plus son honneur de cette accusation, et le hadd tombe pour le calomniateur ; Ahmad se contente d'une chasteté apparente, c'est-à-dire l'absence de preuve ou d'aveu antérieur.
Qui accuse plusieurs personnes d'une seule formule n'encourt qu'un seul hadd pour l'ensemble selon la majorité (hanafites, malikites, chafiites dans un avis, hanbalites dans le mazhab) : un seul hadd suffit à lever le déshonneur, exécuté pour celui qui le réclame. Le mari qui accuse son épouse sans procéder au li'an relève des règles propres au couple : les hanafites donnent à l'épouse le droit de réclamer le serment solennel et font emprisonner le mari jusqu'à ce qu'il s'y prête ou se rétracte ; malikites, chafiites et hanbalites suivent la même logique, le li'an étant la seule voie ouverte entre conjoints.
La question traverse les écoles : hanafites (et hanbalites dans une transmission) donnent la prééminence au droit d'Allah, si bien que le pardon de la personne accusée n'annule pas la peine. Malikites (avis le plus répandu), chafiites et hanbalites dans le mazhab donnent la prééminence au droit de la personne accusée : la peine ne s'exécute que sur sa demande, son pardon l'annule comme en matière de qisas, et ce droit passe à ses héritiers. Ibn Taymiyya rapporte l'accord des juristes sur un point : la peine ne s'exécute qu'à la demande de la personne accusée.
Le chapitre entier vise à protéger l'honneur d'autrui : la parole légère sur l'honneur des gens est traitée avec plus de rigueur encore que bien des actes.