L'assurance classique et la takaful islamique
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L'assurance classique et la takaful islamique
Assurer sa voiture, sa maison, sa vie : pourquoi l'assurance classique pose problème, ce qui est obligatoire par la loi, et la takaful comme alternative.
Mis à jour le 31 août 2026 à 03h55
L'assurance moderne (mutualisation du risque contre prime) pose au fiqh trois questions : la gharar (le sinistre est incertain), le riba (les fonds investis en intérêts) et le niveau de compensation (payer plus que la prime pour un dommage non subi). Les bases classiques et les verdicts institutionnels contemporains se rejoignent : la mutualité solidaire est la voie, la mutualisation à but lucratif est le problème.
Le verdict de base et ses nuances
- La base classique : l'assistance contre le sinistre a un précédent prophétique avec l'aqila, le pacte de solidarité par lequel la tribu ou l'alliance paie collectivement le prix du sang : pratique préislamique confirmée et organisée par le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) ; la compensation y naît de la solidarité, jamais d'un profit sur l'aléa.
- Le verdict académique : l'Académie internationale du fiqh islamique (OCI), résolution n° 9 (9/2) sur l'assurance et la réassurance (2e session, Djeddah, décembre 1985), juge que le contrat d'assurance commercial à prime fixe contient des éléments majeurs de gharar qui invalident le contrat ; la même résolution demande aux pays musulmans d'établir des institutions d'assurance coopérative.
- L'alternative désignée : la même résolution 9 (9/2) retient l'assurance coopérative fondée sur le don et l'entraide (tabarru') comme forme conforme ; la réassurance n'est valide que sur ce même modèle.
- L'assurance obligatoire (auto en France, santé dans plusieurs pays) : obligation légale à respecter, la contrainte de la loi étant admise selon la règle classique de l'iqrar al-hakim (l'ordre du souverain) ; le musulman s'assure au minimum requis.
- L'assurance vie épargnante : la plus problématique (capital garanti + gains = prêt à intérêt déguisé) ; les alternatives de prévoyance (épargne, mutuelle familiale) sont recommandées.
La takaful : la mutualité conforme
Le croyant pour le croyant est comme un édifice, se soutenant l'un l'autre.Muslim 2585 Allah est à l'assistance du serviteur tant que le serviteur est à l'assistance de son frère.Muslim 2699
- Le mécanisme : les participants versent des dons (tabarru') dans un fonds commun ; les sinistres sont payés du fonds ; l'opérateur gère contre commission, l'excédent étant investi conformément ou restitué aux participants : la mutualité remplace le contrat d'assurance à profit, comme dans la résolution 9 (9/2) de l'Académie (OCI).
- La gouvernance : l'AAOIFI (Organisation de comptabilité et d'audit des institutions financières islamiques) lui a consacré sa norme de gouvernance n° 3 « Takaful (assurance islamique) » : comité de Charia, ségrégation du fonds des participants d'avec le capital de l'opérateur, investissements conformes.
- La répartition : l'excédent revient aux participants ou à la charité, pas à l'actionnaire au titre du risque.
Les cas pratiques
- Sans takaful disponible : l'obligation légale se respecte ; l'assurance facultative se limite au nécessaire ; la sagesse est l'épargne de précaution et la confiance en Allah avec attache des jambes (hadith du chameau, at-Tirmidhi 2517).
- L'indemnisation reçue : licite comme compensation d'un dommage réel ; l'excédent sans dommage se traite selon le contrat et la prudence.
Note pratique
Ordre de priorité pour le musulman : takaful quand accessible, assurance obligatoire minimale sinon, épargne personnelle comme premier assureur, et la solidarité familiale (c'est l'assurance originelle des textes, l'héritière directe de l'aqila).
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