Biographie de Ouqayl ibn Abi Talib
Aqil Ibn Abi Talib, dont le père Abou Talib se nommait Abd Manaf Ibn Abd Al-Mouttalib Ibn Hachim Ibn Abd Manaf, était un Qourachi hachémite, cousin du Messager d'Allah ﷺ et frère germain d'Ali et de Jaafar. Il était le plus âgé des trois : dix ans le séparaient de Jaafar, lui-même plus âgé de dix ans qu'Ali, selon Mohammed Ibn Saad et d'autres auteurs. Sa kounya était Abou Yazid. Sa mère était Fatima Bint Assad Ibn Hachim. Le Prophète ﷺ lui dit : "Je t'aime de deux amours : pour notre parenté et parce que je sais combien mon oncle t'aimait."
Aqil fut contraint de sortir avec les polythéistes lors de Badr et fut capturé ce jour-là. Comme il ne possédait pas de quoi payer sa rançon, son oncle Al-Abbas le racheta. Il revint plus tard en musulman avant Al-Houdaybiya et émigra auprès du Prophète ﷺ en l'an 8. Il participa à la bataille de Mouta, puis revint malade. Il n'est plus mentionné dans les récits de la conquête de La Mecque, de Hunayn ou de Taif. Une autre tradition affirme cependant qu'il fut de ceux qui restèrent fermes autour du Messager d'Allah ﷺ à Hunayn. Le Prophète ﷺ lui attribuait chaque année cent quarante wasqs provenant de Khaybar.
Aqil avait la repartie prompte, savait réduire son contradicteur au silence et possédait de nombreuses qualités dont les biographies ne donnent pas ici tout le détail. Il connaissait mieux que quiconque les généalogies de Quraych ainsi que les jours marquants de son histoire. Cette science lui valut pourtant l'hostilité de nombreux Quraychites, car il révélait leurs équivalences et rappelait volontiers leurs défauts. Une natte lui était installée dans la mosquée du Messager d'Allah ﷺ, et les gens se rassemblaient autour de lui pour discuter des lignages et des anciennes batailles des Arabes. Ceux qu'il avait offensés répondirent en l'accusant injustement, en lui attribuant la sottise et en fabriquant contre lui de faux récits.
Son éloignement de son frère Ali et son départ pour rejoindre Mouawiya en Syrie facilitèrent ces attaques. Mouawiya lui dit un jour : "Voici Abou Yazid. S'il n'avait pas su que je lui serais plus profitable que son frère, il ne serait pas resté chez nous." Aqil répondit avec lucidité : "Mon frère est meilleur pour ma religion, tandis que toi tu es meilleur pour ma vie d'ici-bas. J'ai préféré mon monde présent, mais je demande à Allah de m'accorder une bonne fin." Il se rendit également auprès de Mouawiya parce que celui-ci était l'époux de sa cousine paternelle Fatima Bint Otba Ibn Rabia.
Aqil était lourdement endetté lorsqu'il vint trouver Ali à Koufa. Ali l'hébergea et ordonna à son fils Al-Hassan de lui fournir des vêtements. Le soir, il le convia au dîner. Aqil ne vit devant lui que du pain, du sel et quelques herbes. Il demanda : "N'y a-t-il rien d'autre que ce que je vois ?" Ali répondit que non. Aqil lui demanda alors de payer sa dette. Ali s'enquit du montant : quarante mille. Il répondit : "Je ne les possède pas. Patiente jusqu'au versement de mon allocation, qui est de quatre mille, et je te la donnerai." Aqil protesta : "Les trésors publics sont entre tes mains et tu me fais attendre ton allocation !" Ali répliqua : "M'ordonnes-tu de te donner l'argent des musulmans qu'ils m'ont confié ?" Aqil annonça qu'il irait chez Mouawiya, et Ali lui en donna la permission.
À son arrivée, Mouawiya lui demanda : "Ô Abou Yazid, dans quel état as-tu laissé Ali et ses compagnons ?" Aqil répondit : "Ils ressemblaient aux Compagnons de Mohammed, sauf que je ne voyais pas le Messager d'Allah ﷺ parmi eux. Quant à toi et tes compagnons, vous ressembliez à Abou Soufiane et ses compagnons, sauf que je ne voyais pas Abou Soufiane parmi vous."
Le lendemain, Mouawiya s'assit sur son lit et fit placer un siège à côté. Il autorisa les gens à entrer, tandis qu'Ad-Dahhak Ibn Qays s'installait près de lui. Aqil entra et, feignant de ne pas reconnaître l'homme, demanda : "Ô Mouawiya, qui est celui qui se tient avec toi ?" Mouawiya répondit : "Ad-Dahhak Ibn Qays." Aqil lança alors une raillerie concernant son père et déclara : "Louange à Allah qui a écarté la bassesse et complété ce qui manquait ! Voici celui dont le père châtrait Bahmane à Al-Abtah et savait parfaitement accomplir cette besogne." Ad-Dahhak répliqua : "Je connais les mérites de Quraych, tandis qu'Aqil en connaît les défauts." Mouawiya ordonna alors qu'on remette cinquante mille dirhams à Aqil, qui les prit et repartit.
Ibn Abbas rapporte que quatre hommes de Quraych étaient consultés lorsque les gens voulaient apprécier les qualités ou les défauts d'un prétendant : Aqil Ibn Abi Talib, Makhrama Ibn Nawfal Az-Zouhri, Abou Jahm Ibn Houdhayfa Al-Adawi et Houwaytib Ibn Abd Al-Ouzza Al-Amiri. Les trois derniers comptaient les qualités de l'homme qui venait les consulter et, si celles-ci l'emportaient, l'encourageaient à s'allier à lui. Aqil, lui, énumérait les défauts et cherchait lesquels étaient les plus graves. Le consultant ressortait souvent en souhaitant ne jamais être venu, car Aqil lui avait révélé des fautes que personne ne connaissait. Son fils Mohammed, Al-Hassan Al-Basri et d'autres transmirent de lui, bien qu'il ait rapporté peu de hadiths. La notice conserve enfin une chaîne passant par Abd Al-Wahhab Ibn Hibat Allah, Abdallah Ibn Ahmad, Ahmad, Al-Hakam Ibn Nafi, Ismail Ibn Ayyach, Salim Ibn Abdallah et Abdallah Ibn Mohammed, mais le texte s'interrompt avant le récit correspondant.