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Biographie de l'imam an-Nawawi (Yahya ibn Sharaf) telle que rapportée par le hafiz ad-Dhahabi dans Tarikh al-Islam. Il est mort en 676 H.
Actualizat la 14 septembrie 2026 la 20h10
📖 19 min de cititN° 330 : Yahya ibn Sharaf ibn Murri ibn Hasan ibn Husayn.
Mufti de la communauté, cheikh de l'Islam, Muhyi ad-Din, Abou Zakariyya an-Nawawi, le hafiz, le juriste, le shafi'ite, l'ascète, l'un des savants éminents.
Il naquit dans la décade médiane de Mouharram de l'année trente et un, selon le comput nabatéen. Leur aïeul est Husayn ibn Muhammad ibn Jouma ibn Hizam al-Hizami, avec un ha et un zay.
Husayn s'installa dans le Golan, dans le village de Nawa, selon la coutume des Arabes, et il y demeura. Allah lui accorda une descendance qui devint nombreuse.
Le cheikh Muhyi ad-Din disait : certains de mes aïeux prétendaient que ce nom renvoyait à Hizam, le père de Hakim ibn Hizam, qu'Allah l'agrée, mais c'est une erreur.
Quant à Nawawi, on écrit le nom sans alif, même s'il est permis de la maintenir.
Son père rapporta à notre cheikh Abou al-Hasan ibn al-Attar que le cheikh, alors qu'il dormait à côté de lui âgé de sept ans, la vingt-septième nuit de Ramadan, se réveilla vers le milieu de la nuit, réveilla son père et dit : « Père, quelle est cette lumière qui a rempli toute la maison ? » Toute la famille se réveilla, mais ils ne virent rien. Son père comprit alors que c'était la Nuit du Destin.
Ibn al-Attar dit : le cheikh Yassine ibn Youssouf al-Marrakuchi, qu'Allah lui fasse miséricorde, me rapporta : « J'ai vu le cheikh Muhyi ad-Din âgé de dix ans, selon le comput nabatéen, alors que les enfants le forçaient à jouer avec eux. Lui s'enfuyait, pleurait et récitait le Coran dans cet état. L'amour de lui s'installa alors dans mon cœur. Son père le plaça dans une boutique du village, mais il délaissait la vente pour se consacrer au Coran. Je recommandai à celui qui lui enseignait : celui-là est peut-être appelé à être le plus savant des gens de son époque. » Il me dit ensuite : « Es-tu astrologue ? » Je répondis : « Non, c'est simplement Allah qui m'a fait dire cela. »
On rapporta cela à son père, qui redoubla de zèle pour lui, alors qu'il approchait l'âge de la puberté.
Ibn al-Attar dit : le cheikh me raconta : « Quand j'eus dix-neuf ans, mon père m'emmena à Damas en l'année quarante-neuf. Je m'installai à l'école ar-Rawahiyya et j'y restai près de deux ans sans poser mon flanc sur autre chose que le sol. Ma nourriture se réduisait à la distribution de l'école, rien d'autre. »
Il mémorisa « At-Tanbih » en environ quatre mois et demi.
Il dit : « Je restai plus de deux mois, alors que je lisais la règle selon laquelle le grand ablution est obligatoire après l'introduction du gland, en pensant qu'il s'agissait de gargouillements du ventre. Je me baignais à l'eau froide chaque fois que mon ventre gargouillait. »
Il dit : « Je lus ensuite par cœur un quart du "Mouhadhdhab" pendant le reste de l'année, et je me mis à expliquer et à corriger auprès de notre cheikh Kamal ad-Din Ishaq al-Maghribi. Je m'attachai à lui, il m'admira et m'aima, et me chargea de réviser pour la plupart de ses étudiants. En l'année cinquante et un, j'accomplis le pèlerinage avec mon père : nous partîmes au début de Rajab et séjournâmes à Médine environ un mois et demi. »
Son père dit : « En partant de Nawa, la fièvre le saisit et ne le quitta qu'au jour d'Arafa, sans qu'il ne défaille jamais. »
Puis il revint et s'attacha à son cheikh Kamal ad-Din Ishaq.
Abou al-Mafakhir Muhammad ibn Abd al-Qadir, le juge, me dit : « Si al-Qushayri avait connu votre cheikh et le cheikh de celui-ci, il ne les aurait pas placés après les maîtres qu'il cite dans sa Risala, en raison de ce qu'ils réunissaient tous deux de science, d'œuvre, d'ascétisme, de piété et de paroles de sagesse. »
Il dit : « Le cheikh me rapportait qu'il suivait chaque jour douze leçons auprès des maîtres, en explication et en correction : deux leçons sur le "Wasit", deux sur le "Mouhadhdhab", une sur le "Jami bayn as-Sahihayn", une sur le "Sahih Muslim", une sur les "Luma" d'Ibn Jinni, une sur l'"Islah al-Mantiq" d'Ibn as-Sikkit, une sur le "Tasrif", une sur les principes du fiqh, tantôt les "Luma" d'Abou Ishaq, tantôt le "Muntakhab" de Fakhr ad-Din, une leçon sur les noms des rapporteurs, et une leçon sur les principes de la religion. »
« Je notais tout ce qui s'y rapportait : l'explication des passages difficiles, la clarté de l'expression, la correction de la langue. Allah a béni mon temps. L'envie me prit de m'occuper de médecine : j'achetai à cette fin le livre "Al-Qanun" et résolus de m'y consacrer. Mais mon cœur s'obscurcit, et je restai plusieurs jours dans l'incapacité de travailler à quoi que ce soit. Je réfléchis d'où cela m'était arrivé, et Allah m'inspira que la cause était mon occupation à la médecine. Je vendis le "Qanun" aussitôt, et mon cœur s'illumina. »
Il dit : « J'étais malade à l'école ar-Rawahiyya. Une nuit, je me trouvais sur sa terrasse orientale, mon père et mes frères dormant à côté de moi, quand Allah me redonna des forces et me délivra de ma douleur. Mon âme aspira à l'évocation d'Allah et je me mis à Le glorifier, tantôt intérieurement, tantôt à voix haute. Soudain, un cheikh à belle allure, de beau visage, se mit à faire ses ablutions à la piscine, au milieu de la nuit. Quand il eut terminé, il vint à moi et dit : "Ô jeune homme, n'évoque pas Allah à voix haute, tu déranges ton père, tes frères et les gens de l'école." Je dis : "Qui es-tu ?" Il répondit : "Je suis ton conseiller. Laisse-moi être ce que je suis." »
« Je pensai que c'était le diable. Je dis : je cherche refuge auprès d'Allah contre Satan le lapidé, et j'élevai la voix dans la glorification. Il se détourna et marcha vers la porte de l'école. Mon père et les gens se réveillèrent à ma voix. Je courus à la porte de l'école : elle était verrouillée de l'intérieur. Je fouillai l'école et n'y trouvai personne d'autre que ses habitants. Mon père me dit : "Yahya, qu'as-tu ?" »
« Je lui racontai ce qui s'était passé. Tous s'en étonnèrent, et nous restâmes ensemble à glorifier Allah et à L'évoquer. »
Il dit : « Puis il s'adonna au hadith. Il entendit le "Sahih Muslim" d'ar-Radi ibn al-Burhan, le "Sahih al-Boukhari", le "Musnad d'Ahmad", les "Sunan d'Abou Dawoud", ceux d'an-Nasa'i, celui d'Ibn Majah, le "Jami d'at-Tirmidhi", le "Musnad d'ash-Shafi'i", les "Sunan d'ad-Daruqutni", le "Charh as-Sunna", et bien d'autres ouvrages encore. »
« Il entendit le hadith de : Ibn Abd ad-Da'im, d'az-Zayn Khalid, du cheikh des cheikhs Sharaf ad-Din Abd al-Aziz, du juge Imad ad-Din Abd al-Karim ibn al-Harastani, d'Abou Muhammad Abd ar-Rahman ibn Salim al-Anbari, d'Abou Muhammad Ismail ibn Abi al-Yasar, d'Abou Zakariyya Yahya ibn as-Sayrafi, d'Abou al-Fadl Muhammad ibn Muhammad al-Bakri, du cheikh Shams ad-Din Abou al-Faraj Abd ar-Rahman ibn Abi Umar, et d'un groupe d'autres encore. »
« Il prit la science du hadith auprès d'un groupe de hafiz. Il lut le "Kamil" d'Abd al-Ghani le hafiz auprès d'Abou an-Naqa Khalid an-Nabulsi, ainsi que le commentaire de Muslim et la majeure partie du "Boukhari" auprès d'Abou Ishaq ibn Isa al-Muradi. »
« Il prit les principes du fiqh auprès du juge Abou al-Fath al-Tiflisi : il lut sous sa direction le "Muntakhab" et une partie du "Mustasfa" d'al-Ghazali. »
« Il approfondit le fiqh auprès de l'imam Kamal ad-Din Ishaq al-Maghribi puis al-Maqdisi, de l'imam Shams ad-Din Abd ar-Rahman ibn Nuh al-Maqdisi puis Damascène, et de Izz ad-Din Umar ibn Asad al-Irbili. »
« Le Nawawi se formait avec respect auprès de cet Irbili : il pouvait se lever, remplir l'aiguière et la porter devant lui jusqu'à l'endroit des ablutions. »
« Il y eut aussi l'imam Kamal ad-Din Sallar ibn al-Husayn al-Irbili puis al-Halabi, compagnon de l'imam Abou Bakr al-Mahani. »
« Les trois premiers avaient eux-mêmes étudié auprès d'Ibn as-Salah, qu'Allah lui fasse miséricorde. »
« Il étudia la grammaire auprès de Fakhr ad-Din al-Maliki et du cheikh Ahmad ibn Salim al-Misri. »
« Il lut sous Ibn Malik un livre parmi ses œuvres et transmit de lui des annotations. »
Prirent de lui : le juge Sadr ad-Din Sulayman al-Jabari, prédicateur de Darayya, le cheikh Shihab ad-Din Ahmad ibn Jawwan, le cheikh Ala ad-Din Ali ibn al-Attar, Amin ad-Din Salim ibn Abi ad-Durr, et le juge Shihab ad-Din al-Irbidi.
Transmirent de lui : Ibn al-Attar, al-Mizzi, Ibn Abi al-Fath, et une foule de gens.
Le juriste Ali ibn al-Muwaffaq nous a informés : Yahya ibn Sharaf le juriste nous a informés : Khalid ibn Youssouf ibn Sad le hafiz nous a informés. Et Sitt al-Arab bint Yahya nous a informés : Zayd ibn al-Hasan nous a informés : al-Mubarak ibn al-Husayn nous a informés : Ali ibn Ahmad nous a informés : Muhammad ibn Abd ar-Rahman nous a informés : Abdallah nous a informés : Shayban nous a informés : Hammad ibn Salama, de Thabit, d'Anas qui a dit : le Messager d'Allah, que la paix et le salut d'Allah soient sur lui, a dit : « Quiconque désire sincèrement, du fond du cœur, le martyre, Allah le lui accordera même s'il ne l'atteint pas. » Rapporté par Muslim, de Shayban. J'ai lu de la main de Najm ad-Din Ibn al-Khabbaz : « L'imam Muhyi ad-Din an-Nawawi nous a informés : Abd ar-Rahman ibn Abi Umar ibn Qudama le juriste nous a informés : Abou Abdallah ibn az-Zubaydi nous a informés : Abou al-Waqt nous a informés », puis il mentionne le premier hadith du Sahih.
Notre cheikh Ibn al-Attar dit : notre cheikh, qu'Allah lui fasse miséricorde, me rapporta qu'il ne perdait aucun temps, ni de nuit ni de jour, sans l'occuper à une tâche de science : même sur le chemin, il répétait ou révisait. Il demeura ainsi près de six ans, puis se consacra à la composition, à l'enseignement et au conseil des musulmans et de leurs gouverneurs, tout en luttant contre lui-même, en mettant en œuvre les subtilités du fiqh, en veillant à sortir des divergences des savants, et en surveillant les actes de ses cœurs pour les purifier de leurs souillures. Il se jugeait pour chaque pensée fugace qui le traversait.
Il était accompli dans sa science et dans ses branches, profond dans son art. Il était hafiz du hadith du Messager d'Allah, que la paix et le salut d'Allah soient sur lui : il en connaissait les catégories, l'authentique et le défectueux, le sens rare des termes et la déduction juridique qu'ils portent. Il était hafiz du madhhab, de ses règles et de ses principes, des dires des Compagnons et des Suivants, des divergences des savants et de leurs accords, suivant en cela la voie des anciens. Il consacrait tout son temps aux sciences et à la mise en œuvre du savoir.
Il dit : notre compagnon Abou Abdallah Muhammad ibn Abi al-Fath al-Hanbali me rapporta : « Une nuit, à la fin de la nuit, dans une mosquée de Damas, le cheikh se tenait debout en prière surintendante dans l'obscurité, répétant la parole du Très-Haut : "Et arrêtez-les, ils seront interrogés" (Sourate as-Saffat, verset 24) maintes fois, avec tristesse et humilité, jusqu'à ce qu'Allah seul connaît ce que cela produisit en moi. »
Il dit : « Lorsqu'il mentionnait les vertueux, il le faisait avec vénération et respect, rapportant leurs mérites et leurs prodiges. » Notre cheikh Waliyy ad-Din Ali, qui demeurait à Bayt Lihya, me dit : « Je fus atteint de la goutte, et le cheikh Muhyi ad-Din me rendit visite. Dès qu'il s'assit, il se mit à parler de la patience : chaque fois qu'il parlait, la douleur diminuait peu à peu, jusqu'à disparaître entièrement. Or je ne dormais plus la nuit, et je sus que ce soulagement venait de sa bénédiction. »
Le cheikh Rashid ad-Din ibn al-Muallim dit : « J'ai reproché au cheikh de ne jamais entrer au hammam et de restreindre sa vie, dans sa nourriture, ses vêtements et ses conditions d'existence. Je lui dis : je crains pour toi une maladie qui t'empêcherait de choses meilleures que celles que tu vises. Il répondit : "Untel a jeûné et adoré Allah jusqu'à en devenir vert." Je sus alors qu'il n'avait aucun dessein dans notre demeure d'ici-bas et qu'il ne se souciait pas de notre état. »
Il dit : « J'ai vu un homme éplucher une courge pour la lui offrir. Il refusa et dit : je crains que mon corps ne s'humidifie et que le sommeil ne me vienne. »
Il dit : « Il ne mangeait, dans le jour et la nuit, qu'un seul repas après la dernière prière de la nuit, et ne buvait qu'une seule gorgée à l'aube. Il ne buvait pas d'eau fraîche et ne mangeait aucun fruit. On l'interrogea là-dessus et il dit : "Damas regorge de waqfs et de biens dont les propriétaires sont sous tutelle. On ne peut en disposer que par un échange avantageux, et leur exploitation se fait en partage de récolte, avec des litiges, alors que les gens n'en tirent qu'une part infime sur mille parts du propriétaire. Comment mon âme se réjouirait-elle d'en manger ?" »
Notre cheikh Majd ad-Din Abou Abdallah ibn az-Zahir me dit : « Le cheikh Taqi ad-Din Ibn as-Salah n'est pas parvenu à ce que le cheikh Muhyi ad-Din a atteint : la science du fiqh, du hadith et de la langue, et la douceur du verbe. »
Allah, le Très-Haut, a béni la communauté par ses œuvres : elles se répandirent dans les contrées et furent portées jusqu'aux métropoles. Parmi elles : « Al-Minhaj », commentaire du Sahih de Muslim ; « Kitab al-Adhkar » ; « Riyad as-Salihin » ; « Les Quarante hadiths » ; « Al-Irshad » sur les sciences du hadith ; « At-Taysir » sur le résumé de l'Irshad mentionné ; « Al-Mubhamat » ; « At-Tahrir » sur les termes du Tanbih ; « Al-Umda » sur le Sahih du Tanbih ; « Al-Idhah » sur les rites du pèlerinage ; « Al-Ijaz » sur les rites, et il possède quatre autres manuels de rites.
Ainsi que « At-Tibyan » sur les devoirs des porteurs du Coran ; des fatwas ; « Ar-Rawda » en quatre gros volumes ; « Al-Minhaj » sur le madhhab ; « Al-Majmu », commentaire du Mouhadhdhab, qui atteint la porte du chapitre de la pluie en quatre gros volumes ; un commentaire d'une partie du Boukhari ; un beau commentaire du début du « Wasit » ; une pièce sur les jugements ; une grande pièce du « Tahdhib al-Asma wa-l-Lughat » ; une ébauche sur les générations des juristes ; une pièce de vérification en fiqh, jusqu'au chapitre de la prière du voyageur.
Ibn al-Attar dit : « Il possédait de nombreux brouillons. Une fois, il m'ordonna de vendre près d'un millier de cahiers écrits de sa main et de veiller à leur passage au pulpeur. Je n'ai pas contrevenu à son ordre, mais mon cœur en garde des regrets. »
Le cheikh Rashid ad-Din al-Fariqi posa les yeux sur le « Minhaj » et dit :
Yahya s'est enrichi par la grâce : il s'est enrichi
D'un propos simple, bref et utile,
Paré de sa piété et de son mérite, il resplendit
D'une lumière subtile qui embrasse tout,
Érigeant des balises de science tranchante,
Par une parole qui élève ar-Rafi'i,
Au point qu'Ibn as-Salah semble présent,
Et que le disparu, ash-Shafi'i, est parmi nous.
Il n'acceptait de personne rien du tout, sauf en de rares occasions, et de quelqu'un qui n'avait aucun lien d'enseignement avec lui. Un pauvre lui offrit une fois une aiguière : il l'accepta. Le cheikh Burhan ad-Din al-Iskandarani résolut de rompre le jeûne chez lui pendant Ramadan. Il dit : « Apportez la nourriture ici, et nous rompons le jeûne ensemble. » Abou al-Hasan dit : « Nous rompîmes le jeûne, nous trois, sur deux mets ou davantage. »
Le cheikh réunissait parfois deux sauces dans son repas. Il commandait le bien et interdisait le mal, sans craindre pour Allah le blâme d'aucun blâmeur. Il affrontait les rois et les tyrans pour interdire le mal, et lorsqu'il ne pouvait pas les affronter, il écrivait des lettres. Parmi celles qu'il écrivit et qu'il me confia pour en mener la démarche figurait une lettre visant l'équité envers les sujets et la suppression des taxes illégales. Y participèrent avec lui nos cheikhs : Shams ad-Din, az-Zawawi, ash-Shayrishi, le cheikh Ibrahim ibn al-Armawi et le prédicateur Ibn al-Harastani. Il la plaça sur une feuille adressée à l'intendant du trésor, où il était écrit : « De l'esclave d'Allah Yahya an-Nawawi : que la paix d'Allah, Sa miséricorde et Ses bénédictions soient sur le seigneur bienfaisant, le roi des émirs Badr ad-Din, qu'Allah multiplie pour lui les bienfaits, le comble de biens, et réalise pour lui tous les espoirs de ce monde et de l'au-delà, et le bénisse en toutes ses conditions, amine. Les sciences honorables font savoir que les gens de Cham sont dans la gêne et la faiblesse, à cause de la rareté des pluies et de la cherté des prix... » Il y développa un long passage. Lorsque l'intendant en prit connaissance, il transmit la feuille au sultan, qui la renvoya avec une réponse violente et blessante. Les cœurs du groupe en furent peinés.
Il écrivit d'autres lettres encore au roi az-Zahir pour ordonner le bien.
Ibn al-Attar dit : le traditionniste Abou al-Abbas ibn Farah me dit, lui qui avait chaque semaine deux rendez-vous avec le cheikh pour lui expliquer les deux Sahihs : « Le cheikh Muhyi ad-Din a atteint trois rangs, dont chacun seul aurait suffi à faire voyager les gens vers lui. Le premier rang est la science ; le deuxième, l'ascétisme ; le troisième, l'ordre du bien et l'interdiction du mal. »
Le cheikh voyagea vers Nawa, visita Jérusalem et Hébron, puis revint à Nawa et tomba malade chez son père. Ibn al-Attar dit : « Je lui rendis visite. Il se réjouit de me voir, puis me dit : retourne auprès des tiens. Je le saluai alors qu'il touchait à la guérison, et c'était un samedi. Il décéda dans la nuit du mercredi. »
Il dit : « Cette nuit-là, je dormais, quand un héraut cria depuis le portique de la grande mosquée de Damas, un jour de vendredi : "La prière sur le cheikh Rukn ad-Din." Les gens crièrent à cette annonce. Je me réveillai et dis : nous sommes à Allah et c'est vers Lui que nous retournons. Le jeudi suivant, sa mort nous parvint : elle fut annoncée le vendredi après la prière, et l'on pria sur lui l'office des absents. »
Le cheikh Qutb ad-Din dit : « Dans la nuit du mercredi vingt-quatre Rajab décéda à Nawa le cheikh Muhyi ad-Din an-Nawawi, l'auteur des grandes œuvres, et il y fut enterré. Il fut l'homme unique de son temps en piété, en adoration, en détachement, en rudesse d'existence et en ordre du bien. »
Le roi az-Zahir siégeait à la maison de justice plus d'une fois. On rapporte du roi az-Zahir qu'il dit : « C'est moi qui me méfie de lui. »
Ses desseins étaient nobles. Il fut nommé à la direction de Dar al-Hadith. Je dis : il y fut nommé après la mort d'Abou Shama, en l'année soixante-cinq, et y demeura jusqu'à sa mort.
Shams ad-Din Ibn al-Fakhkhar dit : « C'était un imam, très doué, un hafiz, un mufti. Il maîtrisa de nombreuses sciences et composa des œuvres immenses. Sa piété et son ascétisme étaient extrêmes : il renonça à toutes les jouissances d'ici-bas, ne mangeant que ce que son père lui apportait, un biscuit sec et des figues du Hawran, et ne portant que des vêtements rapiécés. Il n'entra jamais au hammam et renonça à tous les fruits. »
Il commandait le bien et interdisait le mal devant les émirs, les rois et les gens du commun. Nous demandons à Allah de l'agréer, et d'être agréés par son intermédiaire.
La mention de ses mérites serait trop longue. Il renonça à toutes les ambitions d'ici-bas et ne prit, d'aucune d'entre elles, un seul dirham.
Notre cheikh Abou al-Hasan ibn al-Attar raconta que le cheikh ôta son vêtement et que l'un des étudiants se mit à le battre pour le nettoyer. Il y avait des poux dedans. Le cheikh l'en empêcha et dit : « Laisse-le. »
Je dis : son vêtement ressemblait à celui des juristes du Hawran, sans aucune considération. Il portait une petite étole, sa barbe était noire avec quelques poils blancs, et il dégageait une présence et une sérénité.
Il ne s'accommodait pas des cris des juristes dans la discussion, mais parlait avec lenteur, majesté et dignité.
Plus de vingt personnes le pleurèrent, en plus de six cents vers, parmi lesquelles : Majd ad-Din Ibn az-Zahir, le grand juge Najm ad-Din Ibn Sasra, Majd ad-Din Ibn al-Muhtar, Ala ad-Din al-Kindi le secrétaire, et al-Afif al-Tilmisani, le soufi poète.
Ses parents voulurent édifier une coupole sur sa tombe. Sa tante, ou une proche parente, le vit en songe et il lui dit : « Dis-leur de ne pas faire ce qu'ils ont résolu : chaque fois qu'ils bâtissent quelque chose, elle se détruit sur eux. » Elle s'éveilla troublée, leur raconta sa vision, et ils entourèrent sa tombe de pierres qui repoussent les bêtes de somme.
Abou al-Hasan dit : « Des gens de Nawa m'ont dit qu'ils lui avaient demandé un jour de ne pas les oublier aux parvis de la Résurrection. Il leur répondit : "Si j'ai encore... et de la noblesse, par Allah, si j'entrais au Paradis, aucun de ceux que je connais ne resterait derrière moi." »
Je dis : notre livre ne saurait supporter davantage de ce que nous avons rapporté de la biographie de ce seigneur, qu'Allah lui fasse miséricorde. Sa doctrine concernant l es attributs rapportés était le silence et le passage de ceux-ci tels qu'ils sont parvenus. Il interprétait parfois quelque peu, dans son commentaire de Muslim, qu'Allah, le Très-Haut, lui fasse miséricorde.
Selon les sources et les modes de translittération, son nom s'écrit également : An-Nawawi, En-Nawawi, Nawawi, Yahya ibn Sharaf an-Nawawi, Abou Zakariyya an-Nawawi, Mouhyi ad-Din an-Nawawi, Imam an-Nawawi. Toutes ces graphies désignent la même personnalité, telle que rapportée par le hafiz ad-Dhahabi.