Le voyage du jeune Mohamed en Syrie avec Abu Talib et Bahira

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Le voyage du jeune Mohamed en Syrie avec Abu Talib : le moine Bahira à Bosra, le repas inattendu, le sceau de prophétie entre les épaules, la version d’al-Khara’iti avec les sept Romains, les réserves d’Ibn Kathir et la jeunesse auprès d’Abu Talib, d’après Ibn Ishaq, at-Tirmidhi et al-Bayhaqi.

Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07

Le départ avec Abu Talib pour la Syrie

Ibn Ishaq a dit : Abu Talib partit ensuite avec une caravane commerçante vers la Syrie. Lorsqu’il fut prêt au départ et que la caravane s’ébranla, le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se mit à pleurer à son sujet, selon ce que l’on rapporte : Abu Talib en fut attendri et dit : « Par Allah, je sortirai avec lui et ne le quitterai jamais, et il ne me quittera pas », ou des paroles semblables. Il partit donc avec lui.

Bahira, le moine de Bosra, et le repas inattendu

Lorsque la caravane s’arrêta à Bosra, au pays de Syrie, il y avait là un moine nommé Bahira, dans son monastère : il détenait la science des chrétiens, et ce monastère n’avait jamais cessé d’avoir un moine vers lequel se transmettait leur science, d’un livre : selon ce que l’on rapporte : hérité de génération en génération. Les caravanes passaient souvent près de lui sans qu’il leur adressât la parole ni leur fît honneur, jusqu’à cette année-là : lorsqu’ils s’arrêtèrent près de son monastère, il leur prépara un abondant repas, à cause : selon ce que l’on rapporte : de quelque chose qu’il vit depuis son monastère : il avait vu le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la caravane à leur arrivée, et un nuage qui l’ombrageait au milieu des gens. Puis ils s’approchèrent et s’arrêtèrent à l’ombre d’un arbre proche de lui ; il regarda le nuage ombrageant l’arbre, dont les branches s’inclinaient sur le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) jusqu’à ce qu’il se mît à son abri. Voyant cela, Bahira descendit de son monastère, ayant ordonné la préparation du repas, puis leur envoya dire : « J’ai préparé pour vous un repas, ô assemblée de Quraysh : je souhaite que vous veniez tous, grands et petits, esclaves et hommes libres. »

Un homme d’eux lui dit : « Par Allah, Bahira, tu as aujourd’hui une affaire ! Tu ne nous faisais pas cela, et nous passions souvent près de toi : qu’as-tu aujourd’hui ? » Bahira lui dit : « Tu as dit vrai : cela était ; mais vous êtes des hôtes, et j’ai voulu vous honorer et vous préparer un repas dont vous mangiez tous. » Ils se rassemblèrent auprès de lui ; le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) resta en arrière du groupe, à cause de son jeune âge, dans les bagages sous l’arbre. Bahira, les voyant, ne vit pas le signe qu’il reconnaissait, et dit : « Ô assemblée de Quraysh, que nul de vous ne manque à mon repas. » Ils dirent : « Ô Bahira, il n’en manque qu’un garçon, le plus jeune de nous, resté dans nos bagages. » Il dit : « Ne le laissez pas : appelez-le, qu’il vienne à ce repas avec vous. » Un homme de Qurayz parmi le peuple dit : « Par al-Lat et al-Uzza, ce serait une lâcheté de notre part que Mohamed ibn Abdallah manque à un repas parmi nous ! » Puis il se leva vers lui, l’enveloppa de son bras et l’assit au milieu des gens. Bahira, le voyant, se mit à le fixer avec insistance et à examiner ce qu’il reconnaissait de son corps de ses descriptions.

L’interrogatoire et le sceau de prophétie entre les épaules

Lorsque le peuple eut fini son repas et se fût dispersé, Bahira vint à lui et dit : « Ô garçon, je te demande par al-Lat et al-Uzza de m’informer de ce que je t’interroge. » Si Bahira lui tint ce propos, c’est qu’il avait entendu son peuple jurer par elles ; on a prétendu que le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : « Ne m’interroge point par al-Lat et al-Uzza : par Allah, rien ne m’a jamais dégoûté autant qu’elles. » Bahira lui dit : « Par Allah alors : réponds-moi de ce que je t’interroge. » Il lui dit : « Interroge-moi de ce qui te plaît. » Bahira l’interrogea sur son sommeil, son allure et ses affaires, et le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’informa, ce qui concordait avec ce que Bahira tenait de sa description.

Puis il regarda son dos et vit le sceau de la prophétie entre ses deux épaules, à l’endroit décrit. Lorsqu’il eut fini, il s’adressa à son oncle Abu Talib : « Que te est ce garçon ? » Il dit : « Mon fils. » Bahira dit : « Ce n’est pas ton fils : ce garçon ne saurait avoir son père vivant. » Il dit : « C’est le fils de mon frère. » Bahira dit : « Qu’est devenu son père ? » Il dit : « Il est mort, sa mère enceinte de lui. » Bahira dit : « Tu as dit vrai : ramène ton neveu à son pays et protège-le des Juifs. Par Allah, s’ils le voient et reconnaissent en lui ce que j’ai reconnu, ils lui voudront du mal : il y aura pour ton neveu une grande affaire. Hâte-toi de le ramener à son pays. » Son oncle Abu Talib partit donc rapidement avec lui jusqu’à le ramener à la Mecque après avoir achevé son commerce en Syrie.

Zourayr, Tamam et Daris tournés away par Bahira

Ibn Ishaq a dit : on a prétendu : dans ce que rapportent les gens : que Zourayr, Tamam et Daris, gens du Livre, avaient vu le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme le vit Bahira dans ce voyage où il était avec son oncle Abu Talib, et qu’ils voulurent s’en prendre à lui : Bahira les en détourna, leur rappela Allah et ce qu’ils trouvaient dans le Livre de sa mention et de sa description, et qu’étaient-ils à s’unir pour ce qu’ils voulaient, ils n’y parviendraient pas avant de reconnaître ce qu’il leur avait dit et de le confirmer : ils le laissèrent et s’en détournèrent.

La version d’al-Khara’iti : les sept Romains et le pacte

Younous ibn Boukayr rapporta, d’après Ibn Ishaq, qu’Abu Talib dit à ce sujet trois qasidas : tel est ce texte rapporté par Ibn Ishaq sans isnad, dont une version semblable est parvenue par une voie ascribed authentifiée. Le hafiz Abu Bakr al-Khara’iti rapporta : Abbas ibn Mohamed ad-Douri nous a rapporté, d’après Qourrad Abou Nouh, d’après Younous, d’après Abou Ishaq, d’après Abu Bakr ibn Abi Moussa, d’après son père : Abu Talib partit pour la Syrie, avec lui le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parmi des anciens de Quraysh. Lorsqu’ils eurent aperçu le moine : c’est-à-dire Bahira : ils descendirent et dressèrent leurs tentes : le moine sortit vers eux, alors qu’auparavant ils passaient près de lui sans qu’il sortît ni tournât vers eux. Il descendit tandis qu’ils dressaient leurs tentes, se glissa parmi eux jusqu’à venir prendre la main du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dire : « Celui-ci est le maître des mondes. » Dans la version d’al-Bayhaqi, une addition : « Celui-ci est le messager du Seigneur des mondes : Allah l’enverra comme miséricorde pour les mondes. » Des anciens de Quraysh lui dirent : « Comment le sais-tu ? » Il dit : « Lorsque vous avez paru au col, il ne resta arbre ni pierre sans se prosterner : ils ne se prosternent que pour un prophète ; et je le reconnais au sceau de la prophétie, sous le cartilage de son épaule. » Puis il retourna et leur prépara un repas.

Lorsqu’il vint à eux : lui qui était au pâturage des chameaux : il dit : « Envoyez-le-moi. » Il s’avança, un nuage l’ombrageant. Lorsqu’il approcha du peuple, il dit : « Regardez : un nuage le couvre. » Lorsqu’il approcha du peuple, il les trouva ayant devancé l’ombre de l’arbre ; lorsqu’il s’assit, l’ombre de l’arbre s’inclina sur lui. Il dit : « Regardez l’ombre de l’arbre inclinée sur lui. » Tandis qu’il était debout parmi eux, les suppliants de ne point l’emmener vers les Romains : si les Romains le voyaient, ils le reconnaîtraient à la description et le tueraient : il se retourna : voici sept hommes des Romains qui s’avançaient. Il fit face à eux et dit : « Qu’est-ce qui vous amène ? » Ils dirent : « Nous avons appris que ce prophète sort en ce mois : il ne resta aucune route sans que des gens y fussent envoyés, et nous avons été informés de sa nouvelle jusqu’à cette route. » Il dit : « Avez-vous laissé derrière vous quelqu’un de meilleur que vous ? » Ils dirent : « Non : nous avons été informés de sa nouvelle jusqu’à cette route. » Il dit : « Voyez donc une affaire qu’Allah veut trancher : quelqu’un des gens peut-il la détourner ? » Ils dirent : « Non. » Il dit : « Prêtez-lui donc serment », et ils demeurèrent auprès de lui. Le moine dit : « Je vous en conjure par Allah : lequel de vous est son tuteur ? » Ils dirent : « Abu Talib. » Et il ne cessa de le supplier jusqu’à ce qu’il le lui rendît, et Abu Bakr envoya Bilal avec lui, et le moine le ravitaille de galettes et d’huile.

Ainsi le rapporta at-Tirmidhi, d’après Abou al-Abbas al-Fadl ibn Sahl al-A’raj, d’après Qourrad Abou Nouh ; de même al-Hakim, al-Bayhaqi et Ibn Asakir, par la voie d’Abou al-Abbas Mohamed ibn Ya’qoub al-Asamm, d’après Abbas ibn Mohamed ad-Douri. Et ainsi le rapporta plus d’un hafiz, d’après le hadith d’Abou Nouh Abd ar-Rahman ibn Ghazwan al-Khouza’i, leur affranchi, appelé ad-Dabbi, connu sous le nom de Qourrad : il s’établit à Bagdad ; il est parmi les hommes de confiance dont al-Boukhari a rapporté, qu’une majorité d’imams et de huffaz a authentifié, sans que j’aie vu personne le critiquer. Il demeure toutefois dans ce hadith des singularités : at-Tirmidhi dit : hassan gharib, nous ne le connaissons que par cette voie ; Abbas ad-Douri dit : il n’y a personne au monde qui le rapporte hormis Qourrad Abou Nouh, et Ahmad ibn Hanbal et Yahya ibn Ma’in l’ont entendu de lui vu sa singularité et son unique transmission, comme l’ont rapporté al-Bayhaqi et Ibn Asakir.

Les réserves d’Ibn Kathir sur ce récit

Ibn Kathir note : parmi ses singularités, il relève des hadiths mursals des Compagnons : Abu Moussa al-Ash’ari n’arriva qu’en l’année de Khaybar, la septième de l’Hégire : sans qu’il y ait lieu de considérer la parole d’Ibn Ishaq qui le compte parmi les émigrants de la Mecque vers l’Abyssinie. En tout état de cause, le récit est mursal : cette histoire a bien eu lieu, et le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait, selon certains, douze ans. Peut-être Abu Moussa l’avait-il reçu du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et était-il plus à même de le transmettre, ou l’avait-il reçu d’un grand Compagnon, ou encore cette histoire était-elle connue et répandue, transmise par voie de diffusion. La deuxième singularité : le nuage n’est pas mentionné dans un hadith plus authentique que celui-ci. La troisième : la parole « et Abu Bakr envoya Bilal avec lui » : s’il avait alors douze ans, Abu Bakr en avait neuf ou dix, et Bilal encore moins : où donc étaient Abu Bakr, et où Bilal ? Les deux propositions sont étranges : hormis à dire que cela eut lieu alors que le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était plus âgé, soit que ce voyage fût postérieur, soit que l’avis de ses douze ans ne soit pas préservé : c’est al-Waqidi seul qui le mentionne de manière circonstanciée, et as-Souhayli cite certains qui disaient qu’il avait alors neuf ans. Allah est le plus savant.

La version d’al-Waqidi et la jeunesse auprès d’Abu Talib

al-Waqidi rapporta, d’après Mohamed ibn Salih, Abdallah ibn Ja’far et Ibrahim ibn Ismail ibn Abi Habiba, d’après Dawoud ibn al-Houssayn, qu’ils dirent : lorsque le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) atteignit ses douze ans, son oncle Abu Talib l’emmena en Syrie dans la caravane commerciale, et ils s’arrêtèrent au moine Bahira, qui dit à Abu Talib en secret ce qu’il lui dit et lui ordonna de le garder : Abu Talib le ramena avec lui à la Mecque. Le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) grandit auprès d’Abu Talib : Allah l’élevait, le protégeait et le gardait des affaires de la jahiliya et de ses défauts, en vue de l’honneur voulu pour lui, jusqu’à devenir le meilleur de son peuple en virilité d’âme, le meilleur caractère, la plus noble fréquentation, le meilleur voisinage, la plus grande patience et confiance, le plus véridique en parole, le plus éloigné de l’obscénité et du tort : on ne le vit jamais plaisanter mal à propos ni disputer une course à qui que ce soit, jusqu’à ce que son peuple le nommât al-Amine (le digne de confiance), pour ce qu’Allah avait rassemblé en lui de qualités droites. Abu Talib le gardait, le protégeait, le soutenait et l’appuyait jusqu’à sa mort.

Mohamed ibn Sa’d rapporta, d’après Khalid ibn Khidach, d’après Mou’amir ibn Soulayman, qu’il entendit son père raconter, d’après Abou Majlaz : lorsque Abdallah mourut, Abd al-Mouttalib : ou Abu Talib, Khalid hésita : se dévoua à Mohamed : il ne voyageait jamais sans qu’il fût avec lui. Il se dirigea vers la Syrie et s’arrêta en une étape : un moine vint à lui et dit : « Il y a parmi vous un homme vertueux », puis dit : « Où est le tuteur de ce garçon ? » Il dit : « Me voici, son tuteur », ou il fut dit : « Celui-ci est son tuteur. » Le moine dit : « Garde ce garçon et ne l’emmène pas en Syrie : les Juifs sont envieux et je les crains pour lui. » Il dit : « Ce n’est point toi qui dis cela, c’est Allah qui le dit » : et il le ramena, en disant : « Ô Allah, je te confie Mohamed. » Puis il mourut.

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