Accueil > Sira > A'cha ibn Qays, le poète qui hésita devant l'Islam
L’histoire d’A’cha ibn Qays, le grand poète : son voyage vers le Prophète Mohamed pour embrasser l’Islam, son long poème à sa louange, l’obstacle du vin soulevé par Abu Jahl et son retour, avec la correction de datation d’Ibn Kathir, d’après Ibn Hicham et as-Souhayli.
Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07
Ibn Hicham a dit : Khallad ibn Qourra ibn Khalid as-Sadoussi et d’autres sheikhs de Bakr ibn Wa’il, parmi les gens de science, me racontèrent qu’A’cha ibn Qays ibn Tha’laba ibn Ouqaba ibn Sa’b ibn Ali ibn Bakr ibn Wa’il partit vers le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans l’intention d’embrasser l’Islam, et il dit en louangeant le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) :
« Tes yeux ont-ils fermé une nuit, sombres, … tandis que tu veillais comme veille l’insomnique du clan Salim ; »
« Ce n’est pas d’amour des femmes : c’est que tu as oublié … avant ce jour un amour établi de longue date ; »
« Mais je vois le temps, lui qui trahit : … quand mes paumes se sont affermies, il est revenu pour corrompre ; »
« Vieux et jeunes, j’ai perdu Thrarwa : … à Allah appartient ce temps qui va et revient ; »
« Je n’ai cessé de rechercher la richesse depuis ma jeunesse, … enfant puis homme parvenu, quand j’ai grandi, solitaire ; »
« Et je sacrifiais les chameaux gras aux parcours … sur la distance qui va de an-Noujayr à Sarhkad ; »
« Écoute, ô toi qui demandes : où se dirige-t-elle ? … elle a rendez-vous chez les gens de Yathrib ; »
« Si tu m’interroges, ô que d’interrogateurs … curieux au sujet d’al-A’cha, là où il gravit ; »
« Elle a vivement sauvé ses pieds, puis est revenue, … les mains fermées, souples, sans aspérité ; »
« Elle, quand s’élève la chamelle au galop de l’Ajrafiyya … alors que tu croirais voir la gazelle du plateau débusquée ; »
« J’ai fait vœu de ne plus lui donner asile, sans héritier, … ni chaleur de braise, jusqu’à ce qu’elle rencontre Mohamed ; »
« Quand tu t’arrêtes à la porte du fils de Hachim, … tu reposes et tu reçois de ses mains libérales la coupe pleine ; »
« Prophète qui voit ce que vous ne voyez : son nom …, par ma vie, a brillé dans les pays et a secouru ; »
« Il a des aumônes jamais interrompues et un don … : le don d’aujourd’hui n’empêche pas celui de demain ; »
« Te voilà comblé, n’as-tu pas entendu le conseil de Mohamed, … prophète du Dieu, là où il a conseillé et témoigné : »
« Si tu ne voyages point avec la provision de la piété, … tu rencontreras après la mort celui qui s’est pourvu ; »
« Tu regretteras de ne pas être comme lui, … et guetteras l’affaire qui a été guettée ; »
« Prends garde aux morts, ne t’en approche pas, … et ne prends pas une flèche acérée pour corrompre ; »
« Et voici la pierre dressée : ne l’immole point, … n’adore ni les idoles ni Allah : adore ; »
« Et ne t’approche point d’une femme libre dont le secret … t’est interdit : épouse-la, ou reste chaste à jamais ; »
« Et voici la parenté, la proche : ne la romps point … par suite, ni le captif enchaîné ; »
« Et glorifie aux heures du soir et du matin, … ne loue point le diable et Allah : loue ; »
« Et ne te moque point du misérable dans le besoin, … et ne pense pas que la richesse fasse l’homme éternel. »
Ibn Hicham a dit : lorsqu’il fut à la Mecque ou à proximité, certains polythéistes de Quraysh l’interceptèrent et l’interrogèrent sur son affaire. Il les informa qu’il était venu voir le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour embrasser l’Islam. L’homme dit : « Ô Abou Bassir, il interdit la fornication. » A’cha répondit : « Par Allah, cela ne m’inspire aucune répugnance. » L’autre dit : « Ô Abou Bassir, il interdit le vin. » A’cha répondit : « Quant à cela, par Allah, l’âme y trouve de véritables maux ; mais je vais rentrer, me soigner cette année, puis je viendrai à lui et j’embrasserai l’Islam. » Il repartit, et mourut cette même année, sans retourner au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
Ibn Kathir note : voilà comment Ibn Hicham introduisit ce récit ici ; or il fait à Mohamed ibn Ishaq bien des reproches de ce genre, et ceci en fait partie. En effet, le vin ne fut interdit qu’à Médine, après l’affaire des Bani an-Nadir, comme son explication viendra : il apparaît donc que la résolution d’A’cha de venir embrasser l’Islam datait seulement d’après l’Hégire, et son poème contient ce qui l’indique, dans ce vers : « Écoute, ô toi qui demandes : où se dirige-t-elle ? elle a rendez-vous chez les gens de Yathrib. » Il aurait été plus juste et plus convenable pour Ibn Hicham de reporter ce récit à ce qui suivit l’Hégire, sans l’introduire ici : Allah est le plus savant. as-Souhaili dit : c’est là une inadvertance d’Ibn Hicham et de ceux qui l’ont suivi, car les gens sont unanimes que l’interdiction du vin ne descendit qu’à Médine, après Ouhoud. Et il est dit : celui qui parla ainsi à A’cha fut Abu Jahl ibn Hicham, dans la maison d’Outba ibn Rabia. Abou Oubayda mentionna que c’est Amir ibn at-Toufayl qui lui tint ces propos, dans le territoire de Qays, alors qu’il se rendait vers le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ibn Kathir conclut : sa parole « puis je viendrai à lui et j’embrasserai l’Islam » ne le fait pas sortir de la mécréance, sans divergence. Allah est le plus savant.
Ibn Ishaq mentionna ensuite ici l’histoire de l’homme d’Irach, et comment il implora le messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) contre Abu Jahl au sujet du prix du chameau qu’il lui avait acheté, et comment Allah humilia Abu Jahl et le contraignit à payer le prix sur-le-champ : nous l’avons déjà rapporté au début de la révélation et des torts que les polythéistes infligèrent alors.