L’année 1 de l’Hégire : l’arrivée à Médine et les fondements de la cité

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L’année 1 de l’Hégire : le calendrier hégirien, la mosquée de Qouba, l’islam d’Abdallah ibn Salam, la première joumou’a, la construction de la mosquée du Prophète, la fièvre de Médine, le pacte avec les Juifs et la fraternisation.

Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07

L’établissement du calendrier hégirien

Les compagnons s’accordèrent, en l’année seize du califat d’Oumar, ou en l’année dix-sept ou dix-huit selon d’autres, sur le fait de faire commencer l’ère islamique par l’année de l’Hégire. Un document, c’est-à-dire un titre de créance, fut porté à Oumar, qu’Allah l’agrée, contre un homme, dont l’échéance tombait en Cha’bane. Oumar demanda : quel Cha’bane ? Celui de l’année où nous sommes, de l’année passée, ou de l’année à venir ? Il réunit alors les compagnons et les consulta sur l’établissement d’un calendrier par lequel ils reconnaîtraient l’échéance des dettes et le reste. L’un proposa : datez selon les calendriers des Perses, qui dataient d’après leurs rois, un après l’autre : il réprouva cela. Un autre proposa : datez selon le calendrier des Romains, qui dataient du règne d’Alexandre fils de Philippe de Macédoine : il réprouva cela encore. D’autres dirent : datez de la naissance du messager d’Allah ; d’autres : plutôt de sa mission ; d’autres : plutôt de son émigration ; d’autres : plutôt de sa mort. Oumar pencha pour la datation à partir de l’Hégire, en raison de son éclat et de sa renommée, et ils furent d’accord avec lui.

Le Boukhari rapporte, dans le chapitre du calendrier et du moment où il fut établi, par Sahl ibn Sa’d : ils ne comptèrent pas à partir de la mission du Prophète ni de sa mort, mais comptèrent à partir de son arrivée à Médine. Le Waqidi rapporte qu’Oumar consulta les gens sur la datation et qu’ils s’accordèrent sur l’Hégire. Abou Dawoud at-Tayalisi rapporte par Ibn Sirine qu’un homme vint à Oumar et dit : datez. Il dit : dater quoi ? L’homme répondit : c’est une chose que font les non-Arabes : ils écrivent tel mois de telle année. Oumar dit : c’est bien, datez donc. On demanda : de quelle année partons-nous ? On proposa de sa mission, on proposa de sa mort, puis ils s’accordèrent sur l’Hégire. On demanda ensuite : de quel mois partons-nous ? On proposa le Ramadhan, puis le Mouharram, parce que c’est le mois où les gens rentrent de leur pèlerinage, et c’est un mois sacré. Ils s’accordèrent donc sur le Mouharram. Ibn Jarir rapporte qu’Ibn Abbas dit de la parole du Très-Haut : par l’aube et par les dix nuits (al-Fajr, 1-2), que c’était le Mouharram, aube de l’année. Oubayd ibn Oumayr rapporte que le Mouharram est le mois d’Allah, le premier de l’année, qu’on y revêt la Kaaba de sa parure, que les gens y datent leurs écrits et qu’on y frappe l’argent.

L’imam Ahmad rapporte par Amr ibn Dinars que le premier à avoir daté des livres fut Ya’la ibn Oumayya au Yémen, et que le messager d’Allah arriva à Médine en Rabi’ al-Awwal, et les gens firent commencer l’année par ce mois. Mohamed ibn Ishaq rapporte, d’après az-Zouhri et d’après ach-Cha’bi, que les fils d’Ismaïl datèrent d’abord du feu d’Abraham, puis de la construction de la Kaaba par Abraham et Ismaïl, puis de la mort de Ka’b ibn Louayy, puis de l’année de l’Éléphant, et qu’enfin Oumar ibn al-Khattab data de l’Hégire, en l’année seize ou dix-sept. Ce sujet a été traité avec ses chaînes dans la Sira Omariyya. Les compagnons firent donc commencer l’ère islamique par l’année de l’Hégire et, selon ce qui s’est répandu d’eux, firent commencer l’année par le Mouharram : c’est l’avis de la majorité des imams. As-Souhayli rapporte de l’imam Malik qu’il disait que le début de l’année islamique était Rabi’ al-Awwal, parce que c’est le mois où le messager d’Allah émigra, s’appuyant sur la parole du Très-Haut : une mosquée fondée sur la piété dès le premier jour (at-Tawba, 108), c’est-à-dire dès le premier jour de l’entrée du Prophète à Médine. Cet avis est convenable, mais la pratique s’en est tenue au contraire : parce que le Mouharram est le premier des mois des Arabes, ils firent de l’année de l’Hégire la première année et de son début le Mouharram, afin que l’ordre ne fût pas brouillé. Et Allah est le plus savant.

L’arrivée à Qouba et la mosquée de Qouba

L’année de l’Hégire bénie s’ouvrit alors que le messager d’Allah résidait encore à La Mecque, après avoir reçu le serment d’al-Aqaba, la seconde, des Ansar, au milieu des jours at-tachriq, la nuit du douze de Dhou l-Hijja, avant l’année de l’Hégire. Les Ansar repartirent, le messager d’Allah autorisa les musulmans à émigrer vers Médine, et émigra qui put de ses compagnons, au point qu’il ne resta à La Mecque que lui. Abou Bakr se retenait auprès du messager d’Allah pour l’accompagner sur la route. Puis les deux sortirent, et Ali ibn Abi Talib resta derrière le Prophète par son ordre, pour restituer les dépôts, puis les rejoignit à Qouba. Le messager d’Allah arriva un lundi, proche du midi, alors que la chaleur était vive.

Le Waqidi rapporte que c’était après l’écoulement de deux nuits du mois de Rabi’ al-Awwal. Ibn Ishaq le rapporte aussi, mais penche plutôt pour douze nuits écoulées : c’est l’opinion répandue qu’ont adoptée la majorité. Or la durée du séjour du Prophète à La Mecque après sa mission fut, dans l’avis le plus solide, de treize ans : c’est la version d’Hammad ibn Salama, d’après Abou Jamra ad-Dou’bi, d’après Ibn Abbas : le messager d’Allah fut envoyé à l’âge de quarante ans, et demeura à La Mecque treize ans. Ibn Jarir le rapporte aussi d’après Amr ibn Dinars, d’après Ibn Abbas. Et il est déjà parvenu que Ibn Abbas écrivit les vers de Sirmat bint Abi Anas : Il demeura parmi Quraysh dix et quelques pèlerinages. Le Waqidi rapporte, d’après Ikrima, d’après Ibn Abbas, qu’il invoqua ce même vers en témoignage. Ibn Jarir rapporte aussi une version avec quinze pèlerinages :

propos tout à fait étrange. Plus étrange encore ce que rapporte Ibn Jarir d’après Qatada : le Coran descendit sur le messager d’Allah huit ans à La Mecque et dix à Médine. Al-Hasan disait pour sa part : dix à La Mecque et dix à Médine. Ce second avis, celui d’al-Hasan al-Basri, fut aussi celui d’Anas ibn Malik, d’Aïcha, de Sa’id ibn al-Moussayyab et d’Amr ibn Dinars. Et il repose sur une version d’Ibn Abbas : le Prophète eut la révélation à quarante-trois ans, et demeura à La Mecque dix ans. On a rapporté aussi d’ach-Cha’bi qu’Israfil fut attaché au messager d’Allah trois ans, lui transmettant le mot ; dans une version : il entendait son souffle sans voir sa personne, puis vint Jibril. Le Waqidi rapporte que certains de ses cheikhs rejetèrent la parole d’ach-Cha’bi. Ibn Jarir tenta de concilier les avis des dix et des treize par ce qu’avait dit ach-Cha’bi. Et Allah est le plus savant.

Lorsque les sabots du cavalier prophétique furent posés à Médine, le premier arrêt fut dans la maison des Banu Amr ibn Awf, c’est-à-dire Qouba. Il y demeura, selon ce qui est le plus rapporté, vingt-deux nuits ; on dit dix-huit nuits ; on dit dix et quelques ; Moussa ibn Oqba dit trois nuits. Le plus répandu est ce qu’a mentionné Ibn Ishaq : il demeura à Qouba du lundi au vendredi. C’est dans cette durée, si débattue soit-elle, qu’il fonda la mosquée de Qouba. As-Souhayli prétend que le messager d’Allah la fonda le premier jour de son arrivée, s’appuyant sur la parole du Très-Haut : une mosquée fondée sur la piété dès le premier jour. Cette mosquée est noble et éminente : y descendit la parole du Très-Haut : une mosquée fondée sur la piété dès le premier jour a plus de droit que tu t’y tienne : il s’y trouve des gens qui aiment à se purifier, et Allah aime ceux qui se purifient (at-Tawba, 108), comme nous l’avons établi dans le tafsir.

L’imam Ahmad rapporte par Chourahbil, d’après Ouwaym ibn Sa’ida, que le messager d’Allah vint les voir dans la mosquée de Qouba et dit : « Allah vous a loués en bien pour la purification dans l’histoire de votre mosquée. Quelle est donc cette purification dont vous vous purifiez ? » Ils dirent : par Allah, ô messager d’Allah, nous ne connaissons rien d’autre sinon que nous avions des voisins parmi les Juifs, qui se lavaient de leurs selles, et nous avons lavé comme ils lavaient. Ibn Khuzayma l’a rapporté dans son Sahih, et il a d’autres témoins. Abou Dawoud, le Tirmidhi et Ibn Majah rapportent par Younous ibn al-Harith, d’après Ibrahim ibn Abi Maymouna, d’après Abou Hourayra, que cette parole : il s’y trouve des gens qui aiment à se purifier, descendit au sujet des gens de Qouba, qui se purifiaient à l’eau ; le Tirmidhi dit : étrange par cette voie. Nous disons : Younous ibn al-Harith est faible.

Quant à ceux qui ont dit que la mosquée fondée sur la piété était celle de Qouba, on compte Abd ar-Razzaq d’après Ma’mar, d’après az-Zouhri, d’après Urwa ibn az-Zoubayr, Ali ibn Abi Talha d’après Ibn Abbas, ainsi que ach-Cha’bi, al-Hasan al-Basri, Qatada, Sa’id ibn Joubayr, Atiyya al-Awfi et Abd ar-Rahman ibn Zayd ibn Aslam. Le Prophète la visitait par la suite et y priait, et il venait à Qouba chaque samedi, tantôt monté et tantôt à pied. Il est parvenu dans le hadith : une prière dans la mosquée de Qouba vaut une Omra. Et il est parvenu que Jibril indiqua au Prophète l’emplacement de la qibla de la mosquée de Qouba. Cette mosquée fut donc la première mosquée bâtie dans l’islam à Médine, mieux : la première mosquée établie pour l’ensemble des gens dans cette religion. Nous nous sommes gardé ainsi du mosque qu’y bâtit le Véridique à La Mecque à la porte de sa demeure, où il se recueillait et priait : car celui-là était à l’usage particulier de sa personne, non pour les gens en général. Et Allah est le plus savant.

L’islam de Salman le Perse a déjà été rapporté parmi les bonnes nouvelles annonçant l’émigration : quand il apprit l’arrivée du messager d’Allah à Médine, il vint le voir à Qouba, lui présenta de la nourriture en disant : ceci est une aumône ; le messager d’Allah se retint et n’en mangea pas, et ordonna à ses compagnons d’en manger. Puis Salman revint une autre fois avec de la nourriture et dit : ceci est un don, et le Prophète en mangea et fit manger ses compagnons.

L’islam de Abdallah ibn Salam

L’imam Ahmad rapporte par Zurara, d’après Abdallah ibn Salam lui-même : quand le messager d’Allah arriva à Médine, les gens se précipitèrent vers lui, et je fus parmi eux. Quand j’eus discerné son visage, je sus que ce n’était pas le visage d’un menteur. La première parole que je l’entendis prononcer fut : « ô gens, répandez le salam, nourrissez la nourriture, unissez les liens de parenté, et priez la nuit quand les gens dorment : vous entrerez au Paradis en paix. » Le Tirmidhi et Ibn Majah l’ont rapporté par des voies semblables, et le Tirmidhi l’a jugé authentique.

Dans le Sahih du Boukhari, par Abd al-Aziz, d’après Anas : quand le Prophète arriva, Abdallah ibn Salam vint et dit : j’atteste que tu es le messager d’Allah et que tu es venu avec la vérité. Les Juifs savent que je suis leur seigneur et le fils de leur seigneur, le plus savant d’entre eux et le fils de leur plus savant. Appelle-les donc et interroge-les sur moi avant qu’ils sachent que je me suis converti : s’ils apprennent ma conversion, ils diront de moi ce qui n’est pas. Le Prophète fit appeler les Juifs, qui entrèrent chez lui. Il leur dit : « ô assemblée des Juifs, malheur à vous ! Craignez Allah. Par Celui en dehors duquel il n’y a pas de divinité, vous savez certes que je suis le messager d’Allah en vérité, et que je suis venu à vous avec la vérité : convertissez-vous. » Ils dirent : nous n’avons aucune connaissance de cela. Ils le répétèrent trois fois. Il dit : « Quel homme est Abdallah ibn Salam parmi vous ? » Ils dirent : c’est notre seigneur et le fils de notre seigneur, notre plus savant et le fils de notre plus savant. Il dit : « Et si vous le voyiez embrasser l’islam ? » Ils dirent : Allah préserve ! Il n’y est pas pour cela. Il dit : « ô ibn Salam, sors devant eux. » Il sortit et dit : ô assemblée des Juifs, craignez Allah ! Par Celui en dehors duquel il n’y a pas de divinité, vous savez qu’il est le messager d’Allah et qu’il est venu avec la vérité. Ils dirent : tu mens. Le messager d’Allah les renvoya.

Le Bayhaqi rapporte, par Anas, qu’Abdallah ibn Salam, apprenant l’arrivée du Prophète alors qu’il était dans une de ses terres, vint le voir et dit : je t’interroge sur trois choses que seul un prophète connaît. Quel est le premier des signes de l’Heure ? Quel est le premier aliment que mangeront les gens du Paradis ? Et à quoi ressemble-t-il, le nourrisson qui ressemble à son père, et celle qui en est dépourvue ? Le Prophète dit : « Jibril me les a appris tout récemment. » Il dit : Jibril ? Il dit : oui. Il dit : Jibril, l’ennemi des Juifs parmi les anges ! Alors le Prophète récita : qui prend pour ennemi Jibril, celui-ci l’a fait descendre sur ton cœur par la permission d’Allah (al-Baqara, 97). Puis il dit : « Quant au premier des signes de l’Heure, c’est un feu qui sortira de l’orient jusqu’à l’occident rassemblant les gens ; quant au premier aliment que mangeront les gens du Paradis, ce sont les excroissances du foie du poisson ; et quant au nourrisson, si la semence de l’homme précède celle de la femme, il ressemble à son père, et si celle de la femme précède, il ressemble à sa mère.

» Il dit : j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah et que tu es le messager d’Allah. Les Juifs sont un peuple de tromperie : s’ils apprennent ma conversion avant que tu les interroges sur moi, ils me calomnieront. Les Juifs vinrent, et le Prophète dit : « Quel homme est Abdallah parmi vous ? » Ils dirent : le meilleur d’entre nous et le fils de notre meilleur, notre seigneur et le fils de notre seigneur. Il dit : « Et si vous le voyiez embrasser l’islam ? » Ils dirent : Allah l’en préserve ! Abdallah sortit et dit : j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah, et que Mohamed est le messager d’Allah. Ils dirent : le pire d’entre nous et le fils du pire, et ils le dénigrèrent. Il dit : c’est ce que je craignais, ô messager d’Allah.

Ibn Ishaq rapporte, d’après un homme de la famille d’Abdallah ibn Salam, son propos au moment de sa conversion, alors qu’il était un rabbin savant : quand j’eus appris l’arrivée du messager d’Allah, et que je reconnus sa description, son nom et son aspect, et ce vers quoi nous tendions la main envers lui, j’en gardai le secret. Quand il entra à Médine et s’arrêta à Qouba chez les Banu Amr ibn Awf, un homme vint en annoncer l’arrivée, tandis que j’étais au sommet d’un de mes palmiers à travailler, et ma tante paternelle Khalida bint al-Harith assise au-dessous de moi. Quand j’entendis la nouvelle, je m’écriai Allah est grand ! Ma tante dit : à quoi bon, tu as entendu parler de Moussa ! Je lui dis : ô ma tante, par Allah, il est le frère de Moussa et fut envoyé dans sa religion. Elle dit : ô fils de ma soeur, est-ce celui dont on nous disait qu’il serait envoyé à la fin des temps ? Je dis : oui. Elle dit : c’est donc lui. Je sortis vers le messager d’Allah, embrassai l’islam, puis revins vers ma famille et les fis convertir, en cachant mon islam aux Juifs. Je dis : ô messager d’Allah, les Juifs sont un peuple de calomnie, et j’aimerais que tu m’introduises dans une de tes maisons pour me cacher d’eux, puis que tu les interroges sur moi, afin qu’ils t’informent de ce que je suis parmi eux avant qu’ils sachent ma conversion ; car s’ils l’apprennent, ils me calomnieront et m’injurieront. Il fit ce que j’avais demandé, je rendis manifeste mon islam et celui de ma famille, et ma tante Khalida bint al-Harith embrassa l’islam.

Younous ibn Boukayr rapporte d’après Ibn Ishaq, d’après Safiyya bint Houyayy : je n’avais jamais vu, parmi les enfants de mon père et de mon oncle, d’enfant plus cher à eux deux que moi. Quand le messager d’Allah arriva à Qouba, le village des Banu Amr ibn Awf, mon père et mon oncle Abou Yasir ibn Akhtab y allèrent dès le matin et ne revinrent qu’au coucher du soleil, abattus, traînant leurs pas. Je courus à eux comme j’avais coutume de le faire, mais aucun des deux ne me regarda. J’entendis mon oncle dire à mon père : est-ce lui ? Il dit : oui, par Allah. Il dit : le reconnais-tu de ses propres yeux ? Il dit : oui, par Allah. Il dit : alors qu’y as-tu dans le cœur ? Il dit : son hostilité, par Allah, tant qu’il me reste un souffle.

Moussa ibn Oqba rapporte d’après az-Zouhri qu’Abou Yasir ibn Akhtab, quand le messager d’Allah arriva à Médine, alla le voir, l’entendit et l’interrogea, puis revint vers son peuple et dit : ô mon peuple, obéissez-moi : Allah vous a apporté ce que vous attendiez, suivez-le donc et ne lui résistez pas. Son frère Houyayy ibn Akhtab, alors seigneur des Juifs, tous deux issus des Banu an-Nadir, s’assit auprès du messager d’Allah, l’entendit, puis revint vers son peuple, parmi lesquels son avis prévalait, et dit : je viens de chez un homme, par Allah, dont je ne cesserai d’être l’ennemi à jamais. Son frère Abou Yasir lui dit : ô frère de ma mère, obéis-moi dans cette affaire et désobéis-moi dans tout ce que tu voudras après : ne te perds pas. Il dit : par Allah, jamais je ne t’obéirai. Le démon s’empara de lui, et son peuple suivit son avis. Quant à Abou Yasir, nous ne savons pas ce que devint son sort ; quant à Houyayy ibn Akhtab, père de Safiyya, il s’abreuva d’hostilité envers le Prophète et ses compagnons jusqu’à être tué, patient dans son obstination, devant le messager d’Allah le jour de l’exécution des Banu Qurayza, comme il viendra en son lieu.

La première joumou’a et les deux khoutbas

Quand le Prophète quitta Qouba monté sur sa chamelle al-Qaswa, c’était un vendredi, et l’heure du midi l’atteignit dans la maison des Banu Salim ibn Awf : il y pria la joumou'a avec les musulmans, dans une vallée appelée wadi Ranouna. Ce fut la première joumou'a que le messager d’Allah prescrivit aux musulmans à Médine, ou même sans restriction : car à La Mecque, lui et ses compagnons ne pouvaient s’assembler pour y célébrer une joumou'a avec discours et exhortation publique, en raison de l’opposition des associateurs et de leurs persécutions.

Ibn Jarir rapporte ce qui lui parvint de la khoutba du Prophète en cette première joumou'a dans les Banu Salim ibn Awf : « Louange à Allah, je Le loue, je Lui demande le secours, le pardon et la guidance, je crois en Lui sans Le renier, et je déclare ennemi quiconque Le renie. J’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah, unique sans associé, et que Mohamed est Son serviteur et Son messager : Il l’a envoyé avec la guidance, la lumière et l’exhortation, après une rupture des messagers, une rareté du savoir et une égarement des hommes, à l’approche de l’Heure et de la proximité du terme. Quiconque obéit à Allah et à Son messager est bien guidé, et quiconque leur désobéit s’est égaré d’un égarement lointain. Je vous recommande la crainte d’Allah : il n’y a pas de meilleur conseil de musulman à musulman que de l’exhorter vers l’au-delà et de lui commander la crainte d’Allah. Gardez-vous donc de ce dont Allah vous a mis en garde à Son égard : il n’y a pas de conseil plus précieux ni de rappel plus noble. La crainte est pour quiconque l’accomplit dans la crainte et le tremblement, un secours sincère en ce que vous cherchez de l’ordre de l’au-delà ; et quiconque met en ordre ce qui est entre lui et Allah, en secret et en public, sans viser autre que le Visage d’Allah, en tire un rappel dans le monde proche et une réserve pour après la mort, quand l’homme est dans le besoin de ce qu’il a avancé, tandis que le reste lui ferait souhaiter un long intervalle entre lui et son terme.

Allah vous met en garde à Son égard, et Allah est bienveillant envers les serviteurs, véridique en Sa parole et accomplish de Sa promesse : Sa parole n’est pas changée, et Il n’est pas injuste envers les serviteurs. Craignez Allah dans ce qui est proche et lointain de vos affaires, en secret et en public : quiconque craint Allah, Il efface ses fautes et décuple sa récompense, et quiconque craint Allah a réussi un succès immense. La crainte d’Allah écarte Sa haine, Son châtiment et Son courroux, blanchit le visage, apaise le Seigneur et élève le degré. Prenez donc votre part et ne négligez pas la part d’Allah : Il vous a enseigné Son Livre et tracé Sa voie, afin que soient discernés les véridiques et les menteurs. Soyez beaux comme Allah vous a été beau, et combattez Ses ennemis, luttez en Allah le vrai combat : Il vous a élus et nommés musulmans, afin que périsse celui qui doit périr après un signe clair, et que vive celui qui doit vivre après un signe clair. Il n’y a de force qu’en Allah : multipliez Son rappel et œuvrez pour ce qui suit la mort ; car quiconque met en ordre ce qui est entre lui et Allah, Allah suffit à ce qui est entre lui et les gens. Allah juge sur les hommes sans qu’ils jugent sur Lui, et Il les possède sans qu’ils Le possèdent. Allah est le plus grand, il n’y a de force qu’en Allah, le Très-Haut, l’Immense. » Telle est cette khoutba rapportée par Ibn Jarir, dans une chaîne discontinue.

Le Bayhaqi rapporte d’après Ibn Ishaq, d’après Abou Salama ibn Abd ar-Rahman ibn Awf, que la première khoutba du messager d’Allah à Médine fut celle-ci : il se leva, loua Allah comme Il mérite de l’être, puis dit : « ô gens, œuvrez pour vous-mêmes : par Allah, chacun de vous sera frappé de surdité, puis laissera son troupeau sans berger, puis son Seigneur lui dira, sans traducteur ni intercesseur devant lui : Mon messager n’est-il pas venu à toi t’informer, et Ne t’ai-Je pas donné des biens et fait grâce, qu’as-tu avancé pour toi-même ? Il regardera à droite et à gauche sans rien voir, puis devant lui et ne verra que la Géhenne. Quiconque peut protéger son visage du Feu, fût-ce par une moitié de datte, qu’il le fasse ; et celui qui n’y parvient pas, par une bonne parole : car la bonne parole est récompensée dix fois plus, jusqu’à sept cents. » Puis le messager d’Allah monta de nouveau et dit : « Louange à Allah, je Le loue et Lui demande le secours, et nous cherchons refuge en Allah contre les maux de nos âmes et les péchés de nos actes :

quiconque Allah guide, nul ne peut l’égarer, et quiconque Il égare, nul ne le guide. J’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah, unique sans associé. Le meilleur des discours est le Livre d’Allah : heureux celui qu’Allah a embelli de ce discours dans son cœur, qu’Il a fait entrer dans l’islam après la mécréance, et qu’Il a préféré à tout autre discours des hommes. Aimez celui qu’Allah aime, aimez Allah de tout votre cœur, ne vous lassez pas de la parole d’Allah et de Son rappel, ne laissez pas vos cœurs s’endurcir loin de Lui : car Allah choisit et élit de tout, et nomme Sa préférence parmi les actes, parmi les serviteurs et parmi la parole droite. Adorez Allah sans rien Lui associer, craignez-Le comme Il mérite de L’être craint, soyez véridiques envers Allah en ce que disent vos bouches, et aimez-vous entre vous par l’esprit d’Allah : Allah se courrouce qu’Son pacte soit rompu. » Les deux voies sont discontinues, mais se renforcent mutuellement malgré la différence des termes.

La construction de la mosquée du Prophète

La durée du séjour du Prophète dans la maison d’Abou Ayyoub a été discutée : le Waqidi dit sept mois, d’autres disent moins d’un mois. Et Allah est le plus savant. Le Boukhari rapporte par Anas ibn Malik : quand le messager d’Allah arriva à Médine, il s’arrêta dans la partie haute de la ville, chez un clan appelé Banu Amr ibn Awf, et demeura chez eux quatorze nuits. Puis il envoya vers les notables des Banu Najjar, qui vinrent, l’épée au côté. « Je me vois encore, dit Anas, le messager d’Allah sur sa monture et Abou Bakr derrière lui, entouré des notables des Banu Najjar, jusqu’à ce qu’il descendît dans la cour d’Abou Ayyoub. » Il priait là où la prière l’atteignait, y compris dans les enclos des moutons, puis ordonna la construction de la mosquée et envoya vers les Banu Najjar, qui vinrent. Il dit : « ô fils de Najjar, vendez-moi ce jardin. » Ils dirent : non, par Allah, nous n’en demandons le prix qu’à Allah. Le jardin contenait des tombes d’associateurs, des ruines et des palmiers : le messager d’Allah ordonna que fussent déterrées les tombes des associateurs, aplanies les ruines, et coupés les palmiers. Les palmes furent disposées en rangée vers la qibla de la mosquée, et on prit des pierres pour les poteaux. Les hommes portaient la pierre en déclamant : « ô Allah, il n’y a pas de bien que le bien de l’au-delà : soutiens donc les Ansar et les émigrés » ; et le messager d’Allah, parmi eux, disait : « ô Allah, la récompense est bien la récompense de l’au-delà : fais miséricorde aux Ansar et aux émigrés. »

Le Boukhari rapporte aussi d’après az-Zouhri, d’après Urwa, que la mosquée était un mirbad, c’est-à-dire l’aire à dattes, de deux orphelins vivant sous la tutelle d’As’ad ibn Zurara, nommés Sahl et Souhayl : le messager d’Allah leur proposa un prix, et ils dirent : plutôt nous le donnons en aumône au messager d’Allah. Il refusa jusqu’à l’acheter d’eux et d’y bâtir une mosquée. En portant la poussière avec eux, il disait : « Ce fardeau, pas le fardeau de Khaybar : ceci est le plus droit de notre Seigneur et le plus pur. » Et il disait : « ô Allah, la récompense est bien la récompense de l’au-delà : fais miséricorde aux Ansar et aux émigrés. » Moussa ibn Oqba rapporte qu’As’ad ibn Zurara les indemnisa de ce jardin en palmiers qu’il possédait chez les Banu Bayada ; on dit aussi que le messager d’Allah les en acheta.

Ibn Ishaq dit que l’aire appartenait à deux orphelins sous la tutelle de Mou’adh ibn Afra’ : Allah est le plus savant. Le Bayhaqi rapporte d’après al-Hasan al-Basri : quand le messager d’Allah bâtit la mosquée, ses compagnons l’y aidèrent, et il prenait les briques avec eux jusqu’à ce que sa poitrine fût couverte de poussière, et il dit : « Bâtissez un abri comme l’abri de Moussa. » On demanda : qu’est-ce que l’abri de Moussa ? Il dit : « S’il levait ses mains, il en atteignait le plafond. » Cette voie est discontinue. Ubada ibn as-Samit rapporte aussi que les Ansar apportèrent leur argent au Prophète en disant : ô messager d’Allah, bâtis cette mosquée et embellis-la, jusqu’à quand prions-nous sous ces palmes ? Il dit : « Nul renoncement chez mon frère Moussa : un abri comme l’abri de Moussa. » Ce hadith est étrange.

Abou Dawoud rapporte par Ibn Omar que les murs de la mosquée du Prophète, du vivant du messager d’Allah, étaient en troncs de palmiers, le toit en palmes, puis qu’elle s’effondra au califat d’Abou Bakr, qui la rebâtit en troncs et en palmes ; puis qu’elle s’effondra au califat d’Outhman, qui la rebâtit en briques cuites : et elle demeura ainsi jusqu’à ce jour. Ce récit est étrange. Il rapporte par la voie de Nafi’, d’après Ibn Omar, une autre version : la mosquée, du temps du Prophète, était bâtie en briques crues, le toit en palmes et les poteaux en bois de palmier ; Abou Bakr n’y ajouta rien ; Oumar l’agrandit en la bâtit sur le même modèle, en briques crues et palmes, et remit les poteaux en bois ; Outhman la changea et l’agrandit beaucoup, bâtit ses murs en pierre taillée et en teck, fit ses poteaux en pierre taillée et son toit en sâj. Le Boukhari rapporte cette seconde version par Ali ibn al-Madini, d’après Ya’qoub ibn Ibrahim.

Nous disons : Outhman ibn Affan en interpréta la parole du Prophète : « Qui bâtit pour Allah une mosquée, fût-elle comme le nid d’une caille, Allah lui bâtit une maison au Paradis » : les compagnons présents l’approuvèrent et ne changèrent rien après lui. On en déduit l’avis que les savants jugent prévaloir : l’agrandissement suit le jugement du premier bâtiment, si bien que la prière y demeure de peu de valeur et le voyage vers lui reste recommandé. Il y fut ajouté du temps d’al-Walid ibn Abd al-Malik, bâtisseur de la mosquée de Damas : l’agrandissement fut exécuté par son ordre par Omar ibn Abd al-Aziz, alors gouverneur de Médine, qui y intégra la chambre prophétique ; puis il y eut de vastes agrandissements, notamment du côté de la qibla, jusqu’à ce que le jardin et le minbar se trouvassent derrière les premiers rangs, comme cela s’observe aujourd’hui.

Ibn Ishaq rapporte que le messager d’Allah descendit chez Abou Ayyoub jusqu’à ce qu’il eût bâti sa mosquée et ses demeures, et qu’il travailla lui-même à la mosquée pour encourager les musulmans à y travailler : les émigrés et les Ansar y travaillèrent avec ardeur, et un musulman dit : « Si nous restions assis tandis que le Prophète travaille, ce serait de nous un acte égarant. » Et les musulmans déclamaient en la bâtissant : « Il n’y a de vie que la vie de l’au-delà : ô Allah, fais miséricorde aux Ansar et aux émigrés. » Et le messager d’Allah disait : « Il n’y a de vie que la vie de l’au-delà : ô Allah, fais miséricorde aux émigrés et aux Ansar. » Ammar ibn Yasir y entra, chargé lourdement de briques, et dit : ô messager d’Allah, ils m’ont tué : ils me chargent ce qu’ils ne portent pas ! Oum Salama rapporte qu’elle vit le messager d’Allah essuyer de sa main la poussière de sa poitrine, lui qui était frisé, en disant : « Malheur à ibn Soumayya ! Ce ne sont pas eux qui le tueront, mais la faction rebelle. » Cette version a une rupture, voire une difficulté ; Mouslim la rattache dans son Sahih par Chou’ba, de Khalid al-Hadhdha, de Sa’id et al-Hasan, fils d’Abou l-Hasan al-Basri, de leur mère Khayra, affranchie d’Oum Salama, qu’Oum Salama rapporta du Prophète :

« Ammar sera tué par la faction rebelle. » Elle rapporte aussi, par une autre voie, qu’il lui dit alors qu’il portait les pierres : « Malheur à toi, ibn Soumayya : la faction rebelle te tuera. » Abd ar-Razzaq rapporte d’après al-Hasan, qui rapporte de sa mère, d’après Oum Salama : quand le messager d’Allah et ses compagnons bâtissaient la mosquée, chaque compagnon portait une brique, et Ammar en portait deux, une pour lui et une pour le Prophète. Le Prophète essuya son dos et dit : « ô ibn Soumayya, les gens ont une récompense, et toi deux : ta dernière réserve en ce monde sera une gorgée de lait, et la faction rebelle te tuera. » Cette chaîne est aux conditions des deux Sahihs. Le Bayhaqi rapporte aussi par Khalid al-Hadhdha, d’après Ikrima, d’après Abou Sa’id al-Khoudri : nous portions une brique chacun en bâtissant la mosquée, et Ammar en portait deux ; le Prophète, le voyant, essuyait la poussière de lui en disant : « Malheur à Ammar ! La faction rebelle le tuera : il les appellera au Paradis et ils l’appelleront au Feu. » Ammar disait : je cherche refuge en Allah contre les épreuves. Le Boukhari a rapporté ce hadith sans la parole « la faction rebelle te tuera ».

Le Bayhaqi dit : il semble que le Boukhari l’ait omise en raison de ce que rapporte Mouslim, par Abou Nadra, d’après Abou Sa’id : m’a informé celui qui vaut mieux que moi, Abou Qatada, que le messager d’Allah dit à Ammar, alors qu’il creusait le fossé, en essuyant sa tête : « Malheur à ibn Soumayya : le tuera une faction rebelle. » Le Bayhaqi sépare ce que Abou Sa’id entendit de lui-même et ce qu’il entendit de ses compagnons, et pense que l’allusion au fossé est une erreur du transmetteur, ou que le Prophète le lui dit à la fois en bâtissant la mosquée et en creusant le fossé. Nous disons : le port de briques lors du creusement du fossé n’a pas de sens : l’apparent est que le transmetteur s’y est embrouillé. Et Allah est le plus savant. Ce hadith fait partie des preuves de la prophétie : le Prophète annonça qu’une faction rebelle tuerait Ammar, et les gens de Syrie le tuèrent à la bataille de Siffin, alors qu’Ammar était du côté d’Ali et des gens d’Irak. Ali avait certes plus de droit que Mouawiya, et nommer les compagnons de Mouawiya « agresseurs »

n’implique pas de les déclarer mécréants, contrairement à ce que s’efforcent d’avancer les ignorants de la secte égarée des chiites et leurs pareils : car s’ils furent agresseurs dans le fond de l’affaire, ils demeuraient des mujtahid dans le combat qu’ils menèrent ; et nul mujtahid n’atteint toujours la vérité : le mujtahid juste a deux récompenses, et celui qui se trompe en a une. Quant à celui qui ajoute après « la faction rebelle te tuera » la parole : « qu’Allah ne lui fasse pas l’honneur de mon intercession au jour de la Résurrection », il forge contre le messager d’Allah dans cet ajout : car le Prophète ne l’a jamais dite, puisqu’elle ne fut pas transmise par une voie acceptable. Quant à la parole : « il les appellera au Paradis et ils l’appelleront au Feu », Ammar et ses compagnons appelaient les gens de Syrie à l’entente et à l’union, tandis que les gens de Syrie voulaient s’approprier le commandement aux dépens de celui qui en avait le plus de droit, et que le peuple soit divisé sous chaque étendard un imam : ce qui conduit à la division et à l’éclatement de la communauté, et découle de leur méthode, même sans qu’ils le visassent. Et Allah est le plus savant.

L’objectif ici n’est que l’histoire de la construction de la mosquée du Prophète, sur son bâtisseur la meilleure prière et le meilleur salut. Le hafiz le Bayhaqi rapporte dans les preuves, par Sa’id ibn Jouhan, d’après Safina, affranchi du messager d’Allah : Abou Bakr vint avec une pierre et la posa, puis Oumar vint avec une pierre et la posa, puis Outhman vint avec une pierre et la posa, et le messager d’Allah dit : « Voilà les gestionnaires de l’affaire après moi. » Il rapporte une autre version où le Prophète ordonna lui-même à Abou Bakr de poser une pierre près de la sienne, puis à Oumar près de celle d’Abou Bakr, puis à Outhman près de celle d’Oumar, puis dit : « Voilà les califes après moi. » Ce hadith, dans cet ordre, est très étrange. Le rapporté de l’imam Ahmad par Sa’id ibn Jouhan, d’après Safina, est que le messager d’Allah dit : « Le califat après moi durera trente ans, puis viendra une royauté. » Safina ajouta : « Retiens : deux ans le califat d’Abou Bakr, dix ans celui d’Oumar, douze ans celui d’Outhman, et six ans celui d’Ali. » Abou Dawoud, le Tirmidhi et an-Nasa’i l’ont rapporté, et le Tirmidhi dit : bon hadith, que nous ne connaissons que par sa voie, sous la forme : « le califat après moi trente ans, puis une royauté mordante. »

La mosquée du Prophète n’avait pas, à sa fondation, de chaire d’où le Prophète fît les discours : il parlait aux gens adossé à un tronc de palmier près de son lieu de prière, dans le mur de la qibla. Quand on lui eut établi un minbar, comme cela sera expliqué, et qu’il s’en fut vers lui pour parler, laissant le tronc, ce tronc gémit d’une plainte semblable au gémissement de la chamelle au lait tari, en raison de ce qu’il entendait des discours du messager. Le Prophète revint à lui, l’embrassa jusqu’à ce qu’il se calmât, comme se calme l’enfant dont on calme les pleurs, comme le détailleront les voies de Sahl ibn Sa’d, de Jabir, d’Ibn Omar, d’Ibn Abbas, d’Anas et d’Oum Salama. Et quel beau propos d’al-Hasan al-Basri après avoir rapporté ce hadith d’Anas : ô assemblée des musulmans, le bois éprouvait le regret du messager d’Allah : les hommes qui espèrent sa rencontre ne seraient-ils pas plus en droit d’éprouver le regret ?

Le mérite de la mosquée et les chambres

L’imam Ahmad rapporte par Abou Sa’id al-Khoudri que deux hommes s’opposèrent au sujet de la mosquée fondée sur la piété : un homme des Banu Khudra disait que c’était la mosquée du messager d’Allah, et un homme des Banu Amr ibn Awf disait que c’était la mosquée de Qouba. Ils vinrent interroger le messager d’Allah, qui dit : « C’est cette mosquée », désignant celle du messager d’Allah, puis ajouta : « Il y a là un bien abondant », désignant la mosquée de Qouba. Le Tirmidhi l’a rapporté et l’a jugé bon et authentique. Le Tirmidhi et an-Nasa’i rapportent, par Abd ar-Rahman ibn Abi Sa’id, d’après son père, la même contestation. Dans le Sahih de Mouslim, par Houmayd al-Kharrat, d’après Abou Salama ibn Abd ar-Rahman : il demanda à Abd ar-Rahman ibn Abi Sa’id comment son père rapportait cette histoire. Il dit : mon père est allé au messager d’Allah et l’a interrogé sur la mosquée fondée sur la piété ; le Prophète prit une poignée de gravillons, les frappa contre le sol, puis dit : « C’est votre mosquée, celle-ci. » Ahmad rapporte aussi par Sahl ibn Sa’d le même différend et la même réponse, ainsi que par Ubayy ibn Ka’b que le Prophète dit : « La mosquée fondée sur la piété, c’est ma mosquée, celle-ci.

» Ces voies multiples laissent peut-être conclure avec certitude que c’est la mosquée du Prophète : c’est aussi l’avis d’Oumar, de son fils Abdallah, de Zayd ibn Thabit, de Sa’id ibn al-Moussayyab, et c’est ce qu’a choisi Ibn Jarir. D’autres disent qu’il n’y a aucune incompatibilité entre la descente du verset au sujet de la mosquée de Qouba et ces hadiths : car la mosquée du Prophète est plus digne encore de cette qualification, étant l’une des trois mosquées vers lesquelles se tendent les voyages, selon ce qui s’est établi dans les deux Sahihs d’après Abou Hourayra : « Ne tends pas les rênes des voyages qu’à trois mosquées : ma mosquée, la Mosquée sacrée, et la mosquée de Bayt al-Maqdis. » Il s’est établi dans les deux Sahihs que le messager d’Allah dit : « Une prière dans ma mosquée vaut mieux que mille prières ailleurs, hormis la Mosquée sacrée. » Dans le Mousnad d’Ahmad s’ajoute, par une bonne chaîne : « car cela est supérieur. » Et dans les deux Sahihs, d’après Abou Hourayra : « Entre ma maison et mon minbar se trouve un jardin parmi les jardins du Paradis, et mon minbar est sur mon bassin. » Les hadiths sur les mérites de cette mosquée sont très nombreux.

Il est parvenu que l’imam Malik et ses compagnons ont soutenu que la mosquée de Médine est supérieure à la Mosquée sacrée : parce que celle-là fut bâtie par Abraham et celle-ci par Mohamed, et que Mohamed est supérieur à Abraham. Mais la majorité des savants ont soutenu le contraire et ont établi que la Mosquée sacrée est supérieure : parce qu’elle se trouve dans une cité qu’Allah a déclarée sacrée le jour où Il créa les cieux et la terre, qu’Abraham le Chevalier l’a déclarée sacrée, et que Mohamed, sceau des messagers, l’a déclarée sacrée : s’y réunissent ainsi des attributs qu’aucune autre n’a. Cette question a un traitement détaillé ailleurs. Et nous cherchons le secours en Allah.

On bâtit pour le messager d’Allah, autour de sa mosquée noble, des chambres servant de demeures à lui et à sa famille. C’étaient des habitations basses, aux cours étroites. Al-Hasan al-Basri, qui était un garçon avec sa mère Khayra, affranchie d’Oum Salama, disait : je pouvais atteindre le plus haut des plafonds des chambres du Prophète de ma seule main, et il était un garçon grand et fort. As-Souhayli rapporte dans le Rawd que ses demeures étaient bâties en palmes recouvertes de boue, certaines en pierre appareillée, tous les plafonds en palmes ; il rapporte aussi d’al-Hasan que les chambres étaient en poils liés par des bois d’ar’ar. Dans le Tarikh du Boukhari, la porte du Prophète était frappée avec les ongles : preuve que ses portes n’avaient pas d’anneaux. Toutes les chambres furent annexées à la mosquée après la mort des épouses du messager d’Allah.

Le Waqidi et Ibn Jarir rapportent que lorsque Abdallah ibn Ourayqit ad-Dayli retourna à La Mecque, le messager d’Allah et Abou Bakr y envoyèrent avec lui Zayd ibn Haritha et Abou Rafi’, affranchis du Prophète, pour ramener leurs familles de La Mecque, et leur confièrent deux charges et cinq cents dirhams pour acheter des chameaux à Qoudayd. Ils revinrent avec les deux filles du Prophète, Fatima et Oum Koulthoum, ses deux épouses Sawda et Aïcha, la mère de cette dernière Oum Roumane, et les gens du Prophète et de la maison d’Abou Bakr, en la compagnie d’Abdallah ibn Abi Bakr. Le chameau qui portait Aïcha et sa mère s’écarta en route, et Oum Roumane criait : malheur à la mariée et à sa mère ! Aïcha dit : j’entendis quelqu’un dire : relâche son mors. Je le relâchai, et par la permission d’Allah il s’arrêta, et nous fûmes sains et saufs. Ils descendirent au Sanh, et le messager d’Allah entra avec Aïcha en Shawwal, après huit mois. Asma bint Abi Bakr, épouse d’az-Zoubayr ibn al-Awwam, arriva avec eux, enceinte à terme d’Abdallah ibn az-Zoubayr, comme il sera expliqué à la fin de cette année.

La fièvre de Médine et son transfert à al-Jouhfa

Le Boukhari rapporte par Aïcha : quand le messager d’Allah arriva à Médine, Abou Bakr et Bilal tombèrent malades de fièvre. J’entrai les voir et dis : père, comment te trouves-tu ? Et toi, Bilal, comment te trouves-tu ? Quand la fièvre saisissait Abou Bakr, il disait : « Chacun se réveille au matin chez les siens, et la mort est plus proche que la lanière de sa sandale. » Et quand la fièvre quittait Bilal, il relevait la voix et disait : « Plût à Allah de savoir si je passerais une nuit dans une vallée, autour de moi des plantes d’idhkhir et de jalil ; irai-je un jour aux eaux de Majanna, et verrai-je de nouveau Chama et Tafil ? » Aïcha vint en informer le messager d’Allah, qui invoqua : « ô Allah, rends-nous Médine aimée comme La Mecque ou davantage, rends-la saine, bénis-nous son sâ et son moudd, et reporte sa fièvre vers al-Jouhfa. » Mouslim l’a rapporté. Dans la version d’Abou Ousama, Bilal ajoutait : « ô Allah, maudis Outba ibn Rabi’a, Chayba ibn Rabi’a et Oumayya ibn Khalaf, comme ils nous ont jetés au pays de l’épidémie. » Et le Prophète répondit par cette invocation : « nous arrivâmes à Médine, dit Aïcha, qui était la pire terre d’Allah en épidémie, et le Bouthan coulait d’une eau âcre. »

Ziyad rapporte d’après Ibn Ishaq, d’après Urwa ibn az-Zoubayr, d’après Aïcha : le messager d’Allah arriva à Médine alors qu’elle était la pire terre d’Allah en fièvre, et ses compagnons y furent frappés d’épreuve et de maladie, tandis qu’Allah écartait cela de son Prophète. Abou Bakr, Amir ibn Fouhayra et Bilal, affranchi d’Abou Bakr, étaient dans une même maison, et la fièvre les saisit. J’entrai les voir et conjurer pour eux : cela était avant que le voile fût établi sur nous. Leur mal était d’une dureté qu’Allah seul connaît. Je m’approchai d’Abou Bakr et dis : père, comment te trouves-tu ? Il dit : « Chacun se réveille au matin chez les siens, et la mort est plus proche que la lanière de sa sandale. » Elle dit : par Allah, le père ne savait plus ce qu’il disait. Puis elle s’approcha d’Amir ibn Fouhayra et dit : Amir, comment te trouves-tu ? Il dit :

« J’ai trouvé la mort avant d’en goûter : la plaie du chameau accable celui qui veille ; chacun veille sur son cou comme le taureau qui garde sa peau de son ruminer. » Elle dit : par Allah, Amir ne savait plus ce qu’il disait. Bilal, quand la fièvre le saisissait, s’allongeait dans la cour, relevait la voix et disait : « Plût à Allah de savoir si je passerais une nuit dans une vallée, autour de moi des plantes d’idhkhir et de jalil ; irai-je un jour aux eaux de Majanna, et verrai-je de nouveau Chama et Tafil ? » Elle rapporta au messager d’Allah ce qu’elle avait entendu d’eux, et dit : ils délirent et ne raisonnent plus, tant la fièvre est dure. Il invoqua : « ô Allah, rends-nous Médine aimée comme Tu nous as rendu La Mecque aimée ou davantage, bénis-nous son moudd et son sâ, et reporte son épidémie vers Mahya’a » : et Mahya’a est al-Jouhfa. Ahmad rapporte la même chose, de même qu’an-Nasa’i.

Le Bayhaqi rapporte d’après Hicham ibn Urwa, d’après son père, d’après Aïcha : le messager d’Allah arriva à Médine, qui était la pire terre d’Allah, et sa vallée, le Bouthan, une eau âcre. Hicham ajoute : son épidémie était connue dès la Jahiliya : quand la vallée était pestiférée et que l’homme s’y arrêtait au bord, on lui commandait de hennir comme hennit l’âne ; et s’il le faisait, l’épidémie de cette vallée ne lui nuisait plus. Un poète, en arrivant au bord de Médine, a dit : « Par ma vie, si je survis à l’aboi du péril, au hennissement de l’âne, certes je suis affligé. » Le Boukhari rapporte, par Moussa ibn Oqba, de Salim, d’après son père, que le Prophète dit : « Il m’a semblé voir une femme noire à la tête ébouriffée sortir de Médine jusqu’à s’arrêter à Mahya’a, qui est al-Jouhfa : je compris que l’épidémie de Médine avait été reportée sur elle. » Le Boukhari est seul à l’avoir rapporté sous cette forme ; le Tirmidhi l’a authentifié, ainsi qu’an-Nasa’i et Ibn Majah. Hammad ibn Zayd rapporte d’après Hicham, d’après Aïcha, le hadith jusqu’à : « reporte sa fièvre vers al-Jouhfa » ; et Hicham ajoute : l’enfant né à al-Jouhfa n’atteignait pas la maturité sans que la fièvre l’abattît. Le Bayhaqi l’a rapporté dans les preuves de la prophétie.

Il s’est établi dans les deux Sahihs, d’après Ibn Abbas, que le messager d’Allah et ses compagnons arrivèrent à La Mecque au matin du quatrième jour, l’année de l’Omra de la Réparation, et que les associateurs dirent : il vous vient un peuple que la fièvre de Yathrib a affaibli. Le messager d’Allah ordonna alors aux compagnons de courir entre les deux coins sur les trois premières rounds de la circonvolution, et rien ne l’en empêcha sinon de les laisser jouir d’une part de miséricorde. Nous disons : l’Omra de la Réparation eut lieu en l’année sept, en Dhou l-Qi’da : soit l’invocation du transfert de l’épidémie ne parvint à son terme que proche de cette date, soit l’épidémie remonta en laissant de faibles traces, soit ils demeurèrent jusqu’alors dans les suites de ce qu’ils avaient souffert. Et Allah est le plus savant. Ziyad rapporte enfin d’après Ibn Ishaq, et az-Zouhri d’après Abdallah ibn Amr ibn al-As, que quand le messager d’Allah et ses compagnons arrivèrent à Médine, la fièvre de la ville les frappa jusqu’à les épuiser de maladie, tandis qu’Allah écartait cela de son Prophète, au point qu’ils priaient assis. Le messager d’Allah sortit alors qu’ils priaient ainsi et dit : « Sachez que la prière de l’assis vaut la moitié de la prière du debout. » Les musulmans seforcèrent alors de se lever malgré la faiblesse et la maladie, en quête de la récompense.

Le pacte avec les Juifs et la fraternisation des Muhajir et des Ansar

Vivaient à Médine les tribus juives des Banu Qaynouqa, des Banu an-Nadir et des Banu Qurayza. Leur établissement au Hijaz remontait à l’époque de Bakht Nassar, quand il ravagea la terre de Bayt al-Maqdis, comme le rapporte at-Tabari. Puis, à la rupture de l’grand barrage de Ma’rib, quand Saba se dispersa, les Aws et les Khazraj vinrent à Médine s’établir chez les Juifs, conclurent pacte avec eux et se mirent à les imiter, en raison de la science qu’ils voyaient chez eux, héritée des prophètes. Mais Allah accorda Sa faveur à ces Arabes associateurs en les guidant vers l’islam, et dépouilla les Juifs de la guidance, en punition de leur jalousie, de leur injustice et de leur orgueil à suivre la vérité.

L’imam Ahmad, le Boukhari, Mouslim et Abou Dawoud rapportent, par des voies multiples, d’après Anas ibn Malik : le messager d’Allah conclut une alliance entre les émigrés et les Ansar dans ma maison. Ahmad rapporte encore, par Amr ibn Chou’ayb, de son père, de son grand-père, que le Prophète écrivit un document entre les émigrés et les Ansar : qu’ils entretiennent leurs fortifications, et qu’ils raniment leurs prisonniers avec bienfaisance et équité entre les musulmans. Dans le Sahih de Mouslim, Jabir rapporte : le messager d’Allah écrivit pour chaque clan ce qu’il devait libérer.

Mohamed ibn Ishaq rapporte que le messager d’Allah écrivit un document entre les émigrés et les Ansar, dans lequel il convoqua les Juifs, conclut pacte avec eux et leur confirma leur religion et leurs biens, en posant des conditions réciproques. Voici le contenu qu’il rapporte : « Au nom d’Allah, le Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. Ceci est un document de Mohamed le Prophète, entre les croyants et les musulmans de Quraysh et de Yathrib, et ceux qui les suivirent et combattirent avec eux. Ils sont une seule communauté, à l’exclusion des autres. Les émigrés de Quraysh conservent leur statut tribal : ils se versent mutuellement le prix du sang et raniment leurs prisonniers avec bienfaisance et justice entre les croyants. Chaque clan des Banu Awf conserve son statut initial : pareillement pour chaque clan et chaque maison des Ansar : Banu Sa’ida, Banu Jucham, Banu an-Najjar, Banu Amr ibn Awf, Banu an-Nabit. Les croyants n’abandonnent aucun des leurs endetté : ils lui versent avec bienfaisance rançon et prix du sang ; et un croyant ne conclut pas d’alliance à l’exclusion d’un autre croyant. Les croyants craignant Allah sont contre quiconque d’entre eux agresse, ou cherche un appui pour l’injustice, le péché, l’inimitié ou la corruption entre les croyants :

leurs mains sont contre lui, tous, quand bien même il serait le fils de l’un d’eux. Le croyant ne tue pas un croyant pour un mécréant, et n’appuie pas un mécréant contre un croyant. La protection d’Allah est une : le plus proche d’entre eux accorde l’asile en Son nom. Les croyants sont les alliés les uns des autres à l’exclusion des autres. Quiconque des Juifs suit notre religion a droit au secours et à l’égalité : ils ne seront ni lésés ni assistés les uns contre les autres. La paix des croyants est une : aucun croyant ne conclut de paix à l’exclusion d’un autre croyant au combat dans la voie d’Allah, sinon sur équité et justice entre eux. Chaque expédition partant avec nous se relayera. Les croyants se rachèteront le prix du sang versé dans la voie d’Allah. Les croyants craignant Allah sont sur la meilleure guidance et la plus droite. Le polythéiste de Quraysh n’accorde asile ni à un bien ni à une personne de Quraysh, et ne fait pas écran entre elle et un croyant. Quiconque tue un croyant sans preuve sera livré au talion, sauf si le représentant du tué agrée : les croyants sont tous contre lui, et il ne leur est licite d’autre chose que de se dresser contre lui.

Il n’appartient pas à un croyant qui agrée le contenu de ce document et croit en Allah et au Jour dernier de secourir un fauteur de trouble ni de l’héberger : quiconque le secourt ou l’héberge encourra la malédiction d’Allah et Son courroux au Jour de la Résurrection, et on ne lui retirera ni repentance ni équivalence. Chaque fois que vous divergez en une affaire, son renvoi est vers Allah et vers Mohamed. Les Juifs contribuent aux frais tant qu’ils combattent aux côtés des croyants. Les Juifs des Banu Awf sont une communauté avec les croyants : aux Juifs leur religion, aux musulmans la leur ; leurs alliés et eux-mêmes, hormis quiconque est injuste ou pêcheur : il ne nuit qu’à sa propre personne et à sa maisonnée. Pareil pour les Juifs des Banu an-Najjar, des Banu al-Harith, des Banu Sa’ida, des Banu Jucham, des Banu al-Aws, des Banu Tha’laba, des Jafna et des Banu ach-Choutayba : ce que sont les Juifs des Banu Awf. Les affidés des Juifs sont comme eux-mêmes. Nul d’entre eux ne sortira sans la permission de Mohamed. Nul n’est retenu dans la vengeance d’une blessure : quiconque frappe frappe sa propre personne et celle de sa maisonnée, hormis celui qu’on a lésé. Allah est garant du plus sincère de ce document. Aux Juifs leurs dépenses, et aux musulmans les leurs :

il y a entre eux secours mutuel contre quiconque combat les gens de ce document. Entre eux sont la consultation mutuelle et la bienveillance, la vertu sans le péché : nul n’est tenu pêcheur par son allié. Le secours est au lésé. Yathrib est sacrée, son centre inviolable pour les gens de ce document. Le voisin est comme soi-même : il ne nuit pas et ne pèche pas. Nulle femme ne reçoit d’asile sans la permission de sa famille. Tout incident entre les gens de ce document, ou querelle dont on craint le mal, a son renvoi vers Allah et vers Mohamed, messager d’Allah. Allah est garant du plus pieux et du plus sincère de ce document. Quraysh ne reçoit pas d’asile, ni ses alliés. Entre eux est le secours contre quiconque attaque Yathrib. Si on les appelle à un traité de paix, ils l’acceptent et l’hébergent : et s’ils y sont appelés, il leur est dû de la part des croyants, hormis quiconque combat en religion : à chaque peuple sa part du côté qui lui fait face. Ce document n’empêche pas d’agir contre un injuste ou un pêcheur. Celui qui sort est en sécurité, et celui qui reste à Médine est en sécurité, hormis l’injuste et le pêcheur : Allah est garant de quiconque est vertueux et craintif. » Telle est la version d’Ibn Ishaq, que Abou Oubayd al-Qasim ibn Salam a longuement commentée dans son livre al-Gharib.

Ensuite, en application de la parole du Très-Haut : ceux qui ont établi la demeure et la foi avant eux aiment ceux qui ont émigré vers eux (al-Hachr, 9), et : rendez à ceux avec qui vos serments sont noués leur part (an-Nisa, 33), le Prophète fraternisa entre les émigrés et les Ansar. Le Boukhari rapporte, d’après Ibn Abbas : quand les émigrés arrivèrent à Médine, l’émigré héritait de l’Ansari au détriment de ses parents par le sang, en raison de la fraternité que le Prophète avait établie entre eux. Puis, quand descendit : pour chacun Nous avons établi des héritiers, cette prescription fut abrogée, et la parole : rendez à ceux avec qui vos serments sont noués leur part descendit au sujet du secours, de l’hospitalité et du conseil bienveillant, l’héritage étant aboli. Ahmad rapporte, par Asim, d’après Anas : le Prophète fraternisa entre les émigrés et les Ansar dans notre maison.

Ibn Ishaq rapporte que le messager d'Allah fraternisa entre ses compagnons émigrés et Ansar en disant, selon ce qui nous est parvenu : « Fraternisez en Allah, deux par deux. » Puis il prit la main d’Ali ibn Abi Talib et dit : « Voilà mon frère. » Or le messager d’Allah est le maître des messagers, l’imam des pieux, le messager du Seigneur des mondes, sans pareil ni équivalent parmi les serviteurs : il ne saurait avoir de frère de pacte. On rapporte aussi qu’y fraternisa Hamza ibn Abd al-Muttalib, lion d’Allah et lion de Son messager, avec Zayd ibn Haritha, affranchi du messager d’Allah : et c’est à Zayd que Hamza légua le jour d’Ouhoud. Et Ja’far ibn Abi Talib, l’homme aux deux ailes, avec Mou’adh ibn Jabal. Ibn Hicham note que Ja’far était alors absent en terre d’Abyssinie.

Abou Bakr fraternisa avec Kharija ibn Zayd al-Khazraji ; Oumar ibn al-Khattab avec Otban ibn Malik ; Abou Oubayda avec Sa’d ibn Mou’adh ; Abd ar-Rahman ibn Awf avec Sa’d ibn ar-Rabi’ ; az-Zoubayr ibn al-Awwam avec Salama ibn Salama ibn Waqch, ou plutôt az-Zoubayr avec Abdallah ibn Mas’oud ; Outhman ibn Affan avec Aws ibn Thabit ibn al-Moundir an-Najjari ; Talha ibn Ubaydallah avec Ka’b ibn Malik ; Sa’id ibn Zayd avec Ubayy ibn Ka’b ; Mouss’ab ibn Oumayr avec Abou Ayyoub ; Abou Houdayfa ibn Outba avec Abbad ibn Bichr ; Ammar avec Houdayfa ibn al-Yaman, l’affilié aux Abd al-Achhal, ou plutôt Ammar avec Thabit ibn Qays ibn Chammas, ce qui est plus juste par deux angles. Abou Dharr, dit Bourayr ibn Jounada, avec al-Moundir ibn Amr al-Mu’niqi dit Limate ; Hatib ibn Abi Balta’a avec Ouwaym ibn Sa’ida ; Salman avec Abou ad-Darda ; et Bilal avec Abou Rouwayha Abdallah ibn Abd ar-Rahman al-Kath’ami.

Nous disons : une partie de ces noms appelle la réserve. La fraternisation du Prophète avec Ali est déniée et invalidée par certains savants : la fraternité fut légalement établie pour l’entraide mutuelle et le ralliement des cœurs, et le Prophète n’avait pas besoin de l’entraide d’aucun d’eux, pas plus qu’un émigré de celle d’un autre émigré, comme dans la fraternité de Hamza avec Zayd ibn Haritha, hormis si le Prophète confia la prise en charge d’Ali à quelqu’un d’autre : car il subvenait aux besoins d’Ali depuis son enfance, du vivant de son père Abou Talib, comme le rapporte Moujahid. Il en irait pareillement de Hamza, qui se serait chargé des besoins de leur affranchi commun Zayd ibn Haritha, et c’est sous cet angle qu’il l’aurait fraternisé. Quant à la fraternité de Ja’far avec Mou’adh ibn Jabal, elle appelle la réserve, comme l’a noté Abd al-Malik ibn Hicham : Ja’far ne rentra qu’à la conquête de Khaybar, au début de l’année sept : comment le Prophète l’aurait-il fraternisé avec Mou’adh à son arrivée à Médine, hormis en disant que la fraternité fut préparée en vue de son retour. Quant à la fraternité d’Abou Oubayda avec Sa’d ibn Mou’adh, elle contredit ce que rapporte l’imam Ahmad et aussi Mouslim, seul en cela, par Abd as-Samad, d’après Hammad, de Thabit, d’après Anas : le messager d’Allah fraternisa Abou Oubayda ibn al-Jarrah avec Abou Talha. Cette version est plus authentique que ce qu’Ibn Ishaq dit de la fraternité d’Abou Oubayda avec Sa’d ibn Mou’adh. Et Allah est le plus savant.

Le Boukhari rapporte, dans le chapitre de la fraternisation, la parole d’Abd ar-Rahman ibn Awf : le Prophète me fraternisa avec Sa’d ibn ar-Rabi’ quand nous arrivâmes à Médine. Et la parole d’Abou Jouhayfa : le Prophète fraternisa Salman le Perse avec Abou ad-Darda. Ahmad rapporte par Houmayd, d’après Anas : Abd ar-Rahman ibn Awf arriva, et le Prophète le fraternisa avec Sa’d ibn ar-Rabi’ al-Ansari. Sa’d lui dit : je suis le plus riche des gens de Médine en bien : regarde la moitié de mon bien et prends-la ; et j’ai deux femmes : regarde laquelle te plaît le plus, et je la répudierai pour toi. Abd ar-Rahman dit : qu’Allah bénisse ta famille et ton bien, indique-moi le marché. Il y alla, acheta et vendit, et fit du profit. Puis il revint avec un peu de fromage et de beurre, et le Prophète, le voyant au bout de quelques jours avec une trace jaune sur lui, dit :

« Qu’as-tu, ô Abd ar-Rahman ? » Il dit : ô messager d’Allah, je me suis marié avec une femme des Ansar. Il dit : « Quelle est sa dot ? » Il dit : le poids d’un noyau de datte d’or. Il dit : « Célèbre les noces, fût-ce avec une brebis. » Le Boukhari est seul à rapporter ce hadith de cette façon. Il le rapporte aussi en d’autres endroits, et Mouslim le rapporte par des voies d’après Houmayd. Le rattachement du Boukhari à Abd ar-Rahman ibn Awf est étrange : ce hadith n’est connu de façon ininterrompue que par Anas, hormis si Anas le recueillit de lui directement. Ahmad rapporte enfin, par Thabit et Houmayd, d’après Anas, une version où Sa’d dit : ô mon frère, je suis le plus riche des gens de Médine : regarde la moitié de mon bien et prends-le. Et Abd ar-Rahman dit : certes, par Allah, quand je soulèverais une pierre, j’espérerais y trouver de l’or et de l’argent.

Ahmad rapporte, par Houmayd, d’après Anas, une chaîne aux conditions des deux Sahihs : les émigrés dirent : ô messager d’Allah, nous n’avons jamais vu des gens qui, venant à eux, secourent mieux en peu et dépensent plus largement en abondance : ils nous ont suffi en fardeaux et partagé avec nous les jouissances, au point que nous craignons qu’ils ne s’arrogent toute la récompense. Il dit : « Non, tant que vous les louez et invoquez Allah pour eux. » Nul des compilateurs des Six Livres ne l’a rapporté sous cette forme, mais il est établi dans le Sahih par une autre voie. Le Boukhari rapporte, par Abou Hourayra : les Ansar dirent au Prophète : partage les palmiers entre nous et nos frères. Il dit : « Non. » Ils dirent : nous assumerons les frais, et vous partagerez les fruits avec nous. Il dit : « Ils ont entendu et obéi. » Abd ar-Rahman ibn Zayd ibn Aslam rapporte que le messager d’Allah dit aux Ansar : « Tes frères ont quitté leurs biens et leurs enfants et sont sortis vers toi. » Ils dirent : nos biens sont à eux en partage. Il dit : « Ils sont un peuple qui ne connaît pas le travail : assumez leurs frais et partagez avec eux les fruits. » Ils dirent : oui. Nous avons déjà rapporté les hadiths et les traditions sur les mérites des Ansar et leurs belles vertus au sujet de la parole du Très-Haut : ceux qui ont établi la demeure et la foi avant eux.

La mort d’As’ad ibn Zurara, la naissance d’Abdallah ibn az-Zoubayr et le mariage avec Aïcha

Mourut dans ces mois Abou Oumama As’ad ibn Zurara ibn Odas, l’un des douze chefs de la nuit d’al-Aqaba, à la tête de son peuple les Banu an-Najjar, qui avait assisté aux trois Aqaba et fut le premier à prêter serment au messager d’Allah la nuit de la seconde Aqaba selon certains : il était un homme jeune, et le premier à assembler la médina au lieu de Naqi’ al-Khadimat dans la défaite des Banu an-Nabit. Ibn Ishaq rapporte qu’il mourut pendant que la mosquée se bâtissait, emporté par une douleur du flanc ou une colique. Ibn Jarir rapporte dans son Histoire, par Ma’mar, d’après az-Zouhri, d’après Anas, que le messager d’Allah le fit cautériser sur le côté : ses rapporteurs sont dignes de confiance. Ibn Ishaq rapporte que le messager d’Allah dit à son sujet : « Mauvais mort que Abou Oumama pour les Juifs et les hypocrites des Arabes : ils disent, s’il était prophète, son compagnon ne serait pas mort ! Je ne dispose pour moi-même ni pour mon compagnon d’aucune chose contre Allah. » Cela implique qu’il fut le premier mort après l’arrivée du Prophète. Abou l-Hasan Ibn al-Athir prétend dans Ousd al-Ghabe qu’il mourut en Shawwal, sept mois après l’arrivée du Prophète : Allah est le plus savant. Moussa ibn Oqba rapporte d’après Asim ibn Omar ibn Qatada que les Banu an-Najjar demandèrent au messager d’Allah de leur établir un chef après Abou Oumama As’ad ibn Zurara, et il dit :

« Vous êtes mes oncles maternels, et je suis de ce que vous êtes : moi, je suis votre chef. » Il répugna à privilégier l’un d’entre eux aux dépens des autres. Ce fut là la faveur des Banu an-Najjar dont ils tirent gloire sur leur peuple : le messager d’Allah fut leur chef. Ibn al-Athir dit que cela infirme la parole d’Abou Nouaym et d’Ibn Mandah qui disaient qu’As’ad ibn Zurara fut chef des Banu Sa’ida : il l’était des Banu an-Najjar, et Ibn al-Athir a dit vrai. Abou Ja’far Ibn Jarir dit dans son Histoire : le premier mort après l’arrivée du Prophète à Médine fut, selon ce qui est mentionné, son hôte Koulthoum ibn Hidm, qui ne survécut que peu à son arrivée ; puis mourut As’ad ibn Zurara, pendant l’année de son arrivée, avant que la construction de la mosquée ne fût achevée, d’une douleur du flanc ou d’une colique. Koulthoum ibn Hidm était un vieillard très âgé, converti avant l’arrivée du messager d’Allah : quand le Prophète vint à Médine et s’arrêta à Qouba, il descendit la nuit chez lui, et de jour conversait avec ses compagnons dans la demeure de Sa’d ibn ar-Rabi’, jusqu’à son départ vers la maison des Banu an-Najjar. Ibn al-Athir dit qu’on a dit qu’il fut le premier des musulmans à mourir après l’arrivée du messager d’Allah, puis As’ad ibn Zurara après lui : at-Tabari l’a mentionné.

Naquit en Shawwal de cette année de l’Hégire Abdallah ibn az-Zoubayr : il fut le premier-né de l’islam parmi les émigrés, comme Nou’man ibn Bachir fut le premier-né des Ansar après l’émigration. Certains prétendent qu’il naquit vingt mois après l’Hégire : c’est le propos d’Abou l-Aswad, rapporté par le Waqidi ; et d’autres prétendent que Nou’man naquit six mois avant az-Zoubayr, vers le quatorzième mois de l’Hégire. Le correct est ce que nous avons avancé. Le Boukhari rapporte par Hicham ibn Urwa, d’après son père, d’après Asma : je suis devenue enceinte d’Abdallah ibn az-Zoubayr, et je sortis enceinte à terme, arrivai à Médine et m’arrêtai à Qouba, et l’y enfantai. Puis je le portai au messager d’Allah, qui le mit dans ses bras, demanda une datte, la mâcha, y mit sa salive : ce fut la première chose qui entra dans son ventre, la salive du messager d’Allah ; puis il le frotta d’une datte, invoqua pour lui et le bénit. Il fut le premier-né de l’islam.

Khalid ibn Makhlad l’a corroboré par Ali ibn Moussir, d’après Hicham, d’après son père, d’après Asma : elle émigra vers le Prophète enceinte. Qutayba rapporte, par Abou Ousama, d’après Hicham, d’après son père, d’après Aïcha : le premier-né de l’islam fut Abdallah ibn az-Zoubayr ; on le porta au Prophète, qui prit une datte, la mâcha et la mit dans sa bouche : la première chose entrée dans son ventre fut la salive du Prophète. Ceci est une preuve contre le Waqidi et ses pareils : car il dit que le Prophète, quand Abdallah ibn Ourayqit retourna à La Mecque, y envoya Zayd ibn Haritha et Abou Rafi’ ramener ses enfants et ceux d’Abou Bakr, qui arrivèrent peu après l’émigration du Prophète, avec Asma enceinte à terme, sur le point d’accoucher. Quand elle enfantait, les musulmans proclamèrent Allah Akbar d’une grande proclamation, en joie de cette naissance : car les Juifs leur avaient ensorcelé les oreilles en affirmant qu’après leur émigration nul enfant ne naîtrait d’eux, et Allah démentit les Juifs dans ce qu’ils prétendaient.

Le messager d’Allah entra avec Aïcha en Shawwal de cette année. L’imam Ahmad rapporte par Sufyan ath-Thawri, d’après Isma’il ibn Oumayya, d’après Abdallah ibn Urwa, d’après son père, d’après Aïcha : le messager d’Allah m’a mariée en Shawwal et est entré chez moi en Shawwal : laquelle de ses femmes eut donc plus de bonheur que moi auprès de lui ? Aïcha aimait que ses filles fussent mariées en Shawwal. Le Tirmidhi, Mouslim, an-Nasa’i et Ibn Majah l’ont rapporté, et le Tirmidhi l’a jugé bon et authentique, qu’on ne connaît que par la voie de Sufyan ath-Thawri. Selon cela, l’entrée du Prophète chez elle eut lieu sept ou huit mois après l’Hégire. Ibn Jarir a rapporté les deux avis. Nous avons déjà expliqué son mariage avec Sawda et son entrée chez Aïcha après leur arrivée à Médine, et que cette entrée eut lieu au Sanh, de jour : contrairement à ce que l’on pratique aujourd’hui. Son entrée en Shawwal réfute ce que certains imaginent aujourd’hui, à savoir qu’il répugnerait d’entrer chez l’épouse entre les deux fêtes, de crainte de séparer les deux époux. Aïcha dit en réponse : il m’a mariée en Shawwal et est entré chez moi en Shawwal : laquelle de ses femmes eut donc plus de bonheur que moi ? Elle avait ainsi compris du Prophète qu’elle était la plus aimée de ses femmes, et sa compréhension est juste, d’après les preuves claires qui l’établissent, quand bien même n’existerait que le hadith du Boukhari, d’après Amr ibn al-As : je dis : ô messager d’Allah, quel est l’homme que tu aimes le plus ? Il dit : « Aïcha. » Je dis : et parmi les hommes ? Il dit : « Son père. »

La prière portée à quatre, l’adhan et les premières expéditions

Ibn Jarir rapporte qu’en cette première année de l’Hégire, selon certains, on ajouta deux rak’a à la prière de l’habitat, qui était comme celle du voyage à deux rak’a : cela eut lieu un mois après l’arrivée du Prophète à Médine, en Rabi’ al-Akhir, après douze nuits écoulées. Le Waqidi prétend que les gens du Hijaz n’y divergent pas. Or le Boukhari a déjà rapporté, par Ma’mar, d’après az-Zouhri, d’après Urwa, d’après Aïcha : la prière fut prescrite d’abord à deux rak’a ; la prière du voyage fut confirmée, et on ajouta à la prière de l’habitat. Ach-Cha’bi rapporte pareillement, par Masrouq, d’après elle. Le Bayhaqi rapporte d’al-Hasan al-Basri que la prière de l’habitat fut prescrite d’abord à quatre. Et Allah est le plus savant : nous en avons traité dans le tafsir de la sourate des Femmes, à la parole : quand vous parcourez la terre, nul grief sur vous de raccourcir la prière (an-Nisa, 101).

Ibn Ishaq rapporte : quand le messager d’Allah fut affermi à Médine, que ses frères émigrés se furent réunis à lui et que l’affaire des Ansar se fut consolidée, l’affaire de l’islam se renforça : la prière s’établit, furent prescrits la zakat et le jeûne, les peines légales s’appliquèrent, le licite et l’illicite furent prescrits, et l’islam prit possession du pays. Or les gens ne s’assemblaient auprès du messager d’Allah pour la prière qu’aux heures des temps, sans appel. Il songea à faire usage d’une buée comme celle des Juifs pour appeler à la prière, puis la réprouva ; il ordonna un naqous qui fut sculpté pour frapper l’appel des musulmans à la prière ; et tandis qu’ils étaient ainsi, Abdallah ibn Zayd ibn Tha’laba ibn Abd Rabbih, frère de Balharith ibn al-Khazraj, aperçut l’appel. Il vint au messager d’Allah et dit : ô messager d’Allah, cette nuit m’a tourné un fantôme : un homme portait deux vêtements verts, tenant une cloche à la main. Je dis : ô serviteur d’Allah, me vends-tu cette cloche ? Il dit : qu’en feras-tu ? Je dis : nous appellerons par elle à la prière. Il dit : ne t’indiquerai-je mieux ? Je dis : et quoi ? Il dit : tu diras :

Allah est le plus grand, Allah est le plus grand, Allah est le plus grand, Allah est le plus grand ; j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah, j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah ; j’atteste que Mohamed est le messager d’Allah, j’atteste que Mohamed est le messager d’Allah ; venez à la prière, venez à la prière ; venez au succès, venez au succès ; Allah est le plus grand, Allah est le plus grand ; il n’y a pas de divinité qu’Allah. Quand il en informa le messager d’Allah, celui-ci dit : « C’est un vrai songe, si Allah veut. Lève-toi avec Bilal, transmets-le-lui, qu’il appelle par lui à la prière : sa voix est plus sonore que la tienne. » Quand Bilal appela, Oumar ibn al-Khattab l’entendit dans sa maison : il sortit traînant son manteau vers le messager d’Allah en disant : ô Prophète d’Allah, par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, j’ai vu semblable à ce qu’il a vu ! Le messager d’Allah dit : « À Allah la louange. » Mohamed ibn Ibrahim ibn al-Harith a rapporté ce hadith de Mohamed ibn Abdallah ibn Zayd ibn Tha’laba, d’après son père. Abou Dawoud, le Tirmidhi, Ibn Majah et Ibn Khuzayma l’ont rapporté par des voies d’après Ibn Ishaq, et le Tirmidhi et Ibn Khuzayma l’ont authentifié. Abou Dawoud mentionne que le Prophète lui enseigna aussi l’appel de l’iqama, qui reprend les mêmes formules avec en plus : la prière a commencé, la prière a commencé.

Ibn Majah rapporte ce hadith par Abou Oubayd, d’après Mohamed ibn Salama al-Harrani, d’après Ibn Ishaq, qui ajoute le poème qu’Abdallah ibn Zayd composa à cette occasion : « J’ai loué Allah au qu’appartient la majesté et l’honneur, en louanges abondantes pour l’appel ; l’annonciateur me l’apporta d’Allah, et je fis honneur en lui à l’annonciateur ; il me visita en trois nuits, chaque retour accroissant ma vénération. » Nous disons : ce poème est étrange, et implique qu’il vit cet appel trois nuits avant d’en informer le messager d’Allah. Allah est le plus savant. Az-Zouhri rapporte d’après Sa’id ibn al-Moussayyab, d’après Abdallah ibn Zayd, une version pareille à celle d’Ibn Ishaq sans le poème. Et Ibn Majah rapporte par az-Zouhri, de Salim, d’après son père, que le messager d’Allah consulta les gens sur ce qui les occupait vers la prière : ils proposèrent la buée, qu’il réprouva à cause des Juifs ; puis le naqous, qu’il réprouva à cause des Chrétiens ; on lui montra l’appel cette nuit à un homme des Ansar appelé Abdallah ibn Zayd et à Oumar ibn al-Khattab. L’Ansarite frappa à la porte du messager d’Allah de nuit, et le messager d’Allah ordonna à Bilal d’appeler. Az-Zouhri ajoute que Bilal ajouta à l’appel de la prière du matin : la prière vaut mieux que le sommeil, deux fois, et le messager d’Allah le confirma. Oumar dit : ô messager d’Allah, j’ai vu semblable à ce qu’il a vu, mais il m’a devancé.

Quant au hadith rapporté par as-Souhayli, d’après le Bazzar, selon lequel un ange sortit de derrière le voile la nuit du Voyage nocturne et prononça cet appel, chaque parole confirmée par Allah, avant de prendre la main de Mohamed et de le faire précéder pour asseoir devant lui les gens des cieux, parmi lesquels Adam et Nouh : ce hadith n’est pas authentique comme le prétend as-Souhayli, mais repoussé : il n’est rapporté que par Ziyad ibn al-Moundir Abou al-Jaroud, auquel est attribuée la secte des Jaroudites, et qui est du nombre des accusés. Et si le messager d’Allah avait entendu cet appel la nuit du Voyage nocturne, il eût probablement ordonné de l’employer dès l’émigration pour l’appel à la prière. Et Allah est le plus savant. Ibn Jourayj rapporte d’après Oubayd ibn Oumayr que le Prophète et ses compagnons se résolurent au naqous pour l’assemblée de la prière ; tandis qu’Oumar cherchait à acheter deux planches pour le naqous, il vit en songe :

ne prenez pas le naqous, mais appelez à la prière. Il partit informer le Prophète, et la révélation était déjà venue là-dessus : Oumar ne fut surpris que par Bilal qui appelait à la prière, et le messager d’Allah lui dit : « La révélation t’a devancé. » Cela indique que la révélation vint confirmer la vision d’Abdallah ibn Zayd, comme l’ont dit certains. Et Allah Très-Haut est le plus savant. Ibn Ishaq rapporte enfin, d’après une femme des Banu an-Najjar : ma maison était des plus hautes autour de la mosquée, et Bilal y appelait à la prière du fajr. Il venait à l’aube, s’asseyait sur la maison attendant le fajr ; quand il le voyait, il s’étirait, puis disait : « ô Allah, je Te loue et Te demande secours contre Quraysh, pour qu’ils établissent Ta religion. » Puis il appelait. Par Allah, je ne l’ai jamais connu manquer une seule nuit à ces paroles. Abou Dawoud est seul à le rapporter.

Le Waqidi prétend que le messager d’Allah, en cette année, au mois de Ramadhan, à la tête du septième mois, nomma Hamza ibn Abd al-Muttalib à la tête de trente émigrés contre un étendard blanc, porté par Abou Marthad al-Ghanawi, pour guetter les caravanes de Quraysh. Hamza rencontra Abou Jahl à la tête de trois cents Qurayshites, et Majdi ibn Amr s’interposa entre les deux, sans qu’il y eût combat. Il rapporte aussi que le Prophète, à la tête du huitième mois, en Shawwal, nomma Oubayda ibn al-Harith à un étendard blanc porté par Moustah ibn Outhatha, avec l’ordre de marcher vers le batn de Rabigh : ils atteignirent Thaniyyat al-Murra, près d’al-Jouhfa, en soixante-dix ou quatre-vingts émigrés, sans aucun Ansari ; et échangèrent des flèches avec les associateurs à une eau appelée Ahya, sans qu’il y eût escarmouche au sabre : Oubayda ibn al-Harith échangea des flèches avec an-Nadr ibn al-Harith. Le Waqidi dit que les associateurs étaient deux cents, sous Abou Soufyan Sakhr ibn Harb : c’est ce qui est établi chez nous ; on dit aussi qu’ils étaient sous Mikraz ibn Hafs. Il rapporte enfin qu’en Dhou l-Qi’da de cette première année, le messager d’Allah nomma Sa’d ibn Abi Waqqas jusqu’à al-Kharrar, avec un étendard blanc porté par al-Miqdad ibn al-Aswad.

Abou Bakr ibn Isma’il rapporte d’après Amir ibn Sa’d, d’après son père : je sortis avec vingt hommes, ou vingt et un, à pied, cachés le jour et marchant la nuit, jusqu’à atteindre al-Kharrar au cinquième matin. Le messager d’Allah m’avait enjoint de ne pas le dépasser, mais la caravane m’avait précédé d’un jour. Le Waqidi dit : la caravane comptait soixante personnes, et ceux qui étaient avec Sa’d étaient tous des émigrés. Abou Ja’far Ibn Jarir rapporte qu’chez Ibn Ishaq, ces trois expéditions, que le Waqidi mentionne, furent toutes de la deuxième année de l’Hégire. Nous disons : le propos d’Ibn Ishaq, dans ce que rapporte Abou Ja’far, n’est pas explicite pour qui le considère : il se peut que ces expéditions eussent lieu en la première année, et nous les exposerons en détail à leur lieu, au début du livre des expéditions de la deuxième année. Le Waqidi recèle de belles informations et une chronologie généralement établie : car il est l’un des grands imams de cette science, sincère mais prolixe, comme nous avons traité de son équité et de ses critiques dans notre livre intitulé at-Takmil fi ma’rifat ath-thiqat wad-du’afa’ wal-majahil. Et à Allah la louange et la grâce.

Nés et morts de la première année

Naquirent en cette année bénie, la première de l’Hégire : Abdallah ibn az-Zoubayr, le premier-né de l’islam après l’émigration, selon ce que rapporte le Boukhari de sa mère Asma et de sa tante Aïcha, mère des croyants, toutes deux filles du Véridique ; certains disent que Nou’man ibn Bachir naquit six mois avant lui, ce qui ferait d’Abdallah ibn az-Zoubayr le premier-né des émigrés seulement ; et d’autres disent que les deux naquirent en la deuxième année : l’apparent est le premier avis, comme nous l’avons expliqué. On dit aussi que al-Moukhtar ibn Abi Oubayd et Ziyad ibn Soumayan naquirent en cette première année. Allah est le plus savant.

Moururent en cette première année, parmi les compagnons : Koulthoum ibn Hidm al-Awsi, chez qui le messager d’Allah descendit à Qouba jusqu’à son départ vers la maison des Banu an-Najjar ; puis après lui Abou Oumama As’ad ibn Zurara, chef des Banu an-Najjar, mort tandis que le messager d’Allah bâtissait la mosquée. Ibn Jarir rapporte qu’en cette année mourut Abou Ouhaïha à Ta’if avec son bien, et que moururent aussi al-Walid ibn al-Moughira et al-As ibn Wa’il as-Sahmi à La Mecque. Nous disons : ceux-ci moururent dans leur association, n’ayant jamais embrassé l’islam.

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