L’année 11 de l’Hégire : la maladie du Prophète et sa mort

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L’année 11 de l’Hégire : les signes de l’approche de la mort, la maladie du Prophète, sa prière dernière, sa mort, les événements entre sa mort et son enterrement, sa tombe dans la chambre de Aïcha, ses enfants, serviteurs et scribes.

Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07

Les signes de l’approche de la mort

L’onzième année de l’Hégire s’ouvrit alors que le noble cavalier prophétique s’était établi à Médine la purifiée, de retour du pèlerinage d’adieu. Cette année vit les plus grandes choses, dont la plus grande fut la mort du messager d’Allah : mais Allah le transféra de cette demeure périssable vers la félicité éternelle, dans une station élevée et sublime, au plus haut degré du Paradis, selon la parole du Très-Haut : et l’au-delà est meilleur pour toi que le monde proche ; et ton Seigneur te donnera bientôt, et tu seras satisfait (ad-Douha, 4-5). Cela, après qu’il eut achevé la transmission du message que Allah lui avait ordonné de transmettre, conseillé à sa communauté, guidé vers le meilleur, et averti de ce qui nuisait à leur monde et à leur au-delà.

Les deux Sahihs rapportent, d’après Oumar ibn al-Khattab, que le verset : aujourd’hui, J’ai accompli pour vous votre religion, mené à terme sur vous Mon bienfait, et agréé pour vous l’islam comme religion (al-Ma’ida, 3), descendit un vendredi, tandis que le messager d’Allah se tenait à Arafat. On nous rapporte par une bonne voie qu’Oumar pleura quand ce verset descendit : on lui demanda : qu’est-ce qui te fait pleurer ? Il dit : après la perfection il n’y a que le déclin ! Comme s’il avait pressenti la mort du Prophète. Le Prophète lui-même y fit allusion : Mouslim rapporte, d’après Jabir, qu’il se tenait à la stèle d’al-’Aqaba et dit : « Prenez de moi vos rites : il se peut que je ne fasse plus le pèlerinage après cette année ! » Et le Boukhari rapporte d’après Zayd ibn Arqam que la sourate : quand vient le secours d’Allah et la conquête, descendit au milieu des jours at-tachriq : le messager d’Allah comprit que c’était l’adieu, ordonna qu’on sellât al-Qaswa, puis fit son discours de ce jour. De même, quand Oumar demanda à Ibn Abbas, devant de nombreux compagnons, l’interprétation de cette sourate : les compagnons répondirent : il nous a été ordonné, à la conquête, de rappeler Allah, Le louer et Lui demander pardon. Ibn Abbas dit : c’est le terme du messager d’Allah qui lui fut annoncé ! Oumar dit : je n’y connais que ce que vous savez. Ahmad rapporte aussi, d’après Abou Hourayra, que le messager d’Allah, ayant fait le pèlerinage avec ses femmes, dit : « Ce pèlerinage-ci seulement, puis le temps des femmes enceintes. »

Avant la mort, les imams Mohamed ibn Ishaq, Abou Ja’far Ibn Jarir et le Bayhaqi ont énuméré ses pèlerinages, ses expéditions, ses saraya, ses lettres et ses envoyés aux rois. Les deux Sahihs rapportent, d’après Zayd ibn Arqam, que le messager d’Allah fit dix-neuf expéditions, et qu’il pèlerina après l’émigration le pèlerinage d’adieu, sans pèleriner après. Jabir rapporte qu’il fit trois pèlerinages, deux avant l’émigration et un après, avec une omra, conduisant soixante-trois bêtes d’immolation qu’Ali lui amena du Yémen. Anas rapporte, dans les deux Sahihs, ses quatre omras : Houdaybiya, la Réparation, Ji’rana et celle du pèlerinage d’adieu. Quant aux expéditions, Salama ibn al-Akwa’ dit : j’ai fait campagne avec le messager d’Allah sept fois, et neuf des troupes qu’il envoyait, une fois commandées par Abou Bakr et une fois par Usama ibn Zayd. Al-Bara’ dit : le messager d’Allah fit quinze expéditions. Zayd ibn Arqam dit : dix-neuf, dont il assista à dix-sept, la première étant al-OUCHAYRA.

Ibn Bourayda dit : seize ; ou dix-neuf, dont il combattit en huit : Badr, Ouhoud, le Fossé, al-Muraysi’ et Qoudayd, Khaybar, La Mecque et Hunayn ; et il envoya vingt-quatre saraya. Jabir dit : vingt et une, dont je participai à dix-neuf, n’ayant assisté ni à Badr ni à Ouhoud, retenu par mon père ; quand il fut tué à Ouhoud, je ne manquai plus aucune expédition. Qatada dit : dix-neuf expéditions, combattit en huit, envoya vingt-quatre saraya : total quarante-trois. Les imams Urwa, az-Zouhri, Moussa ibn Oqba et Ibn Ishaq établissent qu’il combattit Badr en Ramadhan de l’année deux, Ouhoud en Shawwal de l’année trois, le Fossé et Banu Qurayza en Shawwal de l’année quatre ou cinq, Banu al-Moustaliq à al-Muraysi’ en Cha’bane de l’année cinq, Khaybar en Safar de l’année sept : le correct est au début de l’année sept et à la fin de la six, puis la conquête de La Mecque en Ramadhan de l’année huit, Hunayn en Shawwal, Ta’if, Tabouk en Rajab de l’année neuf : et c’est sa dernière expédition.

Le décompte des expéditions et des envoyés

Ibn Ishaq rapporte que le total de ce que le messager d’Allah fit lui-même en personne fut vingt-sept expéditions : Waddan, qui est al-Abwa’ ; Bouwat, du côté de Radwa ; al-Ouchayra au batn de Yanbo’ ; la première Badr, poursuivant Kurz ibn Jabir ; la grande Badr où Allah tua les paladins de Quraysh ; les Banu Sulaym jusqu’au Koudr ; l’armée du sawiq poursuivant Abou Soufyan ; Ghatafan, qui est Dhou Amr ; Najran, mine du Hijaz ; Ouhoud ; Hamra’ al-Asad ; les Banu an-Nadir ; Dhat ar-Riqa’ à Nakhla ; la dernière Badr ; Doumat al-Jandal ; le Fossé ; les Banu Qurayza ; les Banu Lihyan de Hudhayl ; Dhou Qarad ; les Banu al-Moustaliq de Khouza’a ; Houdaybiya, sans intention de combat, empêché par les associateurs ; Khaybar ; l’Omra de la Réparation ; la conquête ; Hunayn ; Ta’if ; et Tabouk. Il combattit en neuf d’entre elles : Badr, Ouhoud, le Fossé, Qurayza, al-Moustaliq, Khaybar, la conquête, Hunayn et Ta’if. Et ses envois et saraya furent au nombre de trente-huit.

Parmi les envois que détaille Ibn Ishaq et dont plusieurs apportent des récits propres : Dihya ibn Khalifa, revenant de César avec des présents, fut détroussé au wadi Chanar par al-Hounayd ibn Aws et son fils : des convertis de Jouzam récupérèrent les biens, et le Prophète envoya Zayd ibn Haritha, qui tua les deux agresseurs ; Rifa’a ibn Zayd, ayant reçu une lettre du Prophète, entraîna une partie de son peuple à l’islam, et quand Zayd demanda : que ferais-je des tués ? : trois fois : on répondit : relâche ceux qui vivent ! Ali les rejoignit muni du sabre marqué du Prophète et rendit tout ce qui avait été pris. Et Zayd, envoyé une seconde fois à Wadi al-Qoura après sa blessure, captura Oum Qirfa Fatima bint Rabi’a : Qays ibn al-Mousahhar la tua et épargna sa fille, que le Prophète offrit à son oncle maternel Hazn ibn Abi Wahb, qui lui donna un fils, Abd ar-Rahman. Ibn Ishaq mentionne aussi l’envoi d’Abdallah ibn Rawaha à Khaybar contre al-Yousayr ibn Rizam, celui d’Abdallah ibn Atik contre Abou Rafi’, d’Abdallah ibn Unays contre Khalid ibn Soufyan, celui de Ouyayna ibn Hisn contre les Banu al-’Anbar, et les trois envoyés de Mouta.

Il rapporte encore l’envoi de Salim ibn Oumayr, l’un des pleureurs, contre Abou Afak des Banu Amr ibn Awf, qui avait dénoué son hypocrisie en élégies contre le Prophète après la mort d’al-Harith ibn Souwayd : le Prophète dit : « Qui me débarrassera de ce perverse ? » et Salim le tua. Puis l’envoi d’Oumayr ibn Adi al-Khatmi contre Asma bint Marwan, qui satirisait l’islam : « N’y a-t-il personne pour me prendre de la fille de Marwan ? » : il la tua de nuit et dit au matin : ô messager d’Allah, je l’ai tuée ! Il dit : « Tu as porté secours à Allah et à Son messager, ô Oumayr. » Et il ajouta : « Deux boucs ne s’entrechoqueront pas pour elle. » Ce fut le premier jour où l’islam devint puissant chez les Banu Khatma : beaucoup d’entre eux embrassèrent l’islam à cette preuve de sa force. Hassan ibn Thabit répondit par des vers aux élégies qu’avait suscitées la mort de celle-ci.

Il mentionne enfin l’histoire de Thoumama ibn Uthal al-Hanafi, capturé puis libéré, qui empêcha les caravanes de blé d’aller à La Mecque jusqu’à ce que le Prophète lui écrivît de les relâcher ; il serait celui du hadith : « Le croyant mange d’un ventre, et le mécréant de sept » ; et le récit d’al-Alqama ibn Mujazziz parti venger son frère ; celui d’Abdallah ibn Hudhafa, dont une partie des gens voulut entrer dans le feu allumé par leur chef en épreuve : le Prophète dit : « Quiconque vous commande de désobéir à Allah, ne lui obéissez pas ! » ; et l’affaire des hommes de Bajila qui se droguèrent au lait et à l’urine des chamelles, tuèrent leur berger Yasar et lui crevèrent les yeux : le Prophète leur fit couper mains et pieds et leur perça les yeux, et ce sont, de l’apparent, les hommes d’Oukl ou d’Ourayna du hadith concordant d’Anas. Et Ali fut envoyé au Yémen avec Khalid, en leur disant : « Si vous vous réunissez, le commandeur est Ali ibn Abi Talib » : il y fit deux campagnes.

Les dix compagnons, les cinq châtiments et la chute de monture

Abdallah ibn Omar rapporte qu’il était avec dix compagnons dans la mosquée du Prophète : Abou Bakr, Oumar, Outhman, Ali, Abd ar-Rahman ibn Awf, Ibn Mas’oud, Mou’adh ibn Jabal, Houdayfa ibn al-Yaman et Abou Sa’id al-Khoudri, quand vint un jeune Ansari qui demanda : quel est le meilleur des croyants ? Il dit : « Celui qui a le meilleur caractère. » Et le plus avisé ? Il dit : « Celui qui rappelle le plus la mort et s’y prépare le mieux avant qu’elle ne lui arrive : ceux-là sont les avisés. » Puis le Prophète se tourna vers eux et dit : « ô assemblée des émigrés, cinq choses, quand elles frapperont un peuple : la turpitude ne paraît jamais chez un peuple au point de s’y proclamer, sans que la peste et des douleurs inconnues de leurs anciens n’y paraissent ; ils ne réduisent pas le muid ni la balance, sans qu’on les prenne par les années de disette et l’injustice des gouverneurs ; ils ne retiennent pas la zakat de leurs biens, sans qu’on retienne la pluie du ciel : sans les bêtes, ils ne seraient pas arrosés ; ils ne rompent pas le pacte d’Allah et de Son messager, sans qu’Allah ne livre leur puissance à un ennemi d’entre eux ; et leurs imams ne jugent pas par le Livre d’Allah et ne se divisent en ce qu’Allah a révélé, sans qu’Allah ne fasse régner leur violence entre eux. » Il montra ensuite à Abd ar-Rahman ibn Awf, parti en expédition, comment porter l’ihram, lui remit l’étendard et lui ordonna : « Pars au nom d’Allah, combattez quiconque mécroit en Allah : ne dépassez pas les limites, ne trahissez pas, ne mutilez pas, ne tuez pas d’enfant. »

Quant à la cause de sa dernière maladie, le Boukhari la mentionne : le messager d’Allah, au retour du pèlerinage d’adieu et au temps des délégations, tomba de sa monture et se fendit le flanc, et c’est de là que vint son mal. Anas rapporte que sa dernière prière avec les gens fut le dhouhr, qu’il pria assis tandis qu’ils priaient debout derrière lui, et Abou Moussa rapporte qu’il pria ainsi quand sa douleur l’en empêcha de rester debout. Il avait dit pendant sa maladie, selon ses épouses réunies qui voulurent l’empêcher de sortir vers la mosquée : « Vous êtes certes les compagnones de Youssouf » : elles se disputèrent, et il n’appartient pas à un prophète de se disputer ainsi ; puis il sortit, traînant ses jambes, et dit : « ô gens, je ne suis qu’un homme : j’ai entendu ce que vous dites. » Et il ordonna : « Fermez devant moi toute ouverture de cette mosquée, hormis la porte d’Abou Bakr. » Et il dit encore : « Allah a certes choisi un serviteur entre la monde et le reste des biens : et il a choisi ce qui est auprès d’Allah. » Ahmad rapporte seul ce récit.

Sa maladie et sa mort

La maladie du messager d’Allah commença, selon le récit le plus solide, à la fin de Safar de l’onzième année. Il sortit à l’appel de Bilal pour la prière du sobh, l’an euphorique (l’année d’adieu à Médine), le visage bandé d’un linge : il monta en chaire, s’assit, loua Allah et dit : « ô gens, j’ai certes pressenti ce que vous ne pressentez pas. On m’a laissé choisir entre les serviteurs et le reste des biens de ce monde : j’ai choisi de rencontrer mon Seigneur et le Paradis. » Abou Bakr pleura et dit : nous nous sacrifions pour toi, mon père et ma mère ! Et le Prophète dit : « Douceur sur Abou Bakr ! » Puis il dit : « Certes, celui à qui j’étais le plus proche dans l’écran est Abou Bakr. Si je devais prendre un ami intime autre que mon Seigneur, j’aurais pris Abou Bakr ; mais l’amitié prophétique reste : et il n’y a pas de porte qui reste ouverte auprès de cette mosquée, hormis la porte d’Abou Bakr. Fermez la porte de quelqu’un d’autre que lui. » Puis il descendit et sa maladie le saisit. Dans le Sahih d’al-Boukhari, Aïcha rapporte qu’il dit, lors de sa maladie qui devint intense : « ô Aïcha, j’ai senti encore la douleur que j’ai sentie à La Mecque. » Elle dit : le Prophète à ce moment-là demeurait à la maison de Maymouna, et ses épouses se réunirent : deux ou trois d’entre elles se mirent d’accord pour rester auprès de lui. Sa tante paternelle venait et disait : qu’avez-vous, mes enfants ? Et nous disions : il est meilleur qu’il ne l’était hier !

Le Prophète ordonna à Abou Bakr de conduire la prière pendant sa maladie. Aïcha rapporte, dans le Sahih, que le Prophète dit, pendant sa maladie : « Que Abou Bakr prie avec les gens. » Elle dit : ô messager d’Allah, Abou Bakr est un homme tendre : quand il te remplace dans ta place de prière, sa voix ne sera pas entendue ! Ordonne donc à Oumar. Il dit : « Que Abou Bakr prie avec les gens ! » Puis elle répéta, et il dit encore : « Vous êtes certes les compagnones de Youssouf ! Que Abou Bakr prie avec les gens ! » Et il envoya dire à Abou Bakr de conduire la prière : quand Abou Bakr l’entendit, il dit : « ô Aïcha, quel rapport entre la tendresse d’un chameau et l’affaire du messager d’Allah ? » Et les gens priaient pendant sa maladie derrière Abou Bakr : il l’approuvait et s’en réjouissait. L’imam Ahmad rapporte qu’il dit pendant sa maladie : « Le pèlerinage et le jihad ne sont plus obligatoires ; qu’on fasse avancer ce qui reste de la campagne d’Usama : quiconque parmi vous veut assister à la bénédiction, qu’il sorte avec Usama. » Puis sa maladie s’aggrava.

Le jour de sa mort, quand la chaleur fut vive, il sortit appuyé entre deux hommes, l’un d’eux étant al-Fadl ibn al-’Abbas, pieds nus, conduisant la prière du dhouhr et la priant assis : les gens priaient debout derrière lui, et il indiquait aux gens de s’asseoir à sa fin de vie. Il revint ensuite, s’appuyant sur les deux hommes jusqu’à s’asseoir auprès d’Aïcha : Abou Bakr le vit et dit : « Que mon père et ma mère te soient rançon : voilà que tu m’as devancé dans l’émigration et dans l’entraide, et tu me devances aujourd’hui dans la prière ? ! » Le messager d’Allah dit : « C’est ainsi ! » Puis il entra dans sa maison, et sa fièvre s’accrut : il dit à Aïcha : « Verse sur moi sept outres : qu’elles soient vues par les gens dans leurs maisons. » Et Aïcha le mit dans un habit de maison, le coucha et le couvrit de sa tête, puis s’assit auprès de lui en pleurant. Sa dernière parole au monde fut : « Le compagnon le plus élevé ! » C’est-à-dire : avec les prophètes, les véridiques, les martyrs et les justes : et ce sont les plus élevés de la création.

Il dit en se mourant : « Priez ! Priez ! Et ce que possèdent vos mains droites. » C’est-à-dire : la prière et la bienfaisance. Et sa main était dans sa main d’Abou Bakr, disant : « Allah, le Compagnon suprême ! » Et il dit à Aïcha, de ses dernières recommandations : « La prière ! La prière ! Et ce que possèdent vos mains droites. » Et il dit encore : « Chasse les Juifs et les chrétiens de la péninsule des Arabes, et que nul ne garde qu’une religion : l’islam. » Et il dit : « Que Allah maudisse les Juifs et les chrétiens : ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prière. » Et il dit : « Que nul parmi vous ne meurt sans avoir de bonnes pensées envers Allah. » Quand la mort fut là, sa tête était sur la cuisse d’Aïcha : elle leva sa tête et le posa sur l’oreiller, et elle dit avec les autres femmes : nous vivrons le remplacement. Il l’entendit et dit : « Non : vous êtes la première d’entre elles. » Puis son âme fut reprise, la troisième heure du lundi, le treize du mois de Rabi’ al-Awwal, ou à la fin de Safar, l’année onze, à l’âge de soixante-trois ans, dont cinquante-trois ans avant la mission ou après selon les avis : et le consensus est que sa mission dura vingt-trois ans, dont dix à La Mecque selon un avis, et treize selon l’autre.

Entre sa mort et son enterrement

Des affaires importantes survinrent après sa mort et avant son enterrement. Oumar ibn al-Khattab se leva et dit : « Par Allah, le messager d’Allah n’est pas mort : il est parti vers son Seigneur comme Moussa ibn Imran est parti quarante ans, puis revint après qu’on l’eut dit mort ! » Et il dit : « Par Allah, celui qui adore Mohamed, Mohamed est mort ; et celui qui adore Allah, Allah est vivant et ne meurt pas ! » Et il récita : tu es mortel, et eux sont mortels (az-Zoumar, 30). Abou Bakr révéla son visage, vint, embrassa le messager d’Allah entre ses deux yeux, puis dit : « Tu es doux, vivant et mort ! » Puis il dit : « Celui qui adorait Mohamed, Mohamed est mort ; et celui qui adore Allah, Allah est vivant et ne meurt pas ! » Et il récita le verset : Mohamed n’est qu’un messager : les messagers avant lui ont passé ; s’il meurt ou est tué, retournerez-vous sur vos talons ? Celui qui retourne sur ses talons ne nuit nullement à Allah, et Allah récompensera les reconnaissants (Al Imran, 144). Et les gens furent comme s’ils ne savaient pas ce verset avant que Abou Bakr ne le récitât : le peuple le prit de sa bouche et le récitait ; et ce jour-là, celui qui l’entendit de Abou Bakr le récitait.

Le califat fut réglé à la Saqifa des Banu Sa’ida : les Ansar proposèrent un émir d’entre eux et un émir d’entre vous, puis Abou Bakr prononça son discours resté célèbre sur l’unicité des Arabes et l’excellence de Quraysh, et l’on lui prêta serment. Oumar dit plus tard : le serment d’allégeance à Abou Bakr fut une désobéissance et une transgression qu’Allah a protégée du mal : aussi celui qui veut imiter cette désobéissance dans ses affaires se montre-t-il désobéissant. Quant au peuple, ils étaient d’accord ce jour-là sur Abou Bakr, aucun n’ayant ni de préférence ni d’aversion à lui accorder l’émirat. Puis la question des adeptes d’Islam parmi lesAnsar et les Muhajir se réglée : Oumar dit à Abou Bakr : pars vers les gens, pour qu’ils te connaissent. Et les Muhajir et les Ansar lui prêtèrent serment, après quoi ils s’assemblèrent et se mirent d’accord sur lui sans désaccord de personne. Le Prophète fut lavé par ses parents mâles et par Ali ibn Abi Talib, al-’Abbas ibn Abd al-Muttalib, al-Fadl et Qoutham, fils d’al-’Abbas, et Ousama ibn Zayd.

La prière sur lui fut faite sans imam, chaque groupe priant séparément : les gens entrèrent par groupes, prièrent, puis sortirent : aucun homme, femme ou enfant ne resta sans prier sur lui. L’imam Ahmad rapporte que Ali dit : le messager d’Allah avait interdit de renouveler son corps lavé après sa mort ; et il fut lavé avec le habit dans lequel il avait rendu l’âme. Son linceul fut de trois vêtements blancs du Yémen, sans chemise ni turban. Il fut enterré dans la chambre de Aïcha, où Allah le prit, la nuit du mardi ou du mercredi, après minuit, et il fut enterré là où il rendit l’âme. Sa tombe fut creusée par al-’Abbas et Ali ibn Abi Talib, selon le hadith : elle fut faite dans le milieu de la tombe comme la tombe des prophètes ; et on dit aussi qu’il fut enterré à la mi-jambe. Et c’est là le mausolée où se trouve aujourd’hui son tombeau béni dans la chambre de Aïcha, au sein de la mosquée du Prophète, paix et bénédictions sur lui.

Le deuil des gens du Livre et des compilateurs

On rapporte que les gens du Livre connaissaient le jour de sa mort, parmi lesquels un chrétien du Levant qui disait : hier est mort le plus noble des envoyés, le plus généreux des hommes ! Et que le puits de Zamzam se tarit et que les étoiles se mirent à tomber cette année-là, comme cela est rapporté dans les recueils des annonces. On rapporte de même que Aïcha rapporte que le minbar de la mosquée gémissait quand il l’abandonnait pour l’étranger de Médine. Puis les khoutbas de deuil furent prononcées par Abou Bakr as-Siddiq, et les disciples rapportent qu’il dit lors du sermon après la mort du Prophète : « ô gens, quiconque adorait Mohamed : Mohamed est mort ; et quiconque adorait Allah : Allah est vivant et ne meurt pas ! » Puis il récita le verset de la sourate Al Imran. Puis il dit : « Allah a choisi Mohamed et l’a porté vers Sa proximité : il est mort en la religion d’Allah ! Celui parmi vous qui veut prendre exemple, qu’il prenne exemple sur celui-ci ; et celui qui veut prendre exemple sur un mort, qu’il prenne exemple sur les morts :

car les vivants ne sont pas à l’abri de l’égarement ! » Des khassais ont été rapportées à ce propos dans le livre des caractères distinctifs, et Allah est le plus savant. Les saraya d’Usama furent envoyées après sa mort par Abou Bakr, et leurs nouvelles et celles de la suite de l’année onze ont été traitées en leur lieu. Ses enfants furent : al-Qasim, Abdallah, Zaynab, Rouqayya, Oum Koulthoum et Fatima de Khadija ; Ibrahim de Marie la Copte ; et il n’eut pas de descendance mâle qui ait survécu. Ses serviteurs furent nombreux : Anas ibn Malik servit auprès de lui dix ans ; Zayd ibn Haritha fut son affranchi bien-aimé ; Bilal ibn Rabah son muezzin ; Abou Houlayfa, Rabah, Chouqran, Salma, et d’autres. Ses scribes du Coran et autres furent, entre autres : Ali ibn Abi Talib, Oubayy ibn Ka’b, Zayd ibn Thabit, Mou’awiya, Khalid ibn Sa’id, Aban ibn Sa’id et Handhala ibn ar-Rabi’ : que Allah soit satisfait d’eux tous. Et à Allah la louange et la grâce, sur lui et sur sa famille les meilleures prières et le plus pur salut.

L’épreuve de sa maladie

Abdallah ibn Mas’oud relate qu’il entra le voir pendant sa fièvre et passa la main sur lui : ô messager d’Allah, tu souffres une fièvre violente ! Il dit : « Oui : je souffre comme souffrent deux hommes d’entre vous. » Ibn Mas’oud dit : tu as deux récompenses ? Il dit : « Oui, par Celui qui tient mon âme en Sa main : nul musulman sur terre n’est atteint d’un mal ou d’autre sans qu’Allah n’en abatte ses fautes comme l’arbre abat ses feuilles ! » Les deux Sahihs l’ont rapporté. Abou Sa’id al-Khoudri posa sa main sur lui et dit : par Allah, je ne supporte pas de poser ma main sur toi, tant ta fièvre est dure ! Il dit : « Nous, assemblée des prophètes, l’épreuve nous est doublée comme la récompense nous est doublée : le prophète est éprouvé jusqu’au pou qui le tue, et le croyant jusqu’à ramasser son manteau. Et ils se réjouissent de l’épreuve comme vous vous réjouissez de l’aisance. » Aïcha dit : jamais je n’ai vu une douleur plus dure sur personne que sur le messager d’Allah, et : le messager d’Allah est mort entre mon palais et ma gorge : aussi ne détesterai-je plus jamais la dureté de la mort pour quiconque après le Prophète. Et il est parvenu : les hommes les plus éprouvés sont les prophètes, puis les vertueux, puis les meilleurs, les meilleurs : l’homme est éprouvé à la mesure de sa religion ; s’il est solide dans sa religion, on le durcit dans l’épreuve.

Les dernières recommandations

L’essentiel des recommandations du messager d’Allah à l’approche de la mort fut : « La prière ! La prière ! Et ce que possèdent vos mains droites ! » jusqu’à en faire gurgiter sa poitrine, sans que sa langue pût achever, selon Anas, Oum Salama et d’autres. Ali rapporte que le messager d’Allah lui ordonna d’apporter un plateau pour écrire ce qui préserverait sa communauté de l’égarrement après lui ; Ali craignit que son âme ne s’en allât et dit : je retiens et je garde ! Il dit : « Je recommande la prière, la zakat et ce que possèdent vos mains droites. » Il dit aussi, selon Jabir : « Que nul d’entre vous ne meure sans avoir de bonnes pensées envers Allah » : car Allah dit : Je suis selon la pensée que Mon serviteur se fait de Moi. Et il recommençait à jeter un habit sur son visage ; quand la gêne le saisissait il le découvrait, disant : « Que la malédiction d’Allah soit sur les Juifs et les chrétiens : ils ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prière ! » les mettant en garde contre ce qu’ils avaient fait : Malik rapporte ces paroles d’après Omar ibn Abd al-Aziz, qui les tenait des dernières paroles du Prophète : deux religions ne demeureront pas en terre des Arabes.

Le choix et les derniers instants

Aïcha rapporte que les gens racontaient que le Prophète ne mourrait pas avant d’avoir été mis en choix entre ce monde et l’au-delà, et qu’il disait en bonne santé : « Nul prophète n’est rappelé avant d’avoir vu sa place au Paradis, puis d’être mis en choix. » Or, pendant sa dernière maladie, la tête sur sa cuisse, il s’évanouit un moment, puis revint, leva les yeux vers le plafond de la maison et dit : « ô Allah, au Compagnon le plus élevé ! » Elle dit : nous comprîmes alors qu’il avait vu sa place et avait choisi son Seigneur. Ce furent les dernières paroles du messager d’Allah : « au Compagnon le plus élevé ! » Dans une version : il dit en mourant : « Non, mais je demande à Allah le Compagnon le plus élevé, plus heureux avec Jibril et Mika’il et Israfil ! » Et selon Oum Soulayman ou ses pareilles : il plongea sa main dans un verre d’eau et essuyait son visage en disant : « ô Allah, aide-moi contre les agonies de la mort ! » Et Ahmad rapporte qu’il dit : « Il m’est adouci de voir la paume blanche d’Aïcha au Paradis ! » Preuve de son amour pour elle.

Ibn Abi Mulayka rapporte qu’Abd ar-Rahman ibn Abi Bakr entra avec un rameau frais de siwak : le Prophète le regarda, sachant qu’il aimait le siwak ; Aïcha le lui prit, le mâcha pour l’amollir, et le lui donna : il s’en frotta les dents de la plus belle façon, puis tendit la main vers lui, et le rameau tomba de sa main. Elle dit : Allah réunit ma salive et la sienne au dernier jour d’ici-bas et au premier jour de l’au-delà. Et Usama ibn Zayd raconte : quand le messager d’Allah devint lourd, je descendis avec les gens à Médine, j’entrai le voir : il ne parlait plus, mais il levait ses mains vers le ciel puis les passait sur moi : je savais qu’il invoquait pour moi. Et le Prophète dit pendant sa maladie, selon Usama encore : « Envoyez la campagne d’Usama » : Abou Bakr l’exécuta dès son califat. Et Aïcha dit enfin : il est mort dans ma maison, entre mon palais et ma gorge, dans mon tour : et ma folie fut, à ma jeunesse, de me lever pour me lamenter avec les femmes après l’avoir posé sur l’oreiller. Et à Allah la louange et la grâce.

L’heure et la date de sa mort

Il n’y a pas de divergence qu’il mourut un lundi. Ibn Abbas dit : « Votre prophète est né un lundi, la prophétie lui fut donnée un lundi, il sortit de La Mecque en émigrant un lundi, il entra à Médine un lundi, et il mourut un lundi. » Ahmad et le Bayhaqi l’ont rapporté. Et Aïcha rapporte qu’Abou Bakr lui demanda : quel jour le messager d’Allah est-il mort ? Elle dit : un lundi. Il dit : j’espère donc mourir un lundi ! Et il mourut un lundi. Dans le Sahih, Anas dit : « Le dernier regard que je posai sur le messager d’Allah ce jour-là : il souleva le rideau tandis que les gens se tenaient derrière Abou Bakr, et je vis son visage comme une page de parchemin de Coran. Les gens voulurent s’écarter, et il leur fit signe de rester, puis laissa retomber le rideau : et il mourut peu après. » Ce hadith indique que la mort survint après midi. Al-Awza’i dit : il mourut un lundi avant que le jour ne fût à sa moitié. Et Urwa, Moussa ibn Oqba et az-Zouhri rapportent qu’il mourut dans le giron d’Aïcha, en son jour, le lundi, quand le soleil déclina, au croissant de Rabi’ al-Awwal.

Quant à la durée de sa maladie, at-Taymi rapporte qu’il fut malade vingt-deux nuits à partir de Safar, que son mal commença auprès d’une affranchie nommée Rayhana, du captif des Juifs, un samedi, et que sa mort eut lieu un lundi, deux nuits après l’entrée de Rabi’ al-Awwal : ainsi s’accomplirent dix ans pleins depuis son arrivée à Médine. Le Waqidi rapporte qu’il tomba malade onze nuits avant la fin de Safar dans la maison de Zaynab bint Jahch, d’une souffrance violente, que toutes ses épouses se réunirent auprès de lui, qu’il fut malade treize jours, et mourut le lundi, deux nuits après l’entrée de Rabi’ al-Awwal de l’année onze ; dans une version : douze nuits après l’entrée de Rabi’ al-Awwal, et il fut enterré le mardi. Ibn Ishaq dit : il mourut douze nuits après l’entrée de Rabi’ al-Awwal, le jour même où il était entré à Médine en émigrant, accomplissant dix années pleines de son émigration. As-Souhayli objecte que le lundi douze Rabi’ al-Awwal est impossible à concilier avec son stationnement à Arafat un vendredi : la réponse est la différence d’observation du croissant entre La Mecque et Médine, et l’appui en est la parole d’Aïcha : il partit pour le pèlerinage d’adieu alors que restaient cinq jours de Dhou l-Qi’da : le correct étant qu’il partit le samedi, comme l’indique le fait qu’il pria le dhouhr à Médine quatre rak’a et l’asr à Dhoul-Hulayfa deux rak’a.

Son âge : les avis des savants

L’avis le plus répandu est qu’il mourut à soixante-trois ans. Les deux Sahihs rapportent, d’après Aïcha : le messager d’Allah est mort à soixante-trois ans. Mouslim rapporte par Jabir, d’après Mouawiya : le Prophète mourut à soixante-trois ans, Abou Bakr mourut à soixante-trois ans, et Oumar mourut à soixante-trois ans. Et Ibn Abbas disait, selon les versions de Mouslim et d’Ahmad : il fut envoyé à quarante ans, demeura à La Mecque treize ans, puis émigra dix ans, et mourut à soixante-trois ans. Ammar, affranchi des Banu Hachim, rapporte d’Ibn Abbas : quarante ans à sa mission, quinze ans à La Mecque entre crainte et assurance, et dix ans à Médine : soit soixante-cinq. Quant au hadith d’Anas dans les deux Sahihs : « Il n’était ni grand d’allure evidente, ni petit ; ni d’un blanc éclatant, ni d’un brun foncé ; ni aux cheveux crépus par touffes, ni aux cheveux lisses et longs ; Allah l’a envoyé à la tête de quarante ans : il demeura dix ans à La Mecque et dix ans à Médine, et Allah le rappela à la tête de soixante ans, sans qu’il y eût vingt cheveux blancs sur sa tête ni sa barbe » : il n’y contredit pas, car les Arabes omettent souvent la fraction des nombres.

On a rapporté aussi d’autres avis, plus faibles : soixante ans (une des versions d’Anas, tenue par Rabi’a pour la mieux gardée), soixante-cinq (encore, chez Ammar et Daghfal ibn Hanzala, que le Tirmidhi juge inconnu en transmission), soixante-deux (chez Qatada), soixante-deux ans et demi (chez Mak’houl), et le très étrange d’al-Hasan : le Coran descendit huit ans à La Mecque et dix après l’émigration, ce qui ferait cinquante-huit ans selon la majorité sur l’âge de la mission. Ahmad tranche : ce qui est établi chez nous est soixante-trois ans. Et le correct est la version la plus répandue : soixante-trois ans, qui s’accorde aux versions solides d’Aïcha, d’Anas, de Mouawiya, d’Ibn Abbas et de Sa’id ibn al-Moussayyab.

Son lavage et son linceul

Les gens furent occupés du serment d’allégeance au Véridique le reste du lundi et une partie du mardi ; quand l’allégeance fut affermie et complète, ils entreprirent de préparer le messager d’Allah, prenant en tout ce qui leur posait problème exemple sur Abou Bakr. Souleymane ibn Bourayda rapporte que, tandis qu’on lavait le messager d’Allah, un héraut cria du dedans de la maison : « Ne déshabillez pas le messager d’Allah de sa chemise ! » Ibn Majah l’a rapporté. Et Aïcha dit : quand ils voulurent laver le Prophète, ils dirent : nous ne savons si nous le déshabillerons comme on déshabille les morts, ou si nous le laverons avec sa chemise sur lui. Puis ils s’endormirent là-dessus, et un dormeur parmi eux entendit une voix dire : lavez le Prophète avec sa chemise sur lui ! Ils s’éveillèrent et le trouvèrent vêtu de sa chemise, et ils le lavèrent ainsi, versèrent de l’eau sur lui et le frottaient par-dessus la chemise.

Son linceul fut trois vêtements blancs du Yémen, sans chemise ni turban, et on y ajouta, selon une version, le habit de coton yéménite qu’il portait quand il rendit l’âme. La prière sur lui se fit sans imam : les gens entrèrent par groupes, et chaque groupe pria sur lui individuellement : nul homme, nulle femme, nul enfant ne resta sans prier sur lui. Ali pria sur lui de la manière particulière : il fit de larges invocations et prononça le takbir cinq fois, selon les rapports. Puis ils creusèrent la tombe et le déposèrent dans la chambre de Aïcha, où son âme avait été reprise, la nuit du mardi ou du mercredi. Le Prophète avait dit de son vivant : « Nul prophète n’est rappelé sans être enterré à l’endroit où son âme lui est reprise » : aussi l’enterrèrent-ils dans la chambre, et sa tombe y demeure à ce jour, au sein de la mosquée du Prophète, sur lui la meilleure prière et le plus pur salut. Et à Allah la louange et la grâce.

Ceux qui le lavèrent

Ibn Abbas dit : le peuple se réunit pour laver le messager d’Allah, et il n’y avait dans la maison que les siens : son oncle al-Abbas ibn Abd al-Mouttalib, Ali ibn Abi Talib, al-Fadl ibn al-Abbas, Qoutham ibn al-Abbas, Ousama ibn Zayd, et Salih, son affranchi. Tandis qu’ils s’apprêtaient, Aws ibn Khawli al-Ansari, un Badrite des Banu Awf, appela Ali depuis derrière la porte : ô Ali, je t’adjure par Allah et par notre part du messager d’Allah ! Ali lui répondit : entre. Il entra, assista au lavage sans en diriger rien : Ali l’appuya contre sa poitrine, la chemise sur lui, tandis qu’al-Abbas, al-Fadl et Qoutham le retournaient avec lui, et qu’Ousama et Salih versaient l’eau. Ali disait : par mon père et ma mère, comme tu es parfumé, vivant et mort ! On le lava avec de l’eau et du sidr, puis on le sécha et on fit sur lui ce qu’on fait au mort.

Sa’id ibn al-Moussayyab rapporte d’Ali : j’ai lavé le messager d’Allah, et je cherchai ce qui apparaît sur le mort, mais je ne vis rien : il était parfumé, vivant et mort. Quatre furent chargés de son enterrement : Ali, al-Abbas, al-Fadl et Salih, l’affranchi du messager d’Allah ; ils lui creusèrent un lachd et disposèrent des briques dessus. Ali rapporta encore : le messager d’Allah m’a recommandé que nul autre que moi ne le lavât : « quiconque voit ma nudité, ses yeux seront effacés ». Al-Abbas et Ousama me tendaient l’eau derrière un rideau. Chaque membre que je prenais semblait se retourner avec moi comme trente hommes, jusqu’à ce que j’eus achevé. Le Bayhaqi note cette version très étrange, mais Ibn Abi Chayba et d’autres l’ont rapportée.

On le lava avec l’eau du puits appelé Ghars, à Qouba, qui appartenait à Sa’d ibn Khaythama, et dont le messager d’Allah buvait : « Quelle excellente source que le puits de Ghars, une des sources du Paradis, dont l’eau est la plus douce des eaux ! » selon le hadith. Mouhammad ibn Ali (Abou Ja’far) dit : on le lava au sidr trois fois, la chemise sur lui. Et dans la version d’Ibn Abbas via Sayf : on tendit à l’intérieur de la maison un écran de vêtements yéménites, al-Abbas y fit entrer Ali, al-Fadl, Abou Soufyan ibn al-Harith et Ousama, la somnolence s’abattit sur eux, et ils entendirent une voix : ne lavez pas le messager d’Allah, car il était pur. Al-Abbas dit : non, si ! Nous n’abandonnons pas sa Sunna pour une voix dont nous ne savons ce qu’elle est. La voix appela une seconde fois : lavez-le, ses vêtements sur lui. Puis ils le lavèrent, le parfumèrent au camphre aux lieux de sa prosternation et à ses articulations, l’enveloppèrent de son linceul et le brûlèrent à l’aloès et au nadd ; mais ce récit est jugé très étrange. Haroun ibn Sa’d rapporte qu’il y avait chez Ali du musc, et qu’il recommanda d’en être embaumé : « cela vient du surplus du hanout du messager d’Allah ».

Son linceul : les versions rapportées

La version dominante : on l’enveloppa de trois vêtements blancs sahouliyates de kursuf, sans chemise et sans turban. Malik l’a rapporté d’Urwa, d’après Aïcha ; Boukhari et Mouslim l’ont recueilli de plusieurs voies. Abou Dawoud ajoute : trois vêtements blancs du Yémen, de kursuf, sans chemise ni turban ; et on rappela à Aïcha le dire « deux vêtements et un burd de habara » : elle répondit : on avait bien apporté le burd, mais ils le rendirent et ne l’employèrent pas à son linceul. Le Bayhaqi explique ainsi la cause de l’équivoque des gens sur la habara : elle fut écartée de lui. Dans le Sahih de Mouslim encore : une tenue avait été achetée pour le linceul, puis abandonnée ; Abdallah ibn Abi Bakr la prit et dit : je la garderai pour moi, pour y être enseveli ; puis il dit : si Allah l’avait agréé pour son Prophète, il l’y aurait enveloppé : et il la vendit et donna le prix en aumône.

D’autres versions existent, dont plusieurs jugées faibles ou très étranges : trois bandes yéménites (Mak’houl, rapport isolé d’Ahmad) ; sa chemise même dans laquelle il mourut, avec une tenue najraniyate de deux pièces (Ibn Abbas via Miqsam, très étrange) ; deux vêtements blancs et un burd rouge (Ibn Abbas via al-Hakam et al-Fadl) ; deux bandes et un burd najrani (Abou Hourayra via Sa’id ibn al-Moussayyab, aussi tenu par Oum Salama via Qatada). Al-Qasim dit, d’après Aïcha : on l’enveloppa d’un vêtement de habara, puis on l’en retira, et les restes de ce vêtement sont chez nous jusqu’à ce jour ; l’isnad est sur la norme des deux cheikhs. Et Abou Ishaq dit avoir demandé aux Banu Abd al-Mouttalib réunis : en combien de vêtements fut enseveli le messager d’Allah ? Ils répondirent : en trois vêtements, sans chemise, sans qaba et sans turban. Il leur demanda : combien d’entre vous fûtes-vous faits captifs à Badr ? Ils répondirent : al-Abbas, Nawfal et ’Aqil.

La prière sur lui, sans imam

Il n’y a pas de divergence : on pria sur lui en individuel, sans que nul ne dirige la prière. Ibn Abbas dit : quand le messager d’Allah mourut, on fit entrer les hommes, qui prièrent sur lui déliés jusqu’à ce qu’ils eussent fini ; puis on fit entrer les femmes, qui prièrent sur lui ; puis les enfants, qui prièrent ; puis les esclaves, qui prièrent déliés : nul ne dirigea la prière des gens sur le messager d’Allah. Le Waqidi précise : les gens entraient par petits groupes, sans imam. Selon une version trouvée par Moussa ibn Mouhammad dans le livre de son père : Abou Bakr et Oumar entrèrent avec un groupe de Muhajirun et d’Ansariyates tenant dans la maison, se mirent en rangs face à lui et dirent : « Nous attestons que tu as transmis ce qui t’a été révélé, conseillé à ta communauté, lutté dans le chemin d’Allah jusqu’à ce qu’Allah ait rendu Sa religion victorieuse et Sa parole accomplie ; nous croyons en Lui seul, sans associé ; fais que nous soyons de ceux qui suivent la parole révélée avec lui, et réunis-nous avec lui : il était envers les croyants plein de bonté et de miséricorde. Nous ne cherchons pas dans la foi un échange, et nous ne l’achetons jamais à prix. » Et le peuple répondait : amine, amine ! Puis ils sortaient et d’autres entraient, jusqu’à ce que les hommes, puis les femmes, puis les enfants eussent prié.

On pria sur lui d’après après-midi du lundi à l’équivalent du mardi ; on dit aussi qu’ils passèrent trois jours à prier sur lui. As-Souhayli en donne la sagesse : Allah a annoncé que Lui et Ses anges prient sur lui, et a commandé à chaque croyant de prier sur lui : il incombait donc à chacun de prononcer la prière sur lui directement, de lui à lui ; et les anges sont pour nous en cela des imams. Quant à la prière sur sa tombe pour qui n’est pas des Compagnons, les chafiites tardifs ont divergé : les uns l’autorisent, puisque son corps est frais dans sa tombe, la terre ayant été empêchée de manger les corps des prophètes ; d’autres l’interdisent, parce que les pieux successeurs après les Compagnons ne l’ont pas fait : s’il avait été prescrit, ils s’y seraient empressés et s’y seraient tenus. Et Allah sait mieux.

Son enterrement, où et quand

Les Compagnons divergèrent sur l’emplacement de la tombe : les uns proposèrent al-Baqi’, car il ne cessait de demander pardon pour ses gens ; d’autres, à côté de son minbar ; d’autres, dans son lieu de prière ; d’autres, avec ses compagnons. Abou Bakr dit alors : j’ai entendu le messager d’Allah dire : « nul prophète n’est rappelé sans être enterré à l’endroit où son âme lui est reprise » ; selon une version : « Allah ne reprend un prophète que dans le lieu qu’il aime le plus être enseveli » ; « entourez-le à l’emplacement de son lit ». Le lit fut levé, et ils creusèrent dessous. Salim ibn Oubayd, des gens de la Souffa, rapporte qu’Abou Bakr sortit de la chambre et que, questionné sur la prière et sur l’enterrement, il répondit : vous entrerez par groupes et vous prierez ; quant à l’enterrement : là où Allah a repris son âme, car Il ne l’a reprise qu’en un lieu pur.

Il y avait à Médine deux fossoyeurs : l’un qui creusait le lachd, façon des gens de Médine, et un autre qui creusait à la manière des gens de La Mecque. Abou Talha Zayd ibn Sahl était le fossoyeur des Médinois : on envoya chercher aussi Abou Oubayda, qui creusait à la Mecquienne ; Abbas invoqua : ô Allah, choisis pour Ton messager ! L’émissaire d’Abou Oubayda ne le trouva pas, celui d’Abou Talha l’amena, et il lui creusa le lachd. Quand la préparation fut achevée le mardi, il fut déposé sur son lit dans sa chambre. Et le messager d’Allah fut enterré au milieu de la nuit, la nuit du mercredi. Descendirent dans la tombe Ali ibn Abi Talib, al-Fadl et Qoutham, les deux fils d’al-Abbas, et Chouqran, l’affranchi du messager d’Allah. Chouqran prit la pièce de velours que le messager d’Allah portait et l’ensevelit dans la tombe : « par Allah, nul ne la portera après toi ! »

Sa tombe et ce qu’on y déposa

C’est par des rapports si nombreux qu’ils ne se comptent plus qu’il fut enterré dans la chambre de Aïcha, qu’elle occupait à l’est de sa mosquée, dans le coin ouest côté qibla de la chambre ; Abou Bakr y fut enterré après lui, puis Oumar. Boukhari rapporte, d’après Soufyan at-Tammar, que celui-ci vit la tombe du Prophète surmontée d’un renflement. Al-Qasim dit : j’entrai auprès de Aïcha et lui demandai de me découvrir la tombe du messager d’Allah et de ses deux compagnons ; elle me montra trois tombes, ni surélevées ni saillantes, aplanies comme le sol plat de l’arène rouge ; une version ajoute que le Prophète était devant, Abou Bakr la tête entre ses deux épaules, Oumar la tête au niveau de ses pieds. Al-Walid ibn Abd al-Malik fit élargir la mosquée de Médine par son gouverneur Oumar ibn Abd al-Aziz, et la chambre prophétique entra dans son enceinte ; quand le mur s’écroula au temps d’al-Walid et qu’on rebâtit, on aperçut un pied : on s’effraya, le croyant celui du Prophète, jusqu’à ce qu’Urwa dît : par Allah, ce n’est pas le pied du Prophète, c’est le pied d’Oumar. Et Aïcha avait recommandé à Abdallah ibn az-Zoubayr de ne pas l’enterrer avec eux mais avec ses compagnes au Baqi’ : « que je ne sois jamais glorifiée pour cela ».

Dans le lachd fut étendue une pièce de velours rouge qu’il portait le jour de Khaybar : le messager d’Allah avait dit : « étendez mon velours dans mon lachd, car la terre n’a pas reçu pouvoir sur les corps des prophètes » ; al-Hasan précise que Médine est une terre humide, et qu’il fut donc étendu dessous. Ibn Abbas dit aussi : une pièce de velours rouge fut placée dans la tombe du Prophète ; Wakei’ ajoute : cela fut propre au messager d’Allah. Sur la tombe, on répandit de l’eau par aspersion : Bilal ibn Rabbah la fit avec une outre, depuis la tête, du côté droit, jusqu’aux pieds, puis projeta l’eau contre le mur, faute de pouvoir tourner autour. Sur son lachd furent dressées des briques ; certains en comptent neuf. Aïcha dit enfin : le Prophète est mort dans ma maison, en mon jour, entre mon réveil et mon midi, et Allah a réuni ma salive et la sienne dans la dernière heure de ce bas-monde et la première heure de l’au-delà. Et il avait dit en sa maladie : « qu’Allah maudisse les Juifs et les chrétiens : ils ont pris les tombes de leurs prophètes pour des mosquées » ; Aïcha commente : sans cela, sa tombe aurait été mise en évidence, mais il craignit qu’elle ne fût prise pour une mosquée.

Le dernier à le toucher et le moment exact

Al-Moughira ibn Chou’ba disait : j’ai jeté mon anneau dans la tombe du messager d’Allah, et quand le peuple sortit j’ai déclaré que mon anneau était tombé dans la tombe : j’y avais touché le messager d’Allah à dessein, pour être le dernier des hommes à le toucher. Mais Ali répondit à celui qui l’invoquait : le plus récent des hommes en pacte avec le messager d’Allah est Qoutham ibn Abbas. Dans une autre version, al-Moughira remarqua qu’il restait de ses pieds quelque chose qu’on n’avait pas remis en ordre ; on lui dit : entre et remets-le ; il entra, posa la main et toucha ses pieds, puis dit : versez sur moi la terre ! On la versa jusqu’au milieu de ses jambes, il sortit, et disait : je suis le plus récent d’entre vous en pacte avec le messager d’Allah. Les savants notent que ces récits ne s’excluent pas : Ali put commander à un autre de remettre l’objet, et ce fut Qoutham qui le lui transmit.

Quant au moment : le dominant, textuellement appuyé, est qu’il fut enterré au milieu de la nuit du mercredi, comme le rapportent Ibn Ishaq, Moussa ibn Oqba, Souleyman at-Taymi et Ja’far as-Sadiq. On dit aussi : le mardi, avant midi ou dans la matinée (al-Awza’i, Ibn Jourayj, Abou Salama, Ibn Abbas via Oubayd Allah ibn Oumar) ; et le très étrange de Mak’houl : trois jours entiers de prière par groupes sans rangs et sans imam. Le jumhour tient le premier avis. Aïcha dit : nous ne sûmes de l’enterrement du Prophète qu’au bruit des pelles, au plus profond de la nuit du mercredi. Et Oum Salama raconte : nous restions rassemblées à pleurer, sans dormir, le messager d’Allah dans nos maisons, nous nous consolions en le contemplant sur son lit, quand nous entendîmes au petit jour la voix des maçons ; la Médine entière poussa un seul cri, Bilal appela à l’aube et, arrivé au nom du Prophète, pleura et sanglota, ce qui accrut notre chagrin ; puis on interdit aux gens l’accès de sa tombe. Quelle épreuve ! Nous n’avons plus connu d’épreuve qui nous parût légère quand nous nous en remémorions une autre, celle-là.

L’immense affliction des musulmans

Anas dit : quand le Prophète fut sur le point de mourir, l’angoisse le saisissait par vagues ; Fatima dit : hélas, mon père ! Il lui répondit : « ton père n’aura plus d’angoisse après ce jour ». Quand il mourut, elle disait : ô mon père, qui a répondu à son Seigneur quand il l’a appelé ! ô mon père, il a pour demeure le jardin de Firdaws ! ô mon père, à Jibril nous annonçons sa mort ! Et quand il fut enterré, elle dit à Anas : vous a-t-il paru bon de jeter la terre sur le messager d’Allah ? Boukhari est seul à rapporter tout ce récit ; Thabit pleurait chaque fois qu’il le transmettait, au point que ses côtes se tordaient. Les savants précisent : ce ne fut pas une niyah interdite, mais l’énoncé véridique de ses mérites, puisque le messager d’Allah a interdit la niyah. Hakim ibn Qays disait à ses fils dans son testament : ne vous lamentez pas sur moi, car le messager d’Allah n’a pas été lamenté.

Anas dit aussi : le jour où le messager d’Allah entra à Médine, tout ce qu’elle contenait s’illumina ; et le jour où il mourut, tout ce qu’elle contenait s’obscurcit. Nous n’avions pas encore détaché les mains du messager d’Allah que nos cœurs se trouvèrent méconnaissables. Une version amplifie : la ville s’obscurcit au point que nous ne nous voyions plus les uns les autres, l’un de nous étendait la main sans la distinguer, et à peine eûmes-nous fini de l’enterrer que nos cœurs se trouvèrent méconnaissables. Oubayy ibn Ka’b dit : nous étions avec le messager d’Allah et notre visage n’était qu’un ; quand il fut rappelé, nous regardâmes çà et là. Oum Salama décrit enfin la dégradation du regard en prière : du temps du Prophète, l’œil du fidèle ne dépassait pas l’emplacement de ses pieds quand il se tenait debout ; après sa mort, il ne dépassait plus l’emplacement de son front ; après Abou Bakr, la qibla ; et quand la discorde survint, les gens se mirent à regarder à droite et à gauche.

Oum Ayman pleurait ; on lui dit : qu’as-tu à pleurer sur le Prophète ? Elle répondit : je savais bien que le messager d’Allah devait mourir ; mais je pleure la révélation qui nous a été levée. Mouslim rapporte d’Abou Moussa que le Prophète a dit : « quand Allah veut faire miséricorde à une communauté de Ses serviteurs, Il rappelle son prophète avant elle et le met pour elle en précieux avant-goût et en précédent qui témoigne pour elle ; et quand Il veut sa perte, Il la châtie pendant que son prophète vit, et la fait périr sous ses yeux, Il y prend Son repos en sa perte quand ils l’ont traité de menteur et désobéi à son ordre » ; rapport isolé de Mouslim, en isnad et en texte. Et le Bazzar transmet d’Ibn Mas’oud : « Allah a des anges voyageurs qui me portent les saluts de ma communauté » ; le Nasai l’a recueilli par plusieurs voies ; et « ma vie est un bien pour vous : vous me parlez et on vous parle ; ma mort est un bien pour vous : vos actes me sont présentés ; ce que j’y vois de bien, j’en loue Allah pour vous ; ce que j’y vois de mal, j’en demande pardon pour vous ». Et Aouss ibn Aouss : « le plus excellent de vos jours est le vendredi : en lui Adam fut créé, en lui il fut rappelé, en lui est le souffle et en lui le séisme ; multipliez sur moi les prières ce jour-là, car votre prière m’est présentée » ; on demanda : comment nous serons-elle présentée quand tu ne seras plus que des os ?

Les consolations : paroles et voix

Ibn Majah rapporte, d’après Aïcha : le messager d’Allah ouvrit entre lui et les gens une porte, ou releva un rideau, et voici les gens en prière derrière Abou Bakr : il loua Allah pour ce qu’il vit de leur belle tenue, espérant qu’Allah lui succéderait parmi eux dans ce qu’il en voyait, et dit : « gens, quiconque parmi les hommes ou les croyants est atteint d’une épreuve, qu’il se console, dans son épreuve, par la mienne : nul de ma communauté ne connaîtra après moi d’épreuve plus rude que la mienne ».

Le Bayhaqi cite aussi, en les signalant comme faibles, des récits de voix consolatrices : quand vint la consolation, les gens du bordentententententendirent une voix du dedans de la maison : « que la paix soit sur vous, gens de la maison et miséricorde d’Allah ! Dans Allah est la consolation de toute épreuve, le successeur de tout disparu, l’atteinte de tout ce qui vous échappe : en Allah donc, ayez confiance, et en Lui placez votre espoir, car le seul éprouvé est celui qu’on prive de la récompense » ; Ali demanda : savez-vous qui cela ? C’est al-Khidr. D’autres versions rapportent qu’après l’entrée des femmes, dont les pleurs et les cris montèrent, les consolatrices entendirent dans la maison une voix qui leur tint ces paroles, et elles se turent. Un dernier récit donne un homme à la barbe grise qui traversa les rangs des Compagnons assemblés autour du corps, les consola et s’en alla : Abou Bakr et Ali dirent : c’est le frère du messager d’Allah, al-Khidr. Le Bayhaqi tranche : ces récits sont indignes de foi, mais leurs deux chaînes se renforcent l’une l’autre, de sorte qu’ils ont un fond dans les propos de Ja’far ; et Allah sait mieux.

Et les gens du Livre surent le jour de sa mort : Jarir raconte qu’au Yémen, deux hommes nommés Dhou Kala’ et Amr lui dirent : si ce que tu dis est vrai, ton compagnon est mort à son terme depuis trois jours ; et une troupe venue de Médine confirma : le messager d’Allah est rappelé, Abou Bakr a pris la succession, et les gens sont pieux. Les deux Yéménites revinrent chez eux en envoyant dire à Abou Bakr : nous sommes peut-être amenés à revenir ; l’un d’eux, Dhou Amr, confia plus tard à Jarir : vous, Arabes, resterez dans le bien tant qu’, à la mort d’un chef, vous donnerez l’autorité à un autre ; Abou Bakr regretta que Jarir ne les eût pas amenés.

Celles qu’il demanda sans conclure le mariage

Plusieurs femmes proposèrent leur personne ou furent demandées sans que le mariage fût conclu. Oum Hani Fakhita bint Abi Talib : il la demanda, mais elle avait des enfants en bas âge et il la laissa : « les meilleures des femmes montées sur les chameaux sont les femmes pieuses de Qoraych, qui soignent tendrement leur enfant et gardent pour leur mari ce qu’elles possèdent ». Abou Hourayra précise qu’elle répondit : ô messager d’Allah, je suis vieille et j’ai des gens à charge. Selon le Tirmidhi, elle s’excusa et il l’excusa, et la sourate des Partitions descendit ensuite ; les savants en tirent que la croyante n’était licite à lui que si elle avait émigré, Qatada lisant « celles qui ont émigré avec toi » comme « celles qui ont cru avec toi ».

Layla bint al-Khatim vint le trouver, posa sa main sur son épaule et dit : je suis la fille de celui qui nourrit les oiseaux, bénie du vent ; je suis Layla bint al-Khatim, venue m’offrir à toi : épouse-moi. Il répondit : « cela est fait ». Sa tribu lui reprocha d’avoir offert à celui qui a des épouses jalouses, de peur qu’il n’invoquât contre elle : elle revint demander à être répudiée, et il l’exauça ; elle épousa Mas’oud ibn Aouss. Doubaa bint Amir, grande et belle, veuve de Salama fils de Hicham ibn al-Moughira : il la demanda de son fils Salama, qui alla lui demander son consentement ; elle répondit : mon fils, tu demandes la permission au messager d’Allah ? Le fils revint sans répondre, jugeant sa mère trop âgée, et le Prophète garda le silence sur elle. Safiyya bint Bachama, frappée de lépre, fut mise au choix : de moi ou de ton époux ; elle choisit son époux, il la renvoya, et les Banu Tamim la maudirent.

Oum Charik, femme des Banu Amir ibn Louayy, se donna à lui sans qu’il l’acceptât, et ne se maria pas jusqu’à sa mort ; une autre version en fait une femme de Dous nommée Ghaziyya bint Jabir. Jamra bint al-Harith al-Mouzaniyya : son père fit état d’un mauvais signe en elle, il se déroba, et elle fut frappée de la lépre ; elle devint la mère de Chabib ibn al-Barssa, le poète. Et Oum Habiba bint al-Abbas : il la demanda, mais son père retrouva qu’elle était sa sœur de lait, Thouwayba, affranchie d’Abou Lahab, les ayant allaités ensemble. Il y eut enfin trois sortes de femmes : celles qu’il a épousées et dont il est mort, interdites après lui à tous les hommes par consensus et par la sourate des Partitions, leurs widows-passages s’achevant avec leurs vies ; celles qu’il a épousées puis répudiées de son vivant, sur lesquelles les savants divergent, l’avis fort s’appuyant sur la sourate du Choix ; et celles répudiées avant consommation, licites aux autres sans divergence. Quant aux demandées sans conclusion, leur mariage demeure licite, et davantage.

Ses deux concubines : Maria et Rayhana

Il eut deux concubines. La première : Maria bint Cham’oun, la Copte, offerte par le maître d’Alexandrie, Jourayj ibn Matna, avec sa sœur Sirine, un eunuque nommé Mabour, et la mule Douldoul. Il choisit Maria pour lui-même, belle et blanche, originaire du village de Hafn dans le district d’Ansina : Mouawiya exempta plus tard ce village du tribut en son honneur, parce qu’elle avait porté Ibrahim. Sirine fut donnée au poète Hassan ibn Thabit, dont elle eut Abd al-Rahman. On conta des propos sur les visites de Mabour auprès des deux sœurs, avant qu’on ne découvrît son état d’eunuque. Quand Maria eut Ibrahim, le Prophète dit : « c’est son enfant qui l’a affranchie » ; l’enfant naquit à Dhou l-Hijja de l’année huit, l’on acquitta avec une brebis le septième jour, on rasa sa tête, on donna en aumône son poids d’argent, et on ensevelit ses cheveux dans la terre ; les épouses se montrèrent jalouses. Un jour de jalousie, on l’accusa d’un Copte qui la visitait : il remit l’épée à Ali avec ordre de le tuer s’il le trouvait chez elle ; Ali demanda : serai-je la pointe brûlante qui ne se détourne pas, ou le témoin voit-il ce que l’absent ne voit pas ? « le témoin voit ce que l’absent ne voit pas » ; Ali trouva l’homme au palmier, découvrit qu’il était impuissant, et le Prophète dit : « louange à Allah qui a écarté de nous le mal ».

La seconde : Rayhana bint Zayd, des Banu Nadir ou des Banou Qorayza, captive du resserrement de Qorayza, qu’il choisit pour lui-même dans chaque butin. Il lui offrit l’islam puis le mariage ; elle refusa, tenant au judaïsme, et il la laissa à l’état de concubine. Ibn Sa’ya la fit conseiller par Ibn Sa’ya : « elle croira » ; les sandales d’Ibn Sa’ya vinrent annoncer sa conversion et le Prophète s’en réjouit. Selon le Waqidi, elle lui laissa le choix : l’affranchir et l’épouser, ou la garder dans sa possession ; elle préféra rester en sa possession, disant que c’était plus léger pour lui et pour elle, et il la laissa concubine jusqu’à sa mort. D’autres versions la disent affranchie puis épousée avec douze onces de dot, voilée, ayant sa part de tour ; az-Zouhri la dit affranchie puis rentrée chez les siens. Elle mourut d’après certains avant lui, d’après d’autres à son retour du pèlerinage d’adieu, enterrée au Baqi’ ; leurs rapports se firent jusqu’à ce que la mort les séparât au mois de Rabi’ al-Awwal de l’année onze, comme il est dit plus haut.

Ses enfants

Il n’y a pas de divergence : tous ses enfants sont de Khadija bint Khouwaylid, sauf Ibrahim, né de Maria la Copte. L’aîné fut al-Qasim, puis Zaynab, puis Abdallah, puis Oum Koulthoum, puis Fatima, puis Rouqayya. Al-Qasim, premier de ses enfants à mourir, mourut à La Mecque, puis mourut Abdallah : et al-’As ibn Wa’il s’écria : sa descendance est tranchée, il est abtar ! Allah révéla alors : « certes, c’est toi qui as reçu al-Kawthar ; prie donc pour ton Seigneur et sacrifie : celui qui te hait est lui le tranché de toute postérité ». D’autres dénombrements donnent l’ordre suivant : Zaynab, Rouqayya, al-Qasim, puis at-Tahir, al-Mouttahir, at-Tayyib et al-Mouttayyab, puis Oum Koulthoum puis Fatima, la plus jeune et la plus aimée ; Khadija donnait ses enfants à une nourrice, mais nul n’allaita Fatima qu’elle-même. On dit que at-Tayyib est at-Tahir et que c’est Abdallah ; on dit encore qu’at-Tayyib et al-Mouttayyab naquirent dans un même ventre, et at-Tahir et al-Mouttahir dans un autre. Des durées de vie diverses sont rapportées pour al-Qasim : sept nuits (version jugée fautive), dix-sept mois, deux ans ; Qatada dit qu’il vécut jusqu’à marcher.

Zaynab, l’aînée des filles, épousa Abou al-’As ibn ar-Rabi’, et en eut Ali et Oumama, celle que le messager d’Allah portait dans la prière : quand il se prosternait il la déposait, quand il se relevait il la reprenait, peut-être après la mort de sa mère en l’année huit, comme l’enfante en bas âge. Après la mort de Fatima, Ali ibn Abi Talib l’épousa à son tour. Zaynab mourut en l’année huit : lors de son départ de La Mecque, un homme la poussa, elle tomba sur un rocher et perdit son enfant, et demeura souffrante jusqu’à sa mort : on la tenait pour morte en martyre. Rouqayya avait d’abord épousé son cousin Outba ibn Abi Lahab, comme Oum Koulthoum avait épousé Otayba : les deux furent répudiées avant consommation, par haine pour le messager d’Allah au vers du feu flamboyant. Othman ibn ’Affan épousa Rouqayya et émigra avec elle vers l’Abyssinie, dit-on le premier ; puis vers Médine, où elle lui donna Abdallah, qui vécut six ans et mourut d’un coq qui lui picora les yeux : c’est sur lui qu’il fut d’abord kunya. Elle mourut le jour de Badr, alors qu’Othman, retenu auprès d’elle par ordre du messager d’Allah, gardait son lit ; Zayd ibn Haritha, porteur de la nouvelle de la victoire, les trouva achevant sa tombe. Le Prophète maria Othman à sa sœur Oum Koulthoum : c’est pourquoi on l’appela Dhou l-Nourayn, celui des deux lumières ; et il dit : « si j’en avais eu une troisième, je l’aurais donnée à Othman », voire : « si j’en avais eu dix ». Oum Koulthoum mourut chez lui en Chab’an de l’année neuf, sans enfant de lui.

Fatima épousa son cousin Ali ibn Abi Talib en Safar de l’année deux ; elle donna naissance à al-Hasan et al-Houssayn, dit-on aussi à Mouhassin, puis à Oum Koulthoum et à Zaynab. Oumar ibn al-Khattab épousa plus tard Oum Koulthoum fille d’Ali et de Fatima, lui versant quarante mille dirhams en honneur de sa parenté avec le messager d’Allah ; elle lui donna Zayd, puis, après le martyre d’Oumar, épousa ’Awn ibn Ja’far, puis Mouhammad ibn Ja’far, puis Abdallah ibn Ja’far, chez qui elle mourut. Fatima mourut six mois après le messager d’Allah, selon l’avis le plus établi rapporté d’Aïcha dans le Sahih ; az-Zouhri dit trois mois, Abou az-Zoubayr deux, Amr ibn Dinar huit. Quant à Ibrahim, né de Maria à Dhou l-Hijja de l’année huit : Jibril était venu annoncer : « paix sur toi, Abou Ibrahim ; Allah t’a donné un garçon de ta concubine Maria, et t’a ordonné de l’appeler Ibrahim ». Il mourut, selon la version la plus rapportée, à dix-huit mois, le mardi dix Rabi’ al-Awwal de l’année onze, dans les Banou Mazin, chez Oum Bourda bint al-Moundhir ; selon d’autres à seize mois. Le Prophète le prit :

« ne l’enveloppez pas dans son linceul avant que je ne le voie » ; il se pencha sur lui, pleura, ses joues et ses flancs frémirent, et dit : « l’œil pleure, le cœur s’afflige, et nous ne disons que ce qui agrée le Seigneur ; et certes, de toi, ô Ibrahim, nous sommes affligés ». Le Prophète le lava et l’enveloppa de son linceul, sortit et le peuple sortit avec lui ; Ali le déposa dans la tombe du voisinage de la maison de Mouhammad ibn Zayd, y descendit, nivela la terre, puis l’arrosa ; le messager d’Allah mit sa main dans la tombe : « par Allah, il est bien un prophète fils de prophète ». Bara rapporte qu’il pria sur lui, et Ibn Abi Awfa entendit quatre takbir. Et il avait dit : « enterrez-le au Baqi’ : il a dans le Paradis une nourrice qui achèvera son sevrage » ; « si Ibrahim avait vécu, il aurait été véridique et prophète, mais ton prophète est le dernier des prophètes ». Le soleil s’éclipsa le jour de sa mort, et le messager d’Allah monta en chaire : « le soleil et la lune sont deux signes d’Allah : ils ne s’éclipsent pour la mort de personne ni pour sa naissance ».

Ses serviteurs et servantes

Le premier de ses affranchis cités ici est Ousama ibn Zayd ibn Haritha, fils de son affranchi et de sa nourrice Baraka, dite Oum Ayman : « son aimé et le fils de son aimé ». Le messager d’Allah le plaça à la tête d’une armée dans les derniers jours de sa vie, à dix-huit ou dix-neuf ans, avec Oumar dans le rang ; quand certains s’éprirent de sa jeunesse, il monta en chaire : « si vous critiquez son commandement, vous avez déjà critiqué celui de son père ; par Allah, il était digne du commandement, il était des plus aimés d’Allah à moi, et celui-ci est des plus aimés d’Allah à moi après lui ». Abou Bakr maintint l’armée d’Ousama après sa mort, ne rendant Oumar que pour s’adjoindre son avis : « par Allah, je ne déferai pas une bannière que le messager d’Allah a nouée » ; Oumar ne le saluait qu’en disant : paix sur toi, ô émir. Et les deux Sahihs rapportent de lui : le messager d’Allah prenait Ousama et al-Hasan et disait : « ô Allah, je les aime : aime-les » ; et Aïcha : « quiconque aime Allah et Son messager, qu’il aime Ousama ibn Zayd » ; aussi, au diwan, Oumar lui alloua cinq mille dirhams et à son propre fils Abdallah quatre mille : « il était plus aimé du messager d’Allah que toi, et son père plus aimé que le tien ».

Ensuite Abou Rafi’, le Copte : Aslam, Ibrahim ou Thabit, fils d’Hormouz ; il fut d’abord affranchi de l’Abbas qui le donna au Prophète ; il était calligraphe, écrivit sous Ali à Koufa, fut du poids du Prophète dans ses soucis, marié à sa serve Salma. Il refusa l’invitation d’un Makzoumite venu collecter l’aumône de le suivre pour en recevoir : « l’aumône ne nous est pas licite, et l’affranchi d’un peuple est des leurs » ; à Khaybar, dans le grand froid, le Prophète lui couvrit de son propre linge : « ô Abou Rafi’, tue-la ! » dit-il au serpent au pied duquel ils avaient dormi. Puis Anasa ibn Bada, dit Abou Masrouh, des affranchis de Médine, badrite selon Urwa et az-Zouhri. Et Anas ibn Malik, donné par sa mère au service du Prophète depuis l’âge de dix ans, dit de lui : « il a servi le messager d’Allah dix ans, et il ne m’a jamais dit ouf, ni pourquoi as-tu fait, ni pourquoi ne l’as-tu pas fait ».

Ses scribes de la révélation

Parmi ceux qui écrivaient pour lui : les quatre califes Abou Bakr, Oumar, Othman et Ali ibn Abi Talib ; Aban ibn Said ibn al-’As, converti après Khaybar ou après Houdaybiyya, dont la conversion fut préparée par la parole d’un moine de Syrie qui lui décrivit le Prophète et lui fit porter le salut ; Oubayy ibn Ka’b, seigneur des récitants, badrite : « le premier qui écrivit la révélation devant le messager d’Allah à Médine, et quand il n’était pas là, Zayd ibn Thabit écrivait, de même que Othman, Khalid ibn Said et Aban ibn Said » ; Arqam ibn Abi al-Arqam, dans la maison duquel le Prophète se cachait près d’as-Safa, maison plus tard dite de Khayzouran ; Zayd ibn Thabit, et Mou’awiya, et Handhala ibn ar-Rabi’. Oubayy reçut un jour cette grâce : « Allah m’a ordonné de te réciter le Coran » ; il demanda : m’a-t-Il nommé à toi ? « oui » ; ses larmes coulèrent. Et lorsqu’il avait douté de deux lectures d’une sourate, le Prophète lui fit réciter les deux, disant à chacun : « c’est ainsi qu’elle fut révélée », puis posa sa main sur sa poitrine : Oubayy sentit comme il regardait Allah. Les versions divergent sur l’année où chacun mourut, et Allah sait mieux.

بسم الله الرحمن الرحيم mer. 26 Rabi' 1
الأربعاء 26 ربيع الأول
هلال متناقص Dernier Croissant Jour 27.6 / 29.5
Illumination 4%
Nouvelle lune dans 2 jours
سبحان الله وبحمده Gloire et louange à Allah