L’année 4 de l’Hégire : ar-Raji’, Ma’ouna et les Banu an-Nadir

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L’année 4 de l’Hégire : la trahison d’ar-Raji’ et le martyre de Khoubayb, le puits de Ma’ouna, la Ghazwa des Banu an-Nadir et la sourate al-Hachr, la prière de la peur, Dhat ar-Riqa’, Badr al-Mou’ad, et les noces de l’année.

Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07

La saraya d’Abou Salama à Qatan

En Mouharram de cette quatrième année de l’Hégire eut lieu la saraya d’Abou Salama ibn Abd al-Asad vers Toulaha al-Asadi, jusqu’à une eau appelée Qatan. Le Waqidi rapporte : Abou Salama avait assisté à Ouhoud et y fut blessé au bras ; il demeura un mois à se soigner. Au croissant du Mouharram, trente-cinq mois après l’Hégire, le messager d’Allah l’appela et lui dit : « Sors en cette expédition : je t’ai nommé à sa tête. » Il lui noua un étendard et dit : « Marche jusqu’à la terre des Banu Asad et attaque-les. » Il lui recommanda la crainte d’Allah et le bon traitement des musulmans qui l’accompagnaient, et ils sortirent au nombre de cent cinquante hommes. Ils atteignirent les abords de Qatan, l’eau des Banu Asad, où se trouvaient Toulaha al-Asadi et son frère Salama, fils de Khouwaylid, qui avaient rassemblé des alliés des Banu Asad pour faire la guerre au Prophète. Un homme de ce peuple vint annoncer au Prophète leur rassemblement, qui lui envoya Abou Salama en conséquence. Arrivés sur leur terre, les Banu Asad se dispersèrent, abandonnant de nombreux chameaux et brebis : Abou Salama s’empara du tout, fit trois captifs, revint vers Médine, accorda à l’homme des Banu Asad qui les avait guidés une large part de brebis, mit à part la part particulière du Prophète, un esclave, préleva le cinquième et partagea le butin entre ses compagnons, puis rentra à Médine.

Oumar ibn Outhman rapporte : quand mon père guérit et que le messager d’Allah l’envoya en Mouharram de l’année quatre vers Qatan, il s’absenta dix et quelques nuits. À son entrée à Médine, sa blessure raviva, et il mourut au trois des nuits restantes de Joumada al-Oula. Oumar dit : ma mère accomplit sa viduité de quatre mois et dix nuits, puis le messager d’Allah la maria, et il entra chez elle dans les nuits restantes de Shawwal. Ma mère disait : rien de mal au mariage en Shawwal ni à l’entrée en Shawwal, puisque le messager d’Allah m’a mariée en Shawwal et y a fait les noces. Oum Salama mourut en Dhou l-Qi’da de l’année cinquante-neuf : le Bayhaqi l’a rapporté.

La trahison d’ar-Raji’ : le serment brisé et le martyre d’Asim

En Safar de cette année eut lieu la Ghazwa d’ar-Raji’, à sept milles d’Ousfan. Le Boukhari rapporte, par Amr ibn Abi Soufyan ath-Thaqafi, d’après Abou Hourayra : le Prophète envoya une expédition en reconnaissance et nomma à sa tête Asim ibn Thabit, grand-père d’Asim ibn Oumar ibn al-Khattab. Quand ils furent entre Ousfan et La Mecque, leur passage fut signalé à un clan de Hudhayl appelé les Banu Lihyan, qui se lancèrent à leur poursuite avec près de cent archers. Ils épluchèrent leurs traces jusqu’à un camp où ils trouvèrent des noyaux de dattes prises en provision de Médine, et dirent : ce sont des dattes de Yathrib. Ils suivirent les traces jusqu’à les rejoindre. Quand Asim et ses compagnons atteignirent Fadfad, les gens les encerclèrent et dirent : à vous le pacte et le serment, si vous descendez vers nous : nous ne tuerons pas un seul homme d’entre vous. Asim dit : quant à moi, jamais je ne descendrai sous la garantie d’un mécréant. ô Allah, informe Ton messager de nous ! Ils les combattirent et tuèrent Asim et sept hommes avec lui par les flèches. Restèrent Khoubayb, Zayd et un troisième homme, auxquels on donna pacte et serment ; ils descendirent, et quand les gens eurent prise sur eux, ils dénouèrent les cordes de leurs arcs et les lièrent avec. Le troisième homme s’écria : voici la première trahison ! Et refusa de les suivre. Ils le traînèrent et s’efforcèrent de le contraindre, sans y parvenir, et le tuèrent. Puis ils emmenèrent Khoubayb et Zayd jusqu’à La Mecque et les y vendirent.

Ce récit, le Boukhari l’a rapporté dans le livre des expéditions de son Sahih, et aussi dans les livres du tawhid et du jihad par des voies semblables. Dans une de ses versions, le messager d’Allah envoya dix hommes en expédition de reconnaissance, ayant à leur tête Asim ibn Thabit ibn Abi al-Aq Lah. Mohamed ibn Ishaq, Moussa ibn Oqba et Urwa ibn az-Zoubayr ont divergé de lui sur certains points. Mentionnons le récit d’Ibn Ishaq, afin que l’écart soit connu : Ibn Ishaq est un imam dans cette science, comme l’a dit ach-Chafi’i : quiconque veut les expéditions est un dépendant de Mohamed ibn Ishaq.

Ibn Ishaq rapporte, d’après Asim ibn Omar ibn Qatada : après Ouhoud vint au messager d’Allah un groupe d’Adhal et d’al-Qarra qui dirent : ô messager d’Allah, il y a parmi nous des musulmans : envoie avec nous quelques-uns de tes compagnons qui nous instruisent en religion, nous récitent le Coran et nous enseignent les règles de l’islam. Le messager d’Allah leur envoya six hommes : Marthad ibn Abi Marthad al-Ghanawi, affilié à Hamza ibn Abd al-Muttalib, qui était le chef du groupe ; Khalid ibn al-Boukayr al-Laythi, affilié aux Banu Adi ; Asim ibn Thabit ibn Abi al-Aq Lah, frère de lait des Banu Amr ibn Awf ; Khoubayb ibn Adi, frère des Banu Jihja ; Zayd ibn ad-Dathina, frère des Banu Bayada ; et Abdallah ibn Tariq, affilié aux Banu Dhoufar. Ils sortirent avec ces gens jusqu’à ar-Raji’, une eau de Hudhayl aux confins du Hijaz, où l’on les trahit : ils poussèrent des cris de guerre vers Hudhayl, et les musulmans, dans leurs tentes, ne virent que des hommes les enveloppant, l’épée à la main. Ils saisirent leurs armes pour les combattre, et l’on leur dit :

par Allah, nous ne voulons pas vous tuer ; nous voulons tirer de vous quelque bien auprès des gens de La Mecque, et vous avez le pacte d’Allah et Son serment que nous ne vous tuerons pas. Marthad, Khalid ibn al-Boukayr et Asim ibn Thabit répondirent : par Allah, jamais nous n’accepterons d’un associateur ni pacte ni serment. Et Asim dit : Allah est le plus savant, et à Allah la louange et la grâce : Ma souffrance, et je suis vigoureux et brave ; et l’arc dont les fibres rouges ; La flèche glisse de sa joue ; la mort est vraie et la vie vaine ; Tout ce que l’Éternel veut advient ; et l’homme vers Lui tend. Si je ne vous combats pas, ma mère soit affligée ! Et il dit encore : Le bouclier d’Abou Soulayman et les plumes d’al-Mouq’ad ; et un bouclier semblable à un enfer ardent ; Quand les coussins sont étendus, je ne tremble pas ; et un fourreau de peau de taureau dépouillé, croyant en ce qu’apporte Mohamed. Et encore : Le bouclier d’Abou Soulayman, et tels que moi les archers ; et mon peuple était une assemblée généreuse. Puis il combattit jusqu’à être tué, et ses deux compagnons furent tués avec lui.

Quand Asim fut tué, Hudhayl voulut s’emparer de sa tête pour la vendre à Sulafa bint Sa’d ibn Chouhayd, qui avait fait serment, quand ses deux fils furent frappés le jour d’Ouhoud, que si elle pouvait atteindre la tête d’Asim, elle boirait du vin dans son crâne. Le Boukhari mentionne cela après l’arrivée de Khoubayb et de Zayd ibn ad-Dathina à La Mecque ; et ce qu’Ibn Ishaq rapporte est mieux ordonné. Allah envoya sur Asim un essaim d’abeilles pareil à un nuage qui le couvrit à l’abri de leurs envoyés, et ils ne purent rien obtenir de lui. On dit alors : laissez-le jusqu’à la nuit ; la chose s’évanouira et nous le prendrons. Mais Allah envoya une crue du wadi qui emporta son corps. Or Asim avait fait serment à Allah de ne jamais être touché par un associateur ni toucher un associateur, par souci de pureté. Aussi Oumar ibn al-Khattab disait, quand on lui rapportait que l’essaim d’abeilles l’avait protégé : Allah protège le serviteur croyant ! Asim avait fait serment de ne jamais être touché par un associateur ni en toucher un, de son vivant : Allah l’en empêcha donc après sa mort comme Il l’en avait empêché de son vivant.

Khoubayb et Zayd : les deux rak’a devant la mort

Quant à Khoubayb, Zayd ibn ad-Dathina et Abdallah ibn Tariq, ils désirèrent la vie, mollirent et tendirent la main : on les saisit, et on les emmena vers La Mecque pour les y vendre. Arrivés à adh-Dhahran, Abdallah ibn Tariq retira sa main de la ligature, saisit son épée et se retint seul face au peuple : ils le lapidèrent jusqu’à le tuer, et sa tombe est à adh-Dhahran. Ibn Hicham rapporte que Khoubayb et Zayd furent vendus à Quraysh contre deux captifs de Hudhayl retenus à La Mecque. Khoubayb fut acheté par Houjayr ibn Abi Ihab at-Tamimi, affilié aux Banu Nawfal, au nom d’Oqba ibn al-Harith ibn Amir ibn Nawfal, car Abou Ihab était frère de lait de la mère d’al-Harith : Khoubayb avait tué al-Harith au jour de Badr, et on voulait le tuer en réparation de son père. Zayd ibn ad-Dathina fut acheté par Safwan ibn Oumayya, pour être tué en réparation de son père : il l’envoya vers at-Tan’im avec un affranchi nommé Nistas, et le fit sortir de l’enceinte sacrée pour le tuer.

Un groupe de Qurayshites s’y était assemblé, parmi eux Abou Soufyan ibn Harb. Quand Zayd fut amené pour être tué, Abou Soufyan lui dit : je t’adjure par Allah, ô Zayd : aimerais-tu que Mohamed fût à notre place en ce moment, et que nous lui tranchassions le cou, et que tu retournasses chez ta famille ? Il dit : par Allah, je n’aime pas que Mohamed, là où il est en ce moment, soit blessé d’une épine qui lui fasse mal, et que je sois assis au milieu de ma famille. Abou Soufyan dit : je n’ai jamais vu, parmi les hommes, personne aimer quelqu’un comme les compagnons de Mohamed aiment Mohamed ! Puis Nistas le tua.

Quant à Khoubayb ibn Adi, il demeura enchaîné dans la maison de Maawiya, affranchie de Houjayr ibn Abi Ihab, qui s’était convertie à l’islam. Elle raconte : Khoubayb était chez moi, retenu dans ma maison, et je sortis le voir un jour : il tenait à la main une grappe de raisin grosse comme la tête d’un homme, dont il mangeait, et je ne connais sur terre de raisin comestible en ce moment-là à La Mecque. Il rapporta aussi, d’après Asim ibn Omar ibn Qatada et Abdallah ibn Abi Najih, que lorsque la mort fut là, Khoubayb demanda qu’on lui apportât un rasoir pour se purifier avant le meurtre. On lui donna le rasoir, et un garçon du clan le lui porta : la crainte saisit la femme qui songea : que se passe-t-il ? L’homme atteindrait sa vengeance en tuant ce garçon : ce serait un homme pour un homme. Khoubayb prit le rasoir et dit : par ta vie, ta mère n’a rien craint de ma part quand elle t’a envoyé vers moi avec ce rasoir. Et il le laissa aller. Ibn Hicham dit : le garçon était son fils.

Alors on emmena Khoubayb jusqu’à at-Tan’im pour le crucifier, et il dit : si vous jugez bon de me laisser prier deux rak’a, faites-le. Ils dirent : prie donc, tu as tout loisir. Il pria deux rak’a, les accomplissant parfaitement, puis se tourna vers le peuple et dit : par Allah, si je ne craignais pas que vous crussiez que je m’attardais par lassitude devant la mort, j’aurais prié davantage. Et il fut le premier des musulmans à instaurer ces deux rak’a au moment du meurtre. Puis on l’éleva sur un billot ; quand on l’eut bien lié, il dit : ô Allah, nous avons transmis le message de Ton messager : informe-le au matin de ce qu’on nous fait. Puis il dit : ô Allah, compte-les un à un, tue-les un à un, et n’en laisse pas un seul ! Puis on le tua. Mouawiya ibn Abi Soufyan disait : j’assistai à cela, au nombre de ceux qui étaient là avec Abou Soufyan, et par Allah je le vis m’abattre à terre, saisi d’effroi devant l’invocation de Khoubayb. Et les gens disaient : quand un homme est invoqué contre et qu’il se couche sur le côté, l’invocation glisse sur lui.

As-Souhayli dit : ces deux rak’a devinrent Sounna au moment du meurtre parce qu’elles furent accomplies du vivant du Prophète, qui les confirma et en approuva le geste. Zayd ibn Haritha les pria aussi de son vivant : le Bayhaqi rapporte, par la voie de al-Layth ibn Sa’d, que Zayd ibn Haritha loua d’un homme de Ta’if une mule, à condition que le muletier le laissât descendre où il voudrait. Celui-ci le conduisit vers une ruine pleine de cadavres, et quand il voulut le tuer, Zayd dit : laisse-moi prier deux rak’a. Il dit : prie : ces gens-là ont souvent prié, et leur prière ne leur a servi de rien. Il pria, puis l’homme revint pour le tuer, et il dit : ô le plus Miséricordieux des miséricordieux ! Et voici une voix qui disait : ne le tue pas ! L’homme, effrayé, s’en alla regarder, ne vit rien, revint une deuxième fois, et Zayd répéta son appel ; la voix répéta : ne le tue pas !

Il revint une troisième fois, et voici un cavalier monté sur un cheval, une lance à la main, au bout de laquelle s’agitait une gerbe de feu : il le transperça, et il tomba mort. Et le cavalier dit : la première fois que tu as invoqué Allah, j’étais au septième ciel ; la deuxième fois, au ciel le plus bas ; la troisième fois, je suis venu à toi. As-Souhayli rapporte encore que Houjr ibn Adi ibn al-Adbar pria ces deux rak’a quand on l’amena de l’Irak à Mouawiya, porteur du livre de Ziyad : Mouawiya ordonna son meurtre, et il pria deux rak’a avant d’être tué. Aïcha réprova à Mouawiya ce meurtre ; il dit : c’est celui qui a témoigné contre lui qui l’a tué. Puis il dit : laisse-moi et Houjr : je le placerai sur la balance au jour de la Résurrection. Elle dit : où donc est passé le sens de ton père Abou Soufyan ? Il dit : depuis qu’un homme comme toi, de mon peuple, m’a quitté.

Dans les expéditions de Moussa ibn Oqba, il est rapporté que Khoubayb et Zayd ibn ad-Dathina furent tués le même jour, et que le messager d’Allah fut entendu ce jour-là disant : « et sur toi le salam, ô Khoubayb : Quraysh t’a tué. » Il rapporte aussi que quand ils crucifièrent Zayd ibn ad-Dathina, ils le transpercèrent de flèches pour l’éprouver dans sa religion : ce ne fit qu’accroître sa foi et sa soumission. Urwa et Moussa ibn Oqba rapportent que quand ils élevèrent Khoubayb sur le billot, ils l’appelaient en l’adjurant : aimerais-tu que Mohamed fût à ta place ? Il dit : non, par Allah le Grand, je n’aime pas qu’il soit racheté de moi par une épine qui ferait mal à son pied. Ils en rirent. Le Boukhari rapporte ce récit dans l’histoire de Zayd ibn ad-Dathina : Allah est le plus savant. Moussa ibn Oqba rapporte que Amr ibn Oumayya aurait enterré Khoubayb. Et Oqba ibn al-Harith lui-même démentit l’avoir tué : par Allah, je n’ai pas tué Khoubayb : j’étais trop jeune ; mais Abou Maysara, frère de lait des Banu Abd ad-Dar, prit la lance, la mit dans ma main, saisit ma main et me fit le transpercer jusqu’à ce qu’il mourût.

On rapporte qu’Oumar ibn al-Khattab nomma Sa’id ibn Amir ibn Hidhyam al-Joumahi gouverneur d’une partie de la Syrie, et qu’il était pris d’évanouissements parmi les gens, au point qu’Oumar s’en enquiert lors d’un de ses séjours et lui dit : ô Sa’id, qu’est-ce donc qui t’arrive ? Il dit : par Allah, ô commandeur des croyants, il n’y a rien en moi de grave ; mais j’étais du nombre de ceux qui assistèrent au meurtre de Khoubayb ibn Adi, et j’entendis son invocation. Par Allah, jamais une assemblée ne m’a vu siéger sans que je sois frappé d’étourdissement ! Et cela ne fit qu’augmenter Oumar en estime pour lui. Ibn Ishaq rapporte qu’Oumar disait : quiconque désire voir un homme d’une sincérité solitaire, qu’il regarde Sa’id ibn Amir. Ibn Hicham rapporte que Khoubayb demeura entre leurs mains jusqu’à l’écoulement des mois sacrés, puis ils le tuèrent.

Le Bayhaqi rapporte enfin, d’après Amr ibn Oumayya ad-Damri, que le messager d’Allah l’avait envoyé seul en mission de reconnaissance : je vins au billot de Khoubayb et m’y campai, me dérobant aux yeux, puis je le déliai, et il tomba à terre ; je traversai d’un pas rapide et me cachai un peu, puis je regardai derrière moi et ne vis rien : c’était comme si la terre l’avait englouti. Et jamais on ne mentionna de tombe pour Khoubayb jusqu’à ce jour. Quand les compagnons d’ar-Raji’ furent tués, des hypocrites dirent : malheur à ces égarés qui sont morts ainsi : ils n’ont ni vécu au milieu de leurs familles ni transmis le message de leur maître ! Allah fit descendre sur eux : parmi les hommes il en est dont la parole te ravit dans la vie présente, qui prend Allah à témoin de ce qu’il y a dans son cœur, alors qu’il est le plus acharné des contradicteurs (al-Baqara, 204) et ce qui suit. Et sur les compagnons de la saraya descendit : parmi les hommes il en est qui se vendent pour rechercher la satisfaction d’Allah, et Allah est bienveillant envers les serviteurs (al-Baqara, 207). Hassan ibn Thabit a pleuré Khoubayb dans de beaux vers, et a satirisé Hudhayl et les Banu Lihyan pour leur trahison ; la plupart des connaisseurs en poésie lui dénient ces pièces.

Le puits de Ma’ouna : les soixante-dix lecteurs du Coran

Eut lieu aussi en Safar de cette année la saraya du puits de Ma’ouna : Makhoul la place très étrangement après le Fossé. Le Boukhari rapporte par Anas ibn Malik : le messager d’Allah envoya soixante-dix hommes pour une affaire ; on les appelait les lecteurs du Coran. Deux clans des Banu Sulaym, Ri’l et Dhakwan, les rencontrèrent près d’un puits appelé le puits de Ma’ouna. Les gens dirent : par Allah, nous ne vous voulions pas : nous ne sommes que des gens de passage, en mission pour le Prophète. Ils les tuèrent. Le Prophète les invoqua contre eux un mois entier dans la prière du sobh : ce fut le début du qounout, que nous ne pratiquions pas. Mouslim l’a rapporté pareillement. Il rapporte encore, par Qatada, d’après Anas : Ri’l, Dhakwan, Ousayya et les Banu Lihyan avaient demandé au messager d’Allah du renfort contre un ennemi, et il les renforça de soixante-dix Ansar, que nous appelions de son temps les lecteurs : ils coupaient du bois le jour et priaient la nuit, jusqu’à ce qu’au puits de Ma’ouna on les tuât, les trahissant. Quand la nouvelle parvint au Prophète, il fit le qounout un mois, invoquant dans le sobh contre ces clans d’Arabes : contre Ri’l, Dhakwan, Ousayya et les Banu Lihyan. Anas dit : nous lisions contre eux un passage du Coran, puis ce passage fut abrogé : rapportez à notre peuple que nous avons rencontré notre Seigneur, et Il est satisfait de nous et nous Lui sommes agréables.

Le Boukhari rapporte aussi, d’après Ishaq ibn Abdallah ibn Abi Talha, d’après Anas : le Prophète envoya son khal maternel, frère d’Oum Soulaym, à la tête de soixante-dix cavaliers. Le chef des associateurs était Amir ibn at-Toufayl, qui avait offert au messager d’Allah de choisir entre trois choses : que les habitants du plain soient à toi et ceux des terres arides à moi ; ou que je sois ton successeur ; ou que je te fasse la guerre avec dix mille cavaliers de Ghatafan. Amir, atteint d’une plaie dans une maison, dit au matin : amenez-moi mon cheval ! Et il mourut sur son cheval. Haram, le frère d’Oum Soulaym, un homme boiteux, partit avec un homme des Banu de son peuple, et dit : restez proches de moi jusqu’à ce que j’arrive à eux : s’ils m’accordent confiance, restez proches ; s’ils me tuent, vous rejoindrez vos compagnons. Arrivé, il dit : m’accordez-vous confiance, que je transmette le message du messager d’Allah ? Un homme dit à un autre : percez-le ! Et l’un vint de derrière lui et le frappa, de ce qu’on croit être sa lance, jusqu’à le transpercer. Il dit : Allah est le plus grand ! Par le Seigneur de la Kaaba, j’ai réussi ! L’autre homme le rejoignit, et ils furent tués tous, hormis le boiteux, qui était au sommet de la montagne : Allah nous fit descendre le passage, aujourd’hui abrogé : nous avons rencontré notre Seigneur, et Il est satisfait de nous et nous Lui sommes agréables. Le Prophète invoqua contre eux trente matin : contre Ri’l, Dhakwan, les Banu Lihyan et Ousayya, qui avaient désobéi à Allah et à Son messager.

Thoumama ibn Abdallah ibn Anas rapporte d’après son grand-père : quand Haram ibn Milhan fut poignardé le jour du puits de Ma’ouna, il dit avec son sang, de sa main, et l’aspergea sur son visage et sa tête : par le Seigneur de la Kaaba, j’ai réussi ! Il est aussi rapporté par le Boukhari, d’après Hicham ibn Urwa : quand furent tués les gens du puits de Ma’ouna et que Amr ibn Oumayya ad-Damri fut capturé, Amir ibn at-Toufayl lui demanda : qui est celui-ci ? Amr indiqua un tué : c’est Amir ibn Fouhayra. Amir dit : je l’ai vu, après qu’on l’eut tué, élevé vers le ciel, au point que je regardais le ciel entre lui et la terre, puis il fut déposé. La nouvelle parvint au Prophète, qui les pleura et dit : tes compagnons ont été frappés, et ils ont demandé à leur Seigneur :

Seigneur, informe nos frères que nous Te sommes agréables et que Tu nous es agréable. Et il leur en informa. Urwa ibn Asma ibn as-Salt fut frappé ce jour-là parmi eux, et c’est de là que Urwa fut nommé ; de même al-Moundir ibn Amr fut nommé d’un autre Moundir. Le Waqidi rapporte, d’après Urwa, l’histoire entière et l’élévation d’Amir ibn Fouhayra vers le ciel : celui qui le tua était Jabbar ibn Sulma al-Kilabi. Quand il le perça de sa lance, Amir dit : par le Seigneur de la Kaaba, j’ai réussi ! Jabbar demanda ensuite : que signifie sa parole : j’ai réussi ? On dit : il voulait le Paradis. Il dit : il a dit vrai, par Allah ! Et Jabbar embrassa l’islam après cela pour cette raison. Dans les expéditions de Moussa ibn Oqba, Urwa dit : on ne trouva pas le corps d’Amir ibn Fouhayra : on pensa que les anges l’avaient emporté.

Younous rapporte d’après Ibn Ishaq : après Ouhoud, le messager d’Allah demeura le reste de Shawwal, Dhou l-Qi’da, Dhou l-Hijja et Mouharram, puis envoya les compagnons du puits de Ma’ouna en Safar, à la tête du quatrième mois après Ouhoud. Abou Bara Amir ibn Malik, dit Mala’ib al-Asinna, joueur de lances, vint trouver le messager d’Allah à Médine. Il lui offrit l’islam et l’y invita : il ne se convertit pas, mais ne le repoussa pas, et dit : ô Mohamed, si tu envoyais quelques hommes de tes compagnons vers les gens du Najd pour les appeler à ton ordre, j’espérerais qu’ils répondent. Il dit : « Je crains pour eux les gens du Najd. » Abou Bara dit : je suis leur protecteur. Le messager d’Allah envoya donc al-Moundir ibn Amr, frère des Banu Sa’ida, dit al-Mou’niqi Limate, à la tête de quarante hommes parmi les meilleurs musulmans : parmi eux al-Harith ibn as-Simma, Haram ibn Milhan, frère des Banu Adi ibn an-Najjar, Urwa ibn Asma ibn as-Salt as-Soulami, Nafi’ ibn Boudayl ibn Warqa al-Khouza’i et Amir ibn Fouhayra, affranchi d’Abou Bakr, avec des hommes parmi les meilleurs. Ils marchèrent jusqu’au puits de Ma’ouna, qui est entre la terre des Banu Amir et la harra des Banu Sulaym. Descendus, ils envoyèrent Haram ibn Milhan porteur du livre du messager d’Allah à l’ennemi d’Allah Amir ibn at-Toufayl : arrivé auprès de lui, il ne regarda pas le livre, mais se jeta sur l’homme et le tua.

Puis il appela les Banu Amir à les combattre : ils refusèrent, disant : nous ne trahirons jamais Abou Bara, qui leur a donné sa protection. Il appela alors des clans des Banu Sulaym : Ousayya, Ri’l, Dhakwan et al-Qarra, qui répondirent, sortirent et enveloppèrent les musulmans dans leurs tentes. Les voyant, ceux-ci saisirent leurs épées et les combattirent jusqu’à être tués jusqu’au dernier, hormis Ka’b ibn Zayd, frère des Banu Dinar ibn an-Najjar : on le laissa avec un reste de vie, on le ramassa du milieu des tués, et il vécut jusqu’au jour du Fossé où il fut tué. Amr ibn Oumayya ad-Damri et un homme des Ansar des Banu Amr ibn Awf étaient en déplacement loin du groupe : seuls les oiseaux qui tournoyaient autour du camp les informèrent du malheur. Ils dirent : par Allah, ces oiseaux cachent quelque chose ! Ils s’approchèrent pour voir : les hommes gisaient dans leur sang, et les chevaux des assaillants étaient encore là. L’Ansari dit à Amr : que penses-tu ? Il dit : je pense que nous rejoignions le messager d’Allah pour l’informer. L’Ansari dit : moi, je ne serai jamais celui qui délaisse le lieu où al-Moundir ibn Amr fut tué, et je ne serai pas celui qui le rapportera aux hommes. Il combattit jusqu’à être tué. Amr fut fait prisonnier : quand il leur dit qu’il était de Moudar, Amir ibn at-Toufayl le relâcha, lui trancha la nase et l’affranchit du prix d’un esclave qui pesait sur sa mère, selon ce qu’on prétend.

Amr ibn Oumayya sortit, et alors qu’il était à al-Qarqara, au-dessus de Qana, deux hommes des Banu Amir vinrent et descendirent à l’ombre où il était. Or les deux Amirites avaient un pacte de protection du messager d’Allah qu’Amr ignorait : il leur demanda d’où ils étaient, ils répondirent : des Banu Amir. Il les laissa jusqu’à ce qu’ils s’endormissent, puis se jeta sur eux et les tua, croyant tirer d’eux une vengeance des Banu Amir pour ce qu’ils avaient fait aux compagnons du messager d’Allah. Arrivé auprès du Prophète, il lui rapporta la chose, et le messager d’Allah dit : « Tu as tué deux hommes : j’en paierai le prix. » Et il dit encore : « Voici l’affaire d’Abou Bara : j’avais toujours redouté cela, j’y répugnais. » Quand la chose parvint à Abou Bara, la honte d’Amir à son égard lui pesa, ainsi que la mort des compagnons du messager d’Allah par sa faute et sa protection. Hassan ibn Thabit dit alors un poème pour blâmer Amir d’avoir trompé Abou Bara et pour exhorter les Banu Abi Bara contre lui ; et Rabi’a ibn Amir ibn Malik, cousin d’Abou Bara, se jeta sur Amir ibn at-Toufayl et le frappa à la cuisse : il cria, tomba de son cheval et dit : voici l’affaire d’Abou Bara ! Si je meurs, mon sang versé pour mon oncle ne sera pas suivi ; si je vis, je verrai mon avis. Moussa ibn Oqba rapporte d’après az-Zouhri un récit pareil à celui d’Ibn Ishaq, et dit que le chef du groupe était al-Moundir ibn Amr, on dit aussi Marthad ibn Abi Marthad. Hassan pleura les tués de Ma’ouna dans des vers fameux, et Allah est le plus savant.

La Ghazwa des Banu an-Nadir : la sourate al-Hachr

La Ghazwa des Banu an-Nadir est celle au sujet de laquelle Allah fit descendre la sourate al-Hachr. Dans le Sahih du Boukhari, Ibn Abbas la nommait sourate des Banu an-Nadir. Le Boukhari rapporte d’après az-Zouhri, d’après Urwa, que les Banu an-Nadir furent, après Badr, six mois avant Ouhoud. Ibn Abi Hatim l’a rapporté avec chaîne dans son tafsir, et Hanbal ibn Ishaq le rapporte pareillement. Le Bayhaqi dit : az-Zouhri disait qu’elle était avant Ouhoud, d’autres disent après, et même après le puits de Ma’ouna. Nous disons : tel est ce qu’a mentionné Ibn Ishaq, après son récit du puits de Ma’ouna, du retour d’Amr ibn Oumayya et du meurtre par lui des deux hommes des Banu Amir, dont il ignorait le pacte de protection du messager d’Allah, ce pourquoi le Prophète lui dit : tu as tué deux hommes dont j’acquitterai le prix.

Ibn Ishaq rapporte : le messager d’Allah sortit alors vers les Banu an-Nadir pour leur demander de l’aide dans le prix du sang des deux hommes des Banu Amir qu’Amr ibn Oumayya avait tués, en vertu du pacte que le Prophète leur avait accordé : il y avait entre les Banu an-Nadir et les Banu Amir alliance et serment. Arrivé auprès d’eux, ils dirent : oui, ô Abou l-Qasim, nous t’aiderons en ce que tu voudras. Puis ils se consultèrent en aparté et dirent : jamais vous ne trouverez l’homme dans l’état où il est maintenant, le messager d’Allah assis près du mur de leurs maisons : qui montera sur cette maison et lui jettera une pierre, nous débarrassant de lui ? On désigna Amr ibn Jihhach ibn Ka’b, qui se porta volontaire. Il monta pour lui jeter la pierre, tandis que le messager d’Allah était au milieu d’un groupe de ses compagnons, parmi lesquels Abou Bakr, Oumar et Ali. La nouvelle de ce que le peuple médita lui parvint du ciel : il se leva et s’en retourna à Médine. Quand il sentit que ses compagnons tardaient, ils se levèrent à sa recherche, rencontrèrent un homme venant de Médine et l’interrogèrent : il avait vu le Prophète entrer dans la ville. Ils le rejoignirent, et il leur informa ce que les Juifs avaient médité de trahison contre lui.

Le Waqidi rapporte : le messager d’Allah leur envoya Mohamed ibn Maslama, avec l’ordre de sortir de son alliance et de sa cité. Les gens de l’hypocrisie leur envoyèrent qui les affermissait, les excitait au maintien et leur promettait le secours : leurs âmes se durcirent, Houyayy ibn Akhtab s’emporta, ils écrivirent au Prophète qu’ils ne sortiraient pas, et lui jetèrent la rupture des pactes. C’est alors qu’il ordonna aux gens de marcher contre eux. Le Waqidi dit qu’ils les assiégèrent quinze nuits. Ibn Ishaq rapporte : le Prophète ordonna les préparatifs de guerre et la marche vers eux. Ibn Hicham dit qu’il nomma Ibn Oum Maktoum à Médine, en Rabi’ al-Awwal. Ibn Ishaq rapporte qu’il marcha jusqu’à eux et les assiégea six nuits ; l’interdiction du vin descendit alors ; ils s’enfermèrent dans leurs forts, et le messager d’Allah ordonna de couper les palmiers et d’en allumer le feu. Ils l’appelèrent : ô Mohamed, tu interdisais la corruption et tu la reprochais à qui la commettait :

qu’en est-il donc de couper les palmiers et de les brûler ? Un groupe des Banu Awf ibn al-Khazraj, parmi lesquels Abdallah ibn Oubay, Wadi’a, Malik, Souwayd et Da’is, avait écrit aux Banu an-Nadir de tenir bon, qu’on ne les leur livrerait pas : si on les combattait, ils combattraient avec eux, et si on les exilait, ils sortiraient avec eux. Ils attendirent ce secours qui ne vint pas : Allah jeta la terreur dans leurs cœurs, et ils demandèrent au messager d’Allah de les exiler et de s’abstenir de leur sang, contre ce que leurs chameaux pourraient porter de leurs biens, hormis les armures : il accepta. Al-Awfi rapporte d’après Ibn Abbas qu’il donna à chaque groupe de trois une chamelle qu’ils se relayaient à monter, et deux outres d’eau. Mohamed ibn Maslama rapporte aussi qu’il leur accorda un sursis de trois nuits ; on rapporte qu’ils avaient des dettes à échéance et que le Prophète leur dit : débarrassez et hâtez : la solidité de cette version est douteuse, et Allah est le plus savant.

Ibn Ishaq rapporte : ils emportèrent de leurs biens ce que leurs chameaux purent porter : l’homme d’entre eux démolissait le linteau de sa porte et le plaçait sur le dos de son chameau, puis partait. Ils sortirent vers Khaybar, certains vers la Syrie. Parmi les nobles qui allèrent à Khaybar : Salam ibn Abi l-Houqayq, Kinana ibn ar-Rabi’ ibn Abi l-Houqayq et Houyayy ibn Akhtab. Quand ils y arrivèrent, les gens de Khaybar firent alliance avec eux : on les accueillit avec femmes, enfants et biens, au son des tambours et des flûtes, des chanteuses derrière eux, avec un faste et une fierté sans pareil en leur temps. Ils abandonnèrent au messager d’Allah leurs biens, c’est-à-dire les palmiers et les cultures : ceux-ci furent sa propriété particulière, qu’il disposa comme il voulut, et il les partagea aux premiers émigrés, à l’exclusion des Ansar, hormis Sahl ibn Houmayf et Abou Doujana, qui mentionnèrent leur pauvreté et les reçurent ; certains leur ajoutent al-Harith ibn as-Simma, comme le rapporte as-Souhayli. Des Banu an-Nadir, seuls se convertirent deux hommes : Yamin ibn Oumayr et Abou Sa’d ibn Wahb, qui gardèrent leurs biens. Ibn Ishaq rapporte que le Prophète dit à Yamin : n’as-tu pas vu ce que ton cousin m’a fait ? Et Yamin récompensa un homme pour tuer Amr ibn Jihhach, et il le tua : qu’Allah le maudisse ! Allah fit alors descendre sur eux la sourate al-Hachr entière, y rappelant Sa vengeance et ce qu’Il avait livré à Son messager : nous en avons parlé au long dans le tafsir, et à Allah la louange.

Quant aux palmiers : le Boukhari et Mouslim rapportent, par Nafi’, d’après Ibn Omar, que le messager d’Allah brûla les palmiers des Banu an-Nadir et les coupa : c’était al-Bouwayra. Et Allah fit descendre : tout palmier que vous avez coupé ou laissé debout sur ses racines, c’est par la permission d’Allah, et pour humilier les pervers (al-Hachr, 5). Hassan ibn Thabit dit à ce propos : Et fut légère pour les descendants des Banu Louayy ; l’incendie qui flambe à al-Bouwayra ; et Abou Soufyan ibn al-Harith lui répondit dans des vers. Ka’b ibn Malik aussi mentionna dans sa poésie l’expulsion des Banu an-Nadir et le meurtre de Ka’b ibn al-Achraf. Ibn Ishaq rapporte le poème d’Ibn Louqaym al-’Absi, ou de Qays ibn Bahhr al-Achja’i, à leur sujet, ainsi que la réponse qu’on attribue à Ali ibn Abi Talib, qu’aucun ne connaît vraiment.

Quant au fay' : Allah trancha que les biens des Banu an-Nadir appartenaient au messager d’Allah, et les lui rendit. Il les disposa comme Allah lui montrait : il s’est établi dans les deux Sahihs, d’après Oumar ibn al-Khattab, que les biens des Banu an-Nadir faisaient partie de ce qu’Allah avait rendu possible à Son messager, sur quoi les musulmans n’avaient ni lancé cheval ni monture : ils furent la propriété particulière du messager d’Allah, qui en prélevait la dépense de sa famille pour une année, puis plaçait le reste en chevaux et en armes pour la voie d’Allah. Puis le Très-Haut établit le partage du fay' aux émigrés, aux Ansar, à ceux qui les suivirent en bien, aux proches, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur, afin que cela ne fût pas un bien circulant entre les riches d’entre vous. Ahmad rapporte par Anas qu’avant cette conquête, l’homme donnait au Prophète de son bien deux palmiers, ou ce qu’Allah voulait :

quand Qurayza et an-Nadir furent ouvertes, il recommençait à rendre. Les gens de la maison d’Anas lui ordonnèrent d’aller demander au Prophète ce qu’ils avaient donné, ou une partie ; le Prophète avait donné à Oum Aymana des deux palmiers, ou comme Allah a voulu. Elle alla demander : il les lui donna. Oum Aymana jeta le vêtement sur son cou et dit : non, par Celui en dehors duquel il n’y a pas de divinité, jamais il ne te les donnera quand il me les a donnés à moi ! Et le Prophète de dire : voilà, il t’est donné ; et elle : non, par Allah ! Jusqu’à ce qu’il les lui donnât, semble-t-il, dix fois leur valeur. Allah dénonça enfin les hypocrites qui avaient secrètement soutenu les Banu an-Nadir et leur avaient promis le secours sans rien faire, puis les frappa de la parabole du démon qui dit à l’homme : mécrée ; puis, quand il eut mécru, dit : je suis innocent de toi, je crains Allah, Seigneur des mondes (al-Hachr, 16-17).

Amr ibn Sou’da al-Qouradhi et les leçons des ruines

Les Banu an-Nadir étaient plus nobles que les Banu Qurayza, au point que cette noblesse mena l’un d’eux à l’islam, après qu’il eut vu les signes du messager d’Allah dans la Torah. Le Waqidi rapporte : quand les Banu an-Nadir sortirent de Médine, Amr ibn Sou’da vint, tourna autour de leurs demeures, en vit la ruine, y réfléchit, puis revint vers les Banu Qurayza et les trouva dans leur temple : il sonna de leur trompette, et ils s’assemblèrent. Az-Zoubayr ibn Bata dit : ô Abou Sa’id, où étais-tu tout ce temps sans que nous te voyions ? Cet homme ne quittait jamais le temple et se dévouait tout entier au judaïsme. Il dit : aujourd’hui j’ai vu des leçons par lesquelles on nous a instruits : j’ai vu les demeures de nos frères désertes après tant de noblesse, de vaillance et d’intelligence : ils ont quitté leurs biens pour que d’autres les possèdent, et ils sont sortis dans l’humiliation. Par la Torah, jamais semblable sort n’a été donné à un peuple que Allah ne fuyait ; et Il a déjà frappé ibn al-Achraf, leur noble, dans sa propre maison en pleine sécurité ; Il a frappé ibn Soumayna, leur seigneur ; Il a frappé les Banu Qaynouqa et les a exilés, eux qui étaient les aînés des Juifs, gens d’équipement, d’armes et de secours :

Il les a assiégés sans qu’un seul d’entre eux osât montrer la tête, puis les a vendus et les a laissés pour les exiler de Yathrib. ô mon peuple, vous avez vu ce que vous avez vu : obéissez-moi, et allons suivre Mohamed ! Par Allah, vous savez qu’il est prophète : Abou Oumayr ibn al-Hayban et Ibn Hirach, les plus savants des Juifs, nous ont annoncé sa venue et nous ont commandé de le suivre : ils nous vinrent de Bayt al-Maqdis et nous ordonnèrent de le saluer de leur part ; puis ils moururent dans leur religion, et nous les avons enterrés dans cette terre. Le peuple se tut, et il répéta ses paroles, les menaçant de guerre, d’honte et d’exil. Az-Zoubayr ibn Bata dit : par la Torah, j’ai lu sa description dans le Livre de Bata, la Torah descendue sur Moussa, et non dans les écrits que nous avons forgés. Ka’b ibn Asad lui dit : qu’est-ce qui t’empêche, ô Abou Abd ar-Rahman, de le suivre ? Il dit : c’est toi. Ka’b dit : moi ? Par la Torah, je ne me suis jamais interposé entre toi et lui. Il dit : mais tu es le titulaire de notre pacte : si tu le suis, nous te suivons ; si tu refuses, nous refusons. Amr ibn Sou’da se tourna alors vers Ka’b et ils échangèrent de longs propos, jusqu’à ce que Ka’b dit : je n’ai à son égard d’autre position que celle-ci : mon âme ne prend-elle pas plaisir à être son disciple ? Le Bayhaqi a rapporté cette histoire.

La Ghazwa des Banu Lihyan : la prière de la peur à Ousfan

Le Bayhaqi mentionne ici la Ghazwa des Banu Lihyan, dans laquelle le Prophète pria la prière de la peur à Ousfan. Ibn Ishaq, par la voie d’Ibn Hicham, la place en Joumada al-Oula de l’année six, après le Fossé et les Banu Qurayza, ce qui est plus plausible que ce qu’a mentionné le Bayhaqi. Et Allah est le plus savant.

Le Bayhaqi rapporte, d’après Ibn Ishaq : quand Khoubayb et ses compagnons furent frappés, le messager d’Allah sortit chercher leur sang, pour atteindre une part des Banu Lihyan. Il prit la route de la Syrie, laissant croire qu’il ne cherchait pas les Banu Lihyan, jusqu’à camper sur leur terre : il les trouva avertis, retranchés au sommet des montagnes. Il dit : « Si nous descendions à Ousfan, Quraysh verrait que nous marchons vers La Mecque. » Il sortit donc en deux cents cavaliers jusqu’à Ousfan, puis envoya deux éclaireurs jusqu’à kouraa al-ghamim, qui revinrent. Abou Ayyach az-Zurqi rapporte que le messager d’Allah pria à Ousfan la prière de la peur.

L’imam Ahmad rapporte, par Moujahid, d’après Abou Ayyach : nous étions avec le messager d’Allah à Ousfan quand les associateurs vinrent vers nous, sous la conduite de Khalid ibn al-Walid, placés entre nous et la qibla. Le messager d’Allah pria avec nous le dhouhr, et les associateurs dirent : ils sont dans un état tel que si nous les prenions par surprise, nous les emporterions. Puis ils dirent : leur viendra bientôt une prière qui leur est plus chère que leurs enfants et leurs âmes. Jibril descendit alors avec ces versets entre le dhouhr et l’asr : quand tu es parmi eux et que tu diriges pour eux la prière (an-Nisa, 102). L’heure vint, le messager d’Allah ordonna aux gens de saisir leurs armes : nous nous rangâmes derrière lui en deux rangs.

Il s’inclina et nous nous inclinâmes tous ensemble ; il se releva, nous relevâmes ; puis il se prosterna avec le rang le plus proche de lui, tandis que l’autre restait debout pour les garder. Quand ils se prosternèrent et se relevèrent, les autres s’assirent et se prosternèrent à leur place ; puis ceux-ci avancèrent au rang de ceux-là, et ceux-là vinrent au rang de ceux-ci. Il s’inclina de nouveau, tous s’inclinèrent ensemble, se relevèrent ensemble, puis se prosterna avec le rang qui le touchait, l’autre rang debout pour les garder ; quand ils se relevèrent, l’autre se prosterna ; puis il leur rendit le salam et se leva. Et le messager d’Allah la pria deux fois : une fois à Ousfan et une fois sur la terre des Banu Sulaym. Ahmad l’a rapporté par une seconde voie, ainsi qu’Abou Dawoud et an-Nasa’i : cette chaîne est aux conditions des deux Sahihs, mais aucun des deux ne l’a rapportée.

Mouslim, lui, rapporte par Jabir : nous fîmes campagne avec le messager d’Allah contre un peuple de Jouhayna qui combattit férocement ; quand il pria le dhouhr, les associateurs dirent : si nous dévions sur eux d’un seul mouvement, nous les trancherions. Jibril en informa le messager d’Allah, qui nous rapporta : ils dirent : leur viendra une prière qui leur est plus chère que leurs enfants ; et il raconta le hadith pareillement. At-Tayalisi rapporte par Jabir que le messager d’Allah pria le dhouhr avec ses compagnons près des palmiers, que les associateurs songèrent à les attaquer puis dirent : laissez-les : ils ont après cette prière une autre qui leur est plus chère que leurs enfants ; Jibril descendit l’informer, et il pria l’asr avec eux, les rangent en deux : lui entre leurs mains, l’ennemi devant lui. Et le Boukhari a invoqué la version de Hicham, d’après Abou az-Zoubayr, de Jabir, comme preuve dans son Sahih. Ahmad rapporte enfin par Abou Hourayra que le messager d’Allah campa entre Dhajnan et Ousfan, et que les associateurs dirent : ils ont une prière qui leur est plus chère que leurs pères et leurs enfants, c’est l’asr : réglez votre affaire et déviez sur eux d’un seul mouvement. Jibril vint ordonner de partager les compagnons en deux moitiés : le Prophète priait avec l’une, l’autre restait debout derrière avec les armes, puis la seconde priait avec lui tandis que la première prenait ses armes : chaque groupe avait une rak’a avec le messager d’Allah, qui en avait deux. Le Tirmidhi et an-Nasa’i l’ont rapporté, et le Tirmidhi l’a jugé bon et authentique.

Nous disons : si Abou Hourayra y assista, c’était après Khaybar ; sinon le hadith est d’un compagnon sans lien chronologique, ce que la majorité n’y voit pas d’inconvénient. Les hadiths de Jabir ne mentionnent ni Ousfan ni Khalid ibn al-Walid, mais il est plausible que ce soit la même affaire. Reste la question de savoir si la Ghazwa d’Ousfan fut avant le Fossé ou après : certains savants, dont ach-Chafi’i, soutiennent que la prière de la peur ne fut instituée qu’après le jour du Fossé, parce que ce jour-là les musulmans retardèrent la prière hors de son temps pour excuse de combat : si la prière de la peur avait été instituée alors, ils l’auraient accomplie sans retarder. C’est pourquoi des gens des expéditions disent que la Ghazwa des Banu Lihyan où le Prophète pria la prière de la peur à Ousfan fut après les Banu Qurayza. Le Waqidi rapporte enfin, d’après Khalid ibn al-Walid lui-même :

quand le messager d’Allah sortit vers Houdaybiya, je le rencontrai à Ousfan, me tins face à lui et le défiai ; il pria le dhouhr avec ses compagnons devant nous, et nous songeâmes à l’attaquer, mais le parti ne se décida pas. Allah lui fit alors connaître notre pensée, et il pria avec ses compagnons l’asr en prière de la peur. Nous disons : l’Omra de Houdaybiya eut lieu en Dhou l-Qi’da de l’année six, après le Fossé et les Banu Qurayza, comme cela viendra. Et dans le récit d’Abou Ayyach, il y a ce qui implique que le verset de la prière de la peur descendit dans cette Ghazwa, au jour d’Ousfan, ce qui impliquerait qu’elle fut la première prière de la peur qu’il pria. Et Allah est le plus savant. Nous exposerons les modalités de la prière de la peur et la divergence des versions dans le livre des grands jugements, si Allah veut.

La Ghazwa de Dhat ar-Riqa’ et celle de Badr al-Mou’ad

Ibn Ishaq rapporte : après la Ghazwa des Banu an-Nadir, le messager d’Allah demeura à Médine les deux mois de Rabi’ et une partie de Joumada, puis fit campagne vers le Najd, contre les Banu Mouharib et les Banu Tha’laba de Ghatafan, nommant à Médine Abou Dharr, on dit aussi Outhman ibn Affan. Il marcha jusqu’à Nakhla : c’est la Ghazwa de Dhat ar-Riqa’. Ibn Hicham dit : parce qu’ils y rapiécèrent leurs étendards ; on dit aussi : à cause d’un arbre qui porte ce nom ; le Waqidi dit : à cause d’une montagne aux taches rouges, noires et blanches. Et dans le hadith d’Abou Moussa : elle fut ainsi nommée à cause des pans de tissu qu’ils se nouaient aux jambes sous l’ardeur de la chaleur. Ibn Ishaq rapporte qu’il y rencontra un rassemblement de Ghatafan : les deux camps s’approchèrent, sans qu’il y eût combat, chacun craignant l’autre, jusqu’à ce que le messager d’Allah priât avec les gens la prière de la peur. Ibn Hicham y a rapporté les chaînes des hadiths de la prière de la peur, sans qu’aucune mentionne la Ghazwa du Najd ni Dhat ar-Riqa’.

Le fait de savoir si Dhat ar-Riqa’ fut avant le Fossé appelle la réserve : le Boukhari penche pour après Khaybar, s’appuyant sur ce qu’Abou Moussa al-Ach’ari y assista, or il n’arriva qu’à la veille de Khaybar avec Ja’far et ses compagnons ; et de même Abou Hourayra, qui dit : j’ai prié avec le messager d’Allah, dans la Ghazwa du Najd, la prière de la peur. Mais ce qui indique qu’elle fut après le Fossé, c’est qu’Ibn Omar ne fut autorisé au combat qu’à partir du jour du Fossé, et qu’il a dit dans le Sahih : j’ai fait campagne avec le messager d’Allah avant le Najd, puis il mentionne la prière de la peur. Quant à ce que rapporte le Waqidi, que le Prophète sortit vers Dhat ar-Riqa’ en quatre cents hommes, on dit sept cents, la nuit du samedi, le dix Mouharram de l’année cinq : c’est douteux ; et cela ne garantit pas de fuir l’avis que la prière de la peur ne fut instituée qu’après le Fossé : car le Fossé fut, selon ce qui est le plus répandu, en Shawwal de l’année cinq, on dit de l’année quatre.

La Ghazwa de Badr al-Akhira, ou Badr al-Mou’ad, est celle au rendez-vous de laquelle ils s’étaient engagés au retour d’Ouhoud. Ibn Ishaq rapporte : revenu à Médine de Dhat ar-Riqa’, le messager d’Allah y demeura le reste de Joumada al-Oula, Joumada al-Akhira et Rajab, puis sortit en Cha’bane vers Badr, au rendez-vous d’Abou Soufyan. Ibn Hicham dit qu’il nomma à Médine Abdallah ibn Abdallah ibn Oubay ibn Saloul. Le messager d’Allah campa à Badr et y demeura huit jours, attendant Abou Soufyan. Celui-ci était sorti avec les gens de La Mecque et campa à Majanna, du côté d’adh-Dhahran ; certains disent qu’il atteignit Ousfan. Puis la décision lui vint de rentrer, et il dit : ô assemblée de Quraysh, il n’y a de salut pour vous qu’en une année d’abondance où vous ferez paître les arbres et boirez le lait : cette année est une année de disette, et je rentre ; rentrez donc ! Les gens rentrèrent, et les gens de La Mecque les nommèrent l’armée du sawiq, en disant : ils ne sont sortis que pour boire du sawiq ! Makhchi ibn Amr ad-Damri, qui avait fait une alliance au profit des Banu Damra avec le Prophète lors de la Ghazwa de Waddan, vint et dit : ô Mohamed, es-tu venu combattre Quraysh en ce lieu ? Il dit : oui, ô frère des Banu Damra. Et si tu veux, nous t’rendrons ce qui est entre nous et toi, et nous te laissons le choix jusqu’à ce qu’Allah tranche entre nous et toi. Il dit : non, par Allah, ô Mohamed, nous n’avons nul besoin de cela ! Et le messager d’Allah rentra à Médine sans trouver d’adversité.

Abdallah ibn Rawaha dit alors, rappelant l’attente d’Abou Soufyan et son retour avec Quraysh cette année-là, des vers que Abou Zayd récitait à Ka’b ibn Malik : Nous avions donné rendez-vous à Abou Soufyan à Badr, et nous n’avons pas trouvé ; ses promesses, vérité ni fidélité ; Jure que si tu l’avais rencontré, il t’aurait rencontrée : un humilié serait mort et ses alliés disparus ; Tu y as laissé les chairs d’Outba et de son fils, et Amr, Abou Jahl : tu l’as laissé gésir ; Vous avez désobéi au messager d’Allah : fi à votre religion et à votre affaire perverse ; Car moi, quand vous me heurtez, je dis toujours : mon peuple et mon bien pour le messager d’Allah ; Nous lui obéîmes sans lui préférer nul autre : un météore pour nous dans les ténèbres, un guide. Hassan ibn Thabit dit aussi des vers à ce sujet, auxquels répondit Abou Soufyan ibn al-Harith ibn Abd al-Muttalib, qui embrassa l’islam plus tard. Moussa ibn Oqba rapporte, d’après az-Zouhri, et Ibn Lahi’a d’après Abou l-Aswad, d’après Urwa ibn az-Zoubayr, que le messager d’Allah appela les gens au rendez-vous d’Abou Soufyan, que les hypocrites se mêlèrent aux gens pour les retenir, mais Allah préserva Ses alliés, et les musulmans sortirent avec le messager d’Allah vers Badr emportant des marchandises, en disant : si nous trouvons Abou Soufyan, tant mieux ; sinon, nous achèterons des marchandises au marché de Badr.

Le Waqidi dit que le messager d’Allah y sortit en mille cinq cents hommes et nomma Abdallah ibn Rawaha à Médine, et que la sortie fut au début de Dhou l-Qi’da : c’est-à-dire de l’année quatre. Le correct est la parole d’Ibn Ishaq : ce fut en Cha’bane de cette quatrième année, ce qui s’accorde avec Moussa ibn Oqba quand il dit : en Cha’bane, mais en l’année trois : c’est là une erreur, car c’est au retour d’Ouhoud qu’ils s’étaient donné rendez-vous à Badr, et Ouhoud fut en Shawwal de l’année trois, comme cela a été établi. Et Allah est le plus savant. Le Waqidi rapporte qu’ils demeurèrent à Badr le temps de la foire, huit jours, puis revinrent, ayant gagné deux dirhams de profit. D’autres rapportent qu’ils revinrent selon la parole d’Allah : dans la grâce d’Allah et un bienfait, aucun mal ne les toucha, et ils suivirent la satisfaction d’Allah (Al Imran, 174).

Les morts et les noces de l’année quatre

En Joumada al-Oula de cette année mourut Abdallah ibn Outhman ibn Affan, fils de Ruqayya bint du messager d’Allah : il avait six ans. Le messager d’Allah pria sur lui, et son père Outhman ibn Affan descendit dans sa tombe. Cette année-là mourut aussi Abou Salama Abdallah ibn Abd al-Asad al-Makhzoumi, fils de Barra bint Abd al-Muttalib, tante du messager d’Allah. Il avait été nourrisson au sein du Prophète : tous deux furent allaités par Thouwayba, affranchie d’Abou Lahab. Son islam fut très ancien, au même jour que celui d’Abou Oubayda, d’Outhman ibn Affan et d’al-Arqam ibn Abi al-Arqam. Il avait émigré avec son épouse Oum Salama en terre d’Abyssinie, où leur naquirent des enfants, puis revint à La Mecque, puis émigra de La Mecque à Médine avec Oum Salama. Il assista à Badr et à Ouhoud, et mourut des suites d’une blessure reçue à Ouhoud. Il rapporte du Prophète un hadith unique sur l’invocation au moment de l’épreuve : le messager d’Allah lui avait dit : « Quiconque des musulmans est frappé d’une épreuve, s’il dit au moment de l’épreuve : nous sommes à Allah et à Lui nous retournerons : ô Allah, récompense-moi dans mon épreuve et remplace-la-moi par mieux, cela lui sera fait. » Ahmad, le Tirmidhi et an-Nasa’i l’ont rapporté d’après Oum Salama.

En Cha’bane de cette année naquit Houssayn ibn Ali, de Fatima bint du messager d’Allah. En Ramadhan, le messager d’Allah maria Zaynab bint Khuzayma ibn al-Harith al-Hilaliyya, soeur de lait de Maymouna selon Ibn Abd al-Barr, qui juge cette parenté douteuse. On l’appelait Oum al-Masakin, mère des pauvres, pour l’abondance de ses aumônes et sa bienfaisance. Le Prophète la dota de quatre cents dirhams, soit douze onces, et entra chez elle en Ramadhan : elle était auparavant l’épouse de Toufayl ibn al-Harith, qui l’avait répudiée, puis de son frère Oubayda ibn al-Harith ; on dit aussi qu’elle avait été mariée à Abdallah ibn Jahch, tué à Ouhoud. Elle mourut du vivant du messager d’Allah, après deux ou trois mois à peine.

En Shawwal de cette année, le messager d’Allah maria Oum Salama bint Abi Oumayya, veuve d’Abou Salama. Celui-ci, blessé à Ouhoud, s’était soigné un mois, puis était sorti en expédition, en avait rapporté chameaux et butin, avait demeuré dix-sept jours, et sa blessure raviva : il mourut au trois des nuits restantes de Joumada al-Oula de cette année. Quand sa viduité fut accomplie en Shawwal, le messager d’Allah la demanda pour lui-même, et envoya Oumar ibn al-Khattab vers elle à plusieurs reprises. Elle répondit qu’elle était une femme d’une grande jalousie, et qu’elle avait des enfants à sa charge : il dit : « Quant aux enfants, ils sont à Allah et à Son messager, ce n’est pas toi qui les nourriras ; quant à la jalousie, j’invoquerai Allah de l’éloigner de toi. » Elle accepta et dit à Oumar : pars, marie le Prophète ! Certains savants ont imaginé qu’elle parlait à son fils Oumar ibn Abi Salama, qui était alors trop petit pour contracter : le correct est que ce fut Oumar le calife qui fut envoyé, et que celui qui contracta pour elle fut son fils Salama ibn Abi Salama, son aîné. Cela est recevable : car le père de Salama était cousin de sa mère, et le fils peut contracter le mariage de sa mère hors de la seule filiation, par consensus ; de même s’il est affranchisseur ou juge. Quant à la seule filiation, ach-Chafi’i la refuse seule, contre Abou Hanifa, Malik et Ahmad. Nous avons consacré à cette question un ouvrage indépendant, et il en sera traité dans le livre du mariage des grands jugements.

Oum Salama rapporte : Abou Salama revint un jour du messager d’Allah et me dit : j’ai entendu du messager d’Allah une parole qui m’a réjoui : quiconque des musulmans est frappé d’une épreuve, s’il dit à ce moment : ô Allah, récompense-moi dans mon épreuve et remplace-la-moi par mieux, cela lui est fait. Je l’ai retenu de lui. Quand Abou Salama mourut, je dis cette invocation, puis me repens : d’où me viendrait un mieux qu’Abou Salama ? Quand ma viduité fut accomplie, le messager d’Allah vint me demander en mariage tandis que je tannais une peau : je lava mes mains du tan, lui fis place sur un coussin de cuir rembourré de fibres de palme, et il s’y assit. Quand il eut dit son propos, je répondis : ô messager d’Allah, ce n’est pas que ta demande me soit indifférente, mais je suis une femme d’une jalousie intense : je crains que tu ne voies de moi ce pour quoi Allah me châtierait. Et je suis une femme d’un âge avancé, et j’ai des enfants. Il dit : « Quant à la jalousie dont tu parles, Allah l’éloignera de toi ; quant à l’âge, il m’a atteint comme toi ; quant aux enfants, tes enfants sont mes enfants. » Je dis : alors je me suis donnée au messager d’Allah. Et elle dit : Allah m’a donné en échange d’Abou Salama un mieux que lui : le messager d’Allah !

Après Badr al-Mou’ad, le messager d’Allah revint à Médine et y demeura jusqu’à la fin de Dhou l-Hijja, et il présida ce pèlerinage-là.

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