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L’année 9 de l’Hégire : la Ghazwa de Tabouk et l’armée de la peine, le pèlerinage d’Abou Bakr et la proclamation de la Baraa par Ali, l’année des délégations et le wafoud des Banu Tamim.
Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07
En Rajab de l’année neuf eut lieu la Ghazwa de Tabouk. Allah Très-Haut dit : ô vous qui croyez, les associateurs ne sont qu’impureté : qu’ils n’approchent donc pas la Mosquée sacrée après cette année-ci ; et si vous craignez la pauvreté, Allah vous enrichira de Sa grâce, s’Il veut : Allah est Omniscient et Sage. Et combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui ne tiennent pas pour illicite ce qu’Allah et Son messager ont tenu pour illicite, et qui, parmi les gens du Livre, n’embrassent pas la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils versent le tribut de leur main, tout humiliés (at-Tawba, 28-29). Ibn Abbas, Moujahid, Ikrima, Sa’id ibn Joubayr, Qatada et ad-Dahhak rapportent que, quand Allah interdit aux associateurs l’approche de la Mosquée sacrée au pèlerinage et ailleurs, Quraysh dit : nos marchands et nos marchés s’interrompront aux jours du pèlerinage, et nous perdrons ce que nous y gagnions ! Allah les en dédommagea en ordonnant le combat des gens du Livre jusqu’à leur conversion ou au versement du tribut de leur main, tout humiliés. Nous disons : le messager d’Allah résolut alors de combattre les Byzantins, parce qu’ils étaient les plus proches et les plus dignes d’être appelés à la vérité, par leur proximité de l’islam et de ses gens, conformément à la parole : ô vous qui croyez, combattez ceux des mécréants qui vous touchent, et qu’ils trouvent de la dureté en vous (at-Tawba, 123).
Quand il résolut cette campagne de Tabouk, dans une chaleur violente et une situation pénible, il en expliqua la destination aux gens, invita les tribus arabes d’alentour à sortir avec lui : beaucoup répondirent, près de trente mille, tandis que d’autres demeurèrent, et Allah reprocha à ceux des hypocrites et des négligents qui demeurèrent sans excuse, les blâmant, les réprimandant et les couvrant du plus vif opprobre, faisant descendre sur eux un Coran récité, leur affaire étant établie dans la sourate de la Baraa, comme nous l’avons traité au long dans le tafsir. Les croyants furent ordonnés à la sortie en tout état : « Sortez, légers et lourds, luttez de vos biens et de vos âmes : cela est meilleur pour vous, si vous saviez ! » Et : si c’était un gain proche et un voyage court, ils t’auraient suivi ; mais la distance leur parut longue, et ils jureront par Allah : si nous avions pu, nous serions sortis avec vous : ils se perdent eux-mêmes, et Allah sait qu’ils sont menteurs ! Puis les versets qui suivent. Et : les croyants ne devaient pas partir tous ensemble : pourquoi une troupe de chaque clan ne sortirait-elle pas pour s’instruire en religion et avertir leur peuple à leur retour, peut-être craindraient-ils ? On a dit que ce verset abrogeait le précédent, on a dit non : Allah est le plus savant.
Ibn Ishaq rapporte que le messager d’Allah demeura à Médine de Dhou l-Hijja à Rajab de l’année neuf, puis ordonna aux gens de se préparer à la campagne contre les Byzantins. Az-Zouhri, Yazid ibn Rouman, Abdallah ibn Abi Bakr, Asim ibn Omar ibn Qatada et d’autres de nos savants racontent chacun ce qu’il en sait : le messager d’Allah ordonna les préparatifs en un temps de pénurie, de chaleur violente et de disette, alors que les fruits mûrissaient : les gens aimaient demeurer auprès de leurs fruits et de leur ombre, et répugnaient au départ en cet état. Le messager d’Allah cachait rarement la destination de ses expéditions, hormis celle de Tabouk qu’il expliqua aux gens, vu l’éloignement de la peine, la dureté de la saison et la multitude de l’ennemi visé : les gens devaient s’y préparer. Il leur ordonna le jihad et annonça qu’il visait les Byzantins. Un jour, en équipement, il dit à Jad ibn Qays, des Banu Salima :
« ô Jad, veux-tu cette année combattre les fils aux vêtements jaunes ? » Il dit : ô messager d’Allah, tu m’autoriserais à rester sans m’éprouver ? Mon peuple sait que nul homme n’est plus épris des femmes que moi, et je crains qu’ayant vu les femmes des Byzantins, je ne tienne pas. Le messager d’Allah se détourna de lui et dit : « Je t’ai autorisé. » C’est à propos de Jad qu’Allah fit descendre : parmi eux il en est qui dit : autorise-moi, et ne m’éprouve pas : dans l’épreuve ils sont déjà tombés ! Et la Géhenne cerne certes les mécréants (at-Tawba, 49). Des hypocrites se dirent entre eux : ne sortez pas par cette chaleur : zèle pour le jihad, doute dans la vérité, et propagation contre le messager. Allah fit descendre : et ils dirent : ne sortez pas par la chaleur ! Dis : le feu de la Géhenne est plus chaud encore, si seulement ils comprenaient ! Qu’ils rient donc peu et pleurent beaucoup, en rétribution de ce qu’ils gagnaient (at-Tawba, 81-82).
Ibn Hicham rapporte, d’après Ishaq ibn Ibrahim ibn Abdallah ibn Haritha, d’après son père, d’après son grand-père, que le messager d’Allah apprit que des hypocrites se réunissaient dans la maison de Souwaylim le Juif, près de al-Jasoum, pour retenir les gens de la Ghazwa de Tabouk : il envoya Talha ibn Ubaydallah avec un groupe de ses compagnons, avec l’ordre d’y mettre le feu. Talha le fit : adh-Dhahhak ibn Khalifa força la maison par derrière et se cassa la jambe, tandis que ses compagnons s’enfuyaient. Adh-Dhahhak dit alors : Un feu, et la maison d’Allah, celle de Mohamed, que l’allume adh-Dhahhak, fils d’Abi Riq ! Je restai, emmailloté dans le carcan de Souwaylim, me traînant sur ma jambe brisée et mon coude ! Paix sur vous : à la semblable je ne reviendrai pas, craignant que quiconque le feu enveloppe ne soit brûlé ! Ibn Ishaq rapporte que le messager d’Allah s’appliqua dans son voyage et ordonna les équipements, exhortant les riches à dépenser et à porter dans la voie d’Allah : des hommes riches portèrent en visant la récompense, et Outhman ibn Affan dépensa une somme immense que nul n’égala. Ibn Hicham rapporte d’un homme sûr qu’Outhman dépensa dans l’armée de la peine, à Tabouk, mille dinars, et le messager d’Allah dit : « ô Allah, sois satisfait d’Outhman :
je le suis de lui ! » Ahmad rapporte, par Kathir, affranchi d’Abd ar-Rahman ibn Samura, qu’Outhman vint au Prophète avec mille dinars dans son habit, au moment de l’équipement de l’armée de la peine : il les versa dans le giron du Prophète, qui les retourna de sa main en disant : « Rien ne nuit à ibn Affan de ce qu’il fera après ce jour ! » Le Tirmidhi l’a rapporté et l’a jugé bon étrange. Abd ar-Rahman ibn Khabbab rapporte : le Prophète monta en chaire et exhorta pour l’armée de la peine. Outhman dit : à ma charge cent chameaux avec leurs harnais et leurs licols ! Puis le Prophète descendit de quelques marches, exhorta encore, et Outhman dit : à ma charge cent autres avec leurs harnais ! Et je vis le messager d’Allah mouvoir sa main ainsi, comme émerveillé : « Rien ne pèse à Outhman de ce qu’il fera après cela ! » Le Bayhaqi dit qu’il s’engagea trois fois, pour trois cents chameaux avec leurs harnais, et que le Prophète dit de la chaire : « Rien ne nuit à Outhman après cela ! » Abou Dawoud at-Tayalisi rapporte enfin qu’Outhman dit à Sa’d, Ali, az-Zoubayr et Talha : je vous adjure par Allah : savez-vous que le messager d’Allah dit : « Quiconque équipe l’armée de la peine, Allah lui pardonne » ? Et je les équipai jusqu’à ce qu’il ne leur restât plus rien à désirer.
Ibn Ishaq rapporte : après l’arrivée des gens de Ta’if en Ramadhan, dont nous avons traité au long, le messager d’Allah demeura le reste du Ramadhan, puis Chawwal et Dhou l-Qi’da, puis envoya Abou Bakr commandeur du pèlerinage de l’année neuf, pour présider le pèlerinage des musulmans, tandis que les associateurs observaient encore leurs rites et n’avaient pas été empêchés de la Maison, certains ayant un pacte à échéance. Quand Abou Bakr partit avec les musulmans et se fut éloigné de Médine, Allah fit descendre le début de la sourate du Repentir : Désaveu d’Allah et de Son messager envers les associateurs auxquels vous avez fait des pactes : parcourez la terre quatre mois, jusqu’à : et annonce du côté d’Allah et de Son messager, au jour du grand pèlerinage, qu’Allah est désavoué des associateurs, de même que Son messager. On lui demanda : ô messager d’Allah, ne l’envoies-tu pas à Abou Bakr ? Il dit : « Nul ne la transmettra pour moi hormis un homme de ma famille. » Puis il appela Ali ibn Abi Talib et lui dit :
« Pars avec ce passage du début de la Baraa, et annonce aux gens au jour de l’immolation, quand ils se rassembleront à Mina : nul mécréant n’entrera au Paradis ; nul associateur ne fera le pèlerinage après cette année ; nul nu ne fera la circumambulation de la Maison ; et quiconque a un pacte avec le messager d’Allah sera respecté jusqu’à son terme. » Ali partit sur al-’Adhba’, la chamelle du messager d’Allah, rejoignit Abou Bakr, qui demanda : commandeur ou chargé de mission ? Il dit : chargé de mission. Puis ils allèrent : Abou Bakr présida le pèlerinage des gens, les Arabes étant cette année-là dans leurs rites de la Jahiliya ; au jour de l’immolation, Ali se leva et proclama ce que le messager d’Allah lui avait ordonné, et l’on donna aux gens quatre mois à compter du jour de la proclamation, pour que chaque peuple regagnât son territoire ; puis nul pacte pour un associateur, hormis celui qui avait un pacte à échéance. Nul associateur ne fit plus le pèlerinage, et nul nu ne fit plus la circumambulation. Ce récit est rapporté sans lien chronologique par cette voie.
Le Boukhari rapporte, au chapitre du pèlerinage d’Abou Bakr, que le Prophète l’avait envoyé commandeur du pèlerinage avant celui d’adieu, avec des hommes qui proclamèrent aux gens : nul associateur ne fera le pèlerinage après cette année, et nul nu ne fera la circumambulation de la Maison. Dans une autre version : Abou Bakr m’envoya dans ce pèlerinage parmi les proclamateurs, qu’il envoya le jour de l’immolation proclamer à Mina : nul associateur ne fera le pèlerinage après cette année, et nul nu ne fera la circumambulation. Houmayd dit : puis le Prophète envoya Ali derrière lui, avec l’ordre de proclamer la Baraa. Abou Hourayra dit : Ali proclama avec nous parmi les gens de Mina, au jour de l’immolation, la Baraa : nul associateur ne fera le pèlerinage après cette année, et nul nu ne fera la circumambulation. Le Boukhari dit dans le livre du jihad : le jour du grand pèlerinage est le jour de l’immolation ; on l’a appelé le plus grand à cause de la parole des gens :
le petit pèlerinage. Abou Bakr proclama cela aux gens cette année-là, et nul associateur ne fit le pèlerinage de l’année d’adieu, celle où le messager d’Allah pèlerina. Mouslim l’a rapporté pareillement. Ahmad rapporte, par Mouharrir, fils d’Abou Hourayra : j’étais avec Ali quand le messager d’Allah l’envoya : que proclamiez-vous ? Nous proclamions : nul n’entrera au Paradis hormis un croyant ; nul nu ne fera la circumambulation de la Maison ; quiconque a un pacte avec le messager d’Allah, son terme, ou son délai, va jusqu’à quatre mois ; passé les quatre mois, Allah est désavoué des associateurs et Son messager aussi, et nul associateur ne fera le pèlerinage de cette Maison après cette année. Il disait : je proclamai jusqu’à m’enrouer. Nous disons : la chaîne est bonne, mais le propos du transmetteur : quiconque a un pacte, son terme va jusqu’à quatre mois, appelle la réserve :
le correct est que celui qui a un pacte est respecté jusqu’à son terme, fût-il au-delà de quatre mois ; celui qui n’a aucun pacte obtient quatre mois ; et il y a une troisième catégorie : celui dont le délai est moindre que quatre mois du jour du sursis, qui rejoint la première catégorie, ou auquel on accorde quatre mois, étant plus proche de celui qui n’a aucun pacte. Et Allah Très-Haut est le plus savant. Ahmad rapporte par Simak, d’après Anas, que le messager d’Allah envoya la Baraa avec Abou Bakr, et quand il atteignit Dhoul-Hulayfa, il dit : « Nul ne la transmettra hormis moi, ou un homme de ma famille. » Il l’envoya donc avec Ali. Le Tirmidhi l’a rapporté et l’a jugé bon étrange. Ibn Jarir rapporte, par Haywa, d’après Abou Sakhr, qu’il entendit Abou Mou’awiya al-Bajali dire qu’Abou as-Sahba’ al-Bakri avait interrogé Ali sur le jour du grand pèlerinage, et qu’Ali dit : le messager d’Allah envoya Abou Bakr présider le pèlerinage des gens, et m’envoya avec lui avec quarante versets de la Baraa, jusqu’à Arafat :
Abou Bakr fit le discours aux gens au jour d’Arafat ; puis, achevé, il se tourna vers moi et dit : lève-toi, ô Ali, transmets le message du messager d’Allah ! Je me levai et leur lus quarante versets de la Baraa ; puis nous nous rendîmes à Mina : je jetai les cailloux, immolai la bête, me rasai la tête ; et sachant que tous ceux du rassemblement n’avaient pas assisté au discours d’Abou Bakr au jour d’Arafat, je me mis à courir les tentes en les leur récitant. Ali dit : c’est depuis cela que vous croyez que c’est le jour de l’immolation, alors que c’est le jour d’Arafat ! Nous avons traité cette question au long dans le tafsir. Le Waqidi rapporte enfin qu’il était sorti avec Abou Bakr de Médine trois cents compagnons, dont Abd ar-Rahman ibn Awf ; Abou Bakr partit avec cinq bêtes d’immolation, et le messager d’Allah envoya avec lui vingt bêtes ; puis il lui envoya Ali derrière lui, qui le rejoignit à al-’Arj et proclama la Baraa devant le lieu saint.
En cette année neuf eurent lieu : la Ghazwa de Tabouk en Rajab ; la mort du Négus d’Abyssinie en Rajab, que le messager d’Allah annonça aux gens ; la mort d’Oum Koulthoum, fille du messager d’Allah, en Cha’bane : Asma bint Oumays et Safiyya bint Abd al-Muttalib la lavèrent, ou des femmes des Ansar parmi lesquelles Oum Atiyya. Cela est établi dans les deux Sahihs, et il est établi dans le hadith que quand le Prophète pria sur elle et voulut l’enterrer, il dit : « Nul n’entrera dans sa tombe cette nuit qui a partagé la couche de sa femme. » Son époux Outhman s’en abstint donc, et Abou Talha al-Ansari l’enterra. Nous disons : il est possible que le Prophète visât ceux qui se chargeaient de la creuse et de l’ensevelissement parmi les compagnons, comme Abou Oubayda et Abou Talha et leurs pareils, disant : n’entrera dans sa tombe que celui de ceux-ci qui n’aura pas partagé la couche de sa femme : car il est loin qu’Outhman n’eût que Oum Koulthoum pour épouse. Et Allah est le plus savant.
En cette année aussi firent paix le roi d’Ayla, les gens de Jarba, d’Adhrouh et le maître de Doumat al-Jandal, comme cela a été établi en leur lieu ; fut détruite la mosquée de la nuisance, que des hypocrites avaient bâtie à l’image d’une mosquée, maison de guerre dans le fond : le Prophète en ordonna la destruction, et elle fut brûlée. En Ramadhan arrivèrent les gens de Thaqif, qui firent paix pour leur peuple et repartirent avec la sûreté ; et l’idole al-Lat fut brisée. Vers la fin de l’année mourut Abdallah ibn Oubay ibn Saloul, chef des hypocrites, que Allah maudisse ; quelques mois avant lui mourut Mouawiya ibn Mouawiya al-Laythi, ou al-Muzani, sur lequel le messager d’Allah aurait fait la prière en descendant à Tabouk, si la nouvelle est juste. En cette année, Abou Bakr pèlerina avec les gens par la permission du messager d’Allah ; et ce fut l’année où vinrent les délégations des tribus arabes : c’est pourquoi l’année neuf fut appelée l’année des délégations.
Mohamed ibn Ishaq rapporte : quand le messager d’Allah eut conquis La Mecque, achevé Tabouk, et que Thaqif se fut convertie et eut prêté serment, les délégations des Arabes accoururent de toutes parts. Ibn Hicham rapporte d’Abou Oubayda que cela fut en l’année neuf, appelée l’année des délégations. Ibn Ishaq dit : les Arabes attendaient de la conversion de Quraysh le signal de la leur : car Quraysh était le guide des hommes, gens de la Maison et du Sanctuaire, descendants purs d’Ismaïl fils d’Abraham, chefs des Arabes qui ne le niaient pas ; et c’est Quraysh qui avait déchaîné la guerre contre le messager d’Allah et son adversaire. Quand La Mecque fut conquise et que Quraysh lui fit allégeance et embrassa l’islam, les Arabes surent qu’elles n’avaient ni force pour lui faire la guerre ni haine à lui opposer : elles entrèrent dans la religion d’Allah en foules, accourant de toutes parts, selon la parole du Très-Haut :
quand viennent le secours d’Allah et la conquête, et que tu vois les gens entrer dans la religion d’Allah en foules, célèbre donc la louange de ton Seigneur et implore Son pardon : Il est grand à accepter le repentir (an-Nasr, 1-3). Amr ibn Salama rapporte dans le Sahih du Boukhari que les Arabes attendaient de la conversion de Quraysh le signal de la leur, disant : laissez-le avec son peuple : s’il l’emporte sur eux, il est prophète véridique ! Quand la conquête survint, chaque peuple accourut à l’islam : mon père accourut à l’islam, et quand il vint, il dit : je suis venu de la part du Prophète pour de bon ! Le Prophète dit : « Priez telle prière à telle heure, et telle prière à telle heure ; quand l’heure de la prière viendra, que l’un de vous fasse l’appel, et que celui qui récite le plus de Coran vous dirige. »
Le Waqidi rapporte, d’après Kathir ibn Abdallah al-Muzani, de son père, de son grand-père, que la première délégation de Moudar au messager d’Allah fut de quatre cents hommes de Muzayna, en Rajab de l’année cinq : le messager d’Allah leur fit de leur propre pays leur terre d’émigration et dit : « Vous êtes des émigrés où que vous soyez : retournez à vos biens ! » Et ils retournèrent. Il rapporte aussi, d’après Hicham ibn al-Kalbi, que le premier de Muzayna fut Khouzai ibn Abd Nouhm, avec dix hommes de son peuple : il prêta serment pour l’islam de son peuple, mais le trouva à son retour autre qu’il ne l’espérait, et ils tardèrent. Le messager d’Allah ordonna à Hassan ibn Thabit de faire allusion à Khouzai sans le satiriser : Hassan composa des vers, qui parvinrent à Khouzai ; il s’en plaignit à son peuple, qui le défendit et se convertit avec lui, et il les amena au messager d’Allah. Au jour de la conquête, le Prophète confia l’étendard de Muzayna, qui étaient alors mille, à ce Khouzai, frère de lait d’Abdallah Dhou al-Bijadayn.
Le Boukhari rapporte, au chapitre de la délégation des Banu Tamim, d’après Imran ibn Houssayn : des gens des Banu Tamim vinrent au Prophète, qui dit : « Recevez la bonne nouvelle, ô Banu Tamim ! » Ils dirent : ô messager d’Allah, tu nous as donné la bonne nouvelle : donne-nous donc ! Et cela se vit sur son visage. Vint alors une délégation du Yémen, et il dit : « Recevez la bonne nouvelle, puisque les Banu Tamim ne l’ont pas acceptée ! » Ils dirent : nous l’acceptons, ô messager d’Allah ! Il rapporte aussi, d’après Ibn Abi Mulayka, qu’Abdallah ibn az-Zoubayr raconta qu’une délégation des Banu Tamim vint au Prophète. Abou Bakr dit : nomme al-Qa’qa’ ibn Ma’bad ibn Zurara à leur tête ! Oumar dit : plutôt al-Aqra’ ibn Habis ! Abou Bakr dit : tu n’as voulu que contredire mon avis ! Oumar dit : je n’ai pas voulu te contredire. Ils débattirent jusqu’à élever la voix, et descendit : ô vous qui croyez, ne devancez pas Allah et Son messager (al-Houjourat, 1), et le verset se poursuivit. Le Boukhari l’a rapporté par d’autres voies.
Mohamed ibn Ishaq rapporte : quand les délégations arabes vinrent au messager d’Allah, arriva Otard ibn Hajib ibn Zurara, à la tête des notables des Banu Tamim, parmi lesquels al-Aqra’ ibn Habis, az-Zibriqan ibn Badr, Amr ibn al-Ahtam, al-Habhab ibn Yazid, Nou’aym ibn Yazid, Qays ibn al-Harith et Qays ibn Asim, frère des Banu Sa’d, dans une grande délégation des Banu Tamim. Avec eux était Ouyayna ibn Hisn ibn Houdayfa ibn Badr al-Fazari : al-Aqra’ et Ouyayna avaient assisté avec le messager d’Allah à la conquête de La Mecque, à Hunayn et à Ta’if. Quand la délégation entra dans la mosquée, ils appelèrent le messager d’Allah derrière ses chambres : sors vers nous, ô Mohamed ! Ce cri blessa le messager d’Allah : il sortit vers eux, et ils dirent : ô Mohamed, nous sommes venus te défier : autorise donc notre orateur et notre poète ! Il dit : « J’ai autorisé ton orateur : qu’il parle ! » Otard ibn Hajib se leva et dit : Louange à Allah qui a sur nous le mérite et la grâce, qui nous a faits rois, nous a donné de grands biens où faire le bien, nous a faits les plus nobles des gens de l’orient, les plus nombreux et les mieux équipés : qui nous ressemble ? Ne sommes-nous pas les têtes des hommes et les premiers de leur mérite ? Quiconque se glorifie contre nous, qu’il énumère nos mérites ! Nous pourrions multiplier les paroles, mais nous avons honte de multiplier les dons qu’Allah nous a faits :
je dis cela pour que vous apportiez pareille parole et une affaire meilleure que la nôtre ! Puis il s’assit. Le messager d’Allah dit à Thabit ibn Qays ibn Chammas, frère des Banu al-Harith ibn al-Khazraj : « Lève-toi et réponds à l’homme dans son discours ! » Thabit se leva et dit : Louange à Allah qui a créé les cieux et la terre, y a décrété Son ordre, dont la science remplit Son Trône, et qui n’y a créé rien que par Sa grâce ; qui, par Sa puissance, nous a faits rois et a élu de Sa création un messager, noble par le lignage, véridique en la parole, supérieur en honneur : Il a fait descendre sur lui un Livre et l’a confié à Sa création, et il fut l’élu d’Allah parmi les mondes ; il appela les gens à la foi en Allah, et crurent au messager d’Allah ses émigrés et ses parents, les plus nobles par les lignages, les plus beaux des visages, les meilleurs des actes ; et nous fûmes les premiers de la création à répondre, et nous répondîmes à Allah quand le messager d’Allah nous appela : nous sommes les auxiliaires d’Allah et les vizirs de Son messager, nous combattons les gens jusqu’à ce qu’ils croient : quiconque croit en Allah et en Son messager, son sang et son bien sont préservés ; et quiconque mécroit, nous luttons contre lui à jamais, et sa mort est pour nous légère ! Voilà ma parole, et je demande pardon à Allah pour moi, pour vous et pour les croyants et croyantes : paix sur vous ! Az-Zibriqan ibn Badr se leva alors et dit :
« Nous sommes les nobles : nulle tribu ne nous égale ! De nous les rois, et chez nous se dressent les tentes marchandes ! Que de tribus nous avons dépassées toutes, aux duels comme dans la suite de l’honneur ! Nous nourrissons dans la disette : celui qui nous nourrit, du rôti, quand la disette ne s’y accorde pas ! Par ce que voient les gens, leurs délégations nous viennent de toute terre, et nous en usons ! Nous égorgeons les chameaux gras sur nos manteaux, aux visiteurs, quand ils descendent, repus ! Tu ne nous vois défier une tribu sans qu’elle ne reparte, la tête coupée ! Quiconque nous défie, nous le connaissons : le peuple repart et l’on écoute les nouvelles ! Nous avons refusé, et nul ne nous a refusé : ainsi sommes-nous dans la gloire, élevés ! » Hassan ibn Thabit était absent : le messager d’Allah l’envoya chercher.
Hassan dit : son messager vint m’informer qu’il ne m’appelait que pour répondre au poète des Banu Tamim. Je sortis en disant : Nous avons interdit au messager d’Allah, quand il s’établit en notre milieu, sur le nez d’un noble de Ma’dd méprisé ; Nous l’avons interdit quand il vint entre nos maisons, par nos épées, contre tout tyran et injuste ; En une maison aux racines d’honneur et de richesse, au versant du Jolan, au milieu des étrangers ! La gloire n’est-elle que fermeté, générosité et largesse, la noblesse des rois et le port des grandes charges ? Quand j’arrivai au messager d’Allah, le poète du peuple se leva et dit ce qu’il dit : je défiai sa parole et répondis à sa manière. Quand az-Zibriqan acheva, le messager d’Allah dit à Hassan ibn Thabit : « Lève-toi, ô Hassan, et réponds à l’homme ! » Hassan dit :
« Les tribus de Fihrr et leurs frères ont établi pour les gens une Sounna à suivre ; En elle se plaît quiconque a en secret la crainte de l’Éternel, et forge tout bien ; Un peuple qui, quand il combat, nuit à son ennemi, et quand il tente le bien pour ses alliés, profite : Tel est leur caractère, non une nouveauté : sache que le pire des caractères sont les nouveautés ! S’il y a chez les hommes des devanciers après eux, toute course suit leur moindre course ; Les gens ne rapiècent pas ce que leurs paumes ont usé à la défense, et ne délaissent pas ce qu’ils ont rapiécé ; S’ils devancent les hommes un jour, leur course est gagnée, ou s’égalant aux nobles, ils ont goûté la largesse ; Une chasteté mentionnée dans la révélation, sans convoitise et sans tache de cupidité ; Ils ne sont point avares envers le voisin de leur faveur, et nul appétit ne les touche ; Quand nous avons tendu le piège à une tribu, les cervelles ne s’y penchent pas comme la grive vers la bête sauvage ; Nous chevauchons quand la guerre enlève ses griffes, quand les fougueux s’alarment de ses griffes ; Ils ne se glorifient pas d’avoir atteint leur ennemi, et s’ils sont frappés, ni honte ni panique :
Comme des lions dans la bataille où la mort les attend, aux bracelets sur les pattes ; Prends d’eux ce qu’ils t’apportent de pardon quand ils sont fâchés, et ne te soucie pas de ce qu’ils ont refusé ; Car dans leur guerre laisse leur inimitié : un mal sur lequel on tranche le poison et le bouclier ! Honore parmi les gens le messager d’Allah et sa suite, quand les sectes se divergent ; Mon cœur, qui le soutient dans ce que j’aime, a le mieux conduit mon éloge :
une langue savante ; Car ils sont le meilleur des vivants tous, si dans les gens l’éloge est vivace ! » Ibn Hicham rapporte aussi d’un maître en poésie des Banu Tamim qu’az-Zibriqan dit à son arrivée : Nous venons à toi pour que les gens connaissent notre mérite, quand ils divergent au déclin des foires ; Que nous sommes les rameaux des hommes en tout lieu, et que nul au pays du Hijaz n’égale notre demeure ; Que nous repoussons les buveurs de lait quand ils s’enivrent, et frappons la tête du buveur de vin emporté ; Qu’à nous la préséance en toute razzia, chez le Najd ou chez les étrangers ! Et Hassan se leva et répondit : La gloire n’est-elle que fermeté, générosité et largesse, la noblesse des rois et le port des grandes charges ? Nous avons secouru et hébergé le Prophète Mohamed, sur le nez d’un noble de Ma’dd méprisé ; Par une tribu aux racines d’honneur, au versant du Jolan, au milieu des étrangers !
Nous l’avons secouru quand il vint entre nos demeures, par nos épées, contre tout tyran et injuste ; Nous avons placé nos fils et nos filles pour le défendre, et sacrifié nos âmes pour la part du butin ; Nous avons frappé les hommes jusqu’à ce qu’ils se succédassent à sa religion, par les épées tranchantes ! Nous avons engendré de Quraysh sa noblesse, et engendré le Prophète du bien, de la maison de Hachim ! Fils de Darim, ne vous glorifiez pas : votre gloire reviendra au détriment, au rappel des grandeurs ! Vous vous êtes égarés en nous glorifiant, et vous êtes pour nous des serviteurs entre la poitrine et la servante ! Si vous êtes venus pour répandre vos sangs et vos biens aux lieux du partage, Ne mettez donc pas d’égal à Allah, et convertissez-vous, et ne revêtez pas l’habit des étrangers !
Ibn Ishaq rapporte qu’al-Aqra’ ibn Habis dit, quand Hassan eut achevé : par mon père, voilà un homme éprouvé : son orateur est plus éloquent que le nôtre, son poète plus poète que le nôtre, et leurs voix plus hautes que les nôtres ! Quand le peuple eut fini, il se convertit, et le messager d’Allah leur donna de bons présents. Amr ibn al-Ahtam, que le peuple avait laissé dans les tentes, était le plus jeune d’entre eux : Qays ibn Asim, qui le détestait, dit : ô messager d’Allah, un homme de nous est resté dans nos tentes : c’est un garçon jeune ! Et il le déprécia. Le messager d’Allah lui donna l’égal de ce qu’il donna au peuple. Amr dit alors, quand on lui rapporta les paroles de Qays : Tu es demeuré un flatteur des plaines m’injuriant auprès du messager, sans dire vrai ni atteindre ! Vos fermes en fermes, plats en plats : une plaine creuse, fautive ! Le Bayhaqi rapporte, par Ya’qoub ibn Soufyan, de Soulayman ibn Harb, de Hammad ibn Zayd, de Mohamed ibn az-Zoubayr al-Hanzali, que vinrent au messager d’Allah az-Zibriqan ibn Badr, Qays ibn Asim et Amr ibn al-Ahtam. Il dit à Amr : informe-moi au sujet d’az-Zibriqan : celui-ci, je ne t’interroge pas sur lui, voulant dire Qays, qu’il connaissait déjà. Amr dit : obéi dans son entourage, d’une violence prononcée, refusant ce qui est derrière son dos ! Az-Zibriqan dit : il a dit ce qu’il a dit, sachant que je vaux mieux que sa parole !
Amr dit : par Allah, je ne t’ai connu que comme le flûtiste de la virilité, à l’enclos étroit, au père stupide, au lignage vil ! Puis il dit : ô messager d’Allah, j’ai dit vrai des deux : contenté, j’ai dit le meilleur que je sache de lui ; irrité, le pire ! Et le messager d’Allah dit : « De l’éloquence, il y a de la magie ! » Ce récit est sans lien chronologique par cette voie ; le Bayhaqi le rapporte aussi, par une chaîne étrange, d’après Ibn Abbas : s’assirent auprès du messager d’Allah Qays ibn Asim, az-Zibriqan ibn Badr et Amr ibn al-Ahtam. Az-Zibriqan se vanta : ô messager d’Allah, je suis le seigneur des Banu Tamim, leur obéi et celui qui leur répond, le plus prompt à les préserver de l’injustice et à prendre pour eux leurs droits : celui-ci le sait ! Amr dit : il est d’une violence prononcée, refuse son voisinage, obéi dans son entourage ! Az-Zibriqan dit : par Allah, ô messager d’Allah, il sait autre de moi que ce qu’il a dit : seule l’envie l’a retenu de parler ! Amr dit : moi, t’envier ? Par Allah, tu es d’un lignage vil, de richesse récente, au père stupide, un perditeur dans ta tribu ! Par Allah, ô messager d’Allah, j’ai dit vrai en première et dernière parole : je suis un homme qui, contenté, dit le meilleur qu’il sait, et fâché, le plus laid qu’il trouve ! Et le messager d’Allah dit : « De l’éloquence, il y a de la magie ! »
Le Waqidi mentionne la cause de leur venue : ils avaient dégainé les armes contre Khouza’a, et le messager d’Allah leur envoya Ouyayna ibn Badr en cinquante hommes, sans Ansar ni émigré : il fit onze hommes captifs, onze femmes et trente enfants. Leurs chefs vinrent pour leurs captifs : on dit que quatre-vingt-dix ou quatre-vingts hommes vinrent alors, dont Otard, az-Zibriqan, Qays ibn Asim, Qays ibn al-Harith, Nou’aym ibn Sa’d, al-Aqra’ ibn Habis, Rabah ibn al-Harith et Amr ibn al-Ahtam. Ils entrèrent dans la mosquée alors que Bilal avait appelé le dhouhr et que les gens attendaient la sortie du messager d’Allah : eux se hâtèrent et l’appelèrent derrière les chambres, et il leur en descendit ce qui en descendit. Le Waqidi mentionne ensuite leur orateur et leur poète, et que le Prophète leur accorda pour chaque homme douze onces et demie, hormis Amr ibn al-Ahtam qui ne reçut que cinq onces, pour la jeunesse de son âge.
Et Allah est le plus savant. Ibn Ishaq rapporte qu’il leur descendit du Coran : ceux qui t’appellent derrière les chambres, la plupart d’entre eux ne raisonnent pas ; et s’ils patientaient jusqu’à ce que tu sortes vers eux, cela serait meilleur pour eux : Allah est Pardonneur et Miséricordieux. Ibn Jarir rapporte, par al-Bara’, que la parole : ceux qui t’appellent derrière les chambres, eut pour cause qu’un homme vint au messager d’Allah et dit : ô Mohamed, mon éloge est beau, et mon blâme laid ! Il dit : « Cela appartient à Allah ! » Et la chaîne est bonne et continue. Al-Hasan al-Basri et Qatada le rapportent aussi sans lien. On a même nommé cet homme : Ahmad rapporte, par Moussa ibn Oqba, d’après Abou Salama ibn Abd ar-Rahman, qu’al-Aqra’ ibn Habis appela le messager d’Allah derrière les chambres, et le hadith s’y poursuit.