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La mission du Prophète : les annonces des Livres anciens, le pacte des prophètes, l'invocation d'Abraham, les devins et le lancement des météores, Zayd ibn Sou'na, Salman le Perse, la description dans la Torah et l'Évangile, Sayf ibn Dhi Yazan.
Mis à jour le 07 septembre 2026 à 23h07
Mohamed ibn Ishaq rapporte que les savants des Juifs, les moines des chrétiens et les devins des Arabes avaient déjà parlé de l’affaire du messager d’Allah avant sa mission, quand son temps approcha. Les savants des Juifs et les moines des chrétiens l’annoncèrent d’après ce qu’ils trouvaient dans leurs Livres sur sa description, la description de son époque et le délai depuis leurs prophètes, selon la parole du Très-Haut : ceux qui suivent le messager, le prophète analphabète, qu’ils trouvent écrit chez eux dans la Torah et l’Évangile (al-A’raf, 157), et : et quand ’Issa fils de Marie dit : ô fils d’Israël, je suis le messager d’Allah vers vous, confirmateur de la Torah avant moi, et annonciateur d’un messager venant après moi, nommé Ahmad (as-Saff, 6), et : Mohamed est le messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux :
tu les vois s’incliner, se prosterner, recherchant faveur et satisfaction d’Allah : leur marque est sur leurs visages, du geste de la prosternation : tel est leur exemple dans la Torah, et leur exemple dans l’Évangile (al-Fath, 29). Allah fit aussi prendre aux prophètes le pacte : quand viendra à vous un messager confirmant ce que vous avez, vous croirez en lui et vous l’aiderez (Al Imran, 81). Et le Boukhari rapporte d’après Ibn Abbas : Allah n’a jamais envoyé de prophète sans avoir pris sur lui le pacte que, si Mohamed était envoyé de son vivant, il croirait en lui et l’aiderait, et il lui ordonnait de prendre sur sa communauté le pacte de croire en lui et de le suivre s’il était envoyé de leur vivant : on apprend de cela que tous les prophètes annoncèrent et ordonnèrent de le suivre. Abraham avait aussi invoqué pour les gens de La Mecque : Seigneur, envoie parmi eux un messager d’entre eux, qui leur récite Tes versets (al-Baqara, 129).
L’imam Ahmad rapporte, d’après Abou Oumama, qui dit : ô messager d’Allah, quel fut le commencement de ton affaire ? Il dit : « L’invocation de mon père Abraham, l’annonce d’Issa, et ma mère vit sortir d’elle une lumière qui éclaira les palais de la Syrie. » Mohamed ibn Ishaq le rapporte pareillement. Nous disons : il entendait le commencement de son affaire parmi les gens, la renommée de son nom et sa diffusion : aussi mentionna-t-il l’invocation d’Abraham, duquel les Arabes sont issus, puis l’annonce d’Issa, sceau des prophètes des fils d’Israël : cela prouve que les prophètes entre les deux l’annoncèrent aussi. Quant à l’assemblée supérieure, son affaire y était célèbre et connue avant même la création d’Adam, comme le rapporte Ahmad d’après al-’Irbad ibn Sariya que le messager d’Allah dit : « Je suis le serviteur d’Allah et le sceau des prophètes, et Adam est encore pétri dans sa glaise :
je vous informerai du commencement de cela : l’invocation de mon père Abraham, l’annonce d’Issa à mon sujet, et la vision de ma mère ; ainsi les mères des prophètes voient en songe. » On rapporte aussi qu’il dit : elle vit, au moment où elle mit au monde, une lumière dont s’illuminèrent les palais de la Syrie. Ahmad rapporte aussi, d’après Mayssara al-Fajr, qui dit : ô messager d’Allah, quand étais-tu prophète ? Il dit : « Quand Adam était entre le souffle et le corps. » Il est rapporté pareillement d’après Abou Hourayra : on demanda au messager d’Allah quand la prophétie lui devint due, et il dit : « Entre la création d’Adam et l’insufflation de l’esprit en lui. » Et dans le hadith d’après Qatada au sujet du verset : et quand Nous prîmes des prophètes leur pacte, et de toi, et de Nouh (al-Ahzab, 7), le messager d’Allah dit : « J’ai été le premier des prophètes en la création et le dernier d’entre eux en la mission. »
Quant aux devins des Arabes, les démons parmi les jinn leur apportaient les nouvelles volées du ciel, à une époque où le ciel n’était pas encore gardé par les météores lancés. Le devin et la devineuse ne cessaient de rapporter une part de ces nouvelles, sans que les Arabes n’y prêtassent grande attention, jusqu’à ce qu’Allah envoyât Son prophète : alors les démons furent empêchés d’écouter, on dressa entre eux et les sièges d’écoute une barrière de météores, et les jinn comprirent qu’un décret d’Allah venait d’advenir. Sur cela descendit : dis : il m’a été révélé qu’un groupe de jinn écouta, puis dit : nous avons entendu une lecture étonnante qui guide vers la droiture (al-Jinn, 1-2), et : et quand Nous détournâmes vers toi un groupe de jinn qui écoutaient le Coran (al-Ahqaf, 29-30). Ya’qoub ibn Outba rapporte que le premier des Arabes alerté par le lancement des météores fut ce clan de Thaqif : ils vinrent à un homme très perspicace, Amr ibn Oumayya des Banu Ilaj, qui rejeta cette explication et leur dit : regardez : si ce sont les étoiles-guides des terres et des mers, par lesquelles les saisons d’été et d’hiver sont connues :
par Allah, c’est la fin du monde et la perdition de cette création ; et si ce sont d’autres étoiles, restées en place : cela vient d’un décret par lequel Allah veut quelque chose pour cette création : cherchez ce que c’est ! Ibn Ishaq rapporte aussi l’histoire d’al-Ghaytala, devineuse des Banu Sahm, chez qui son compagnon vint une nuit et dit : sache ce que je sais : un jour d’abattoir et d’immolation ! Puis il revint une autre nuit et dit : des vallées, quelles vallées ! Un genou du Sud y sera terrassé. Quraysh, à qui cela parvint, dit : que veut-il dire ? Un événement doit advenir : cherchez-le ! Ils ne le reconnurent qu’aux batailles de Badr et d’Ouhoud dans la vallée, et surent que c’était ce que le djinn avait rapporté. Et un devin du clan de Janb, au Yémen, quand la nouvelle du messager d’Allah se répandit parmi les Arabes, monta vers les siens réunis au pied de sa montagne, leva longtemps la tête vers le ciel, puis dit : ô gens, Allah a honoré Mohamed, l’a élu, purifié son cœur et l’a rempli ; son séjour parmi vous, ô gens, sera bref ! Puis il rentra dans sa montagne.
Asim ibn Omar ibn Qatada rapporte que, parmi ce qui les appela à l’islam, avec la miséricorde d’Allah et Sa guidance, fut qu’ils entendaient un homme des Juifs, gens du Livre versés en science dont ils étaient dépourvus, dire, chaque fois qu’ils leur faisaient éprouver quelque disgrâce : le temps du prophète qui va être envoyé est proche : nous vous tuerons avec lui comme ’Ad et Iram furent tués ! Puis, quand Allah envoya le messager d’Allah, ils répondirent à son appel, reconnaissant ce dont les Juifs les avaient menacés, et les devancèrent vers lui : ils crurent en lui, tandis que les Juifs mécroyaient par envie. Sur eux et eux descendit : et quand leur vint un Livre d’Allah confirmant ce qu’ils avaient, eux qui auparavant imploraient la victoire contre les mécréants, quand leur vint ce qu’ils reconnaissaient, ils le nièrent : que la malédiction d’Allah soit sur les mécréants (al-Baqara, 89). Warqa’ rapporte que les Juifs disaient : ô Allah, envoie-nous ce prophète pour qu’il juge entre nous et les gens ! Et Sa’id ibn Joubayr rapporte que les Juifs de Khaybar, chaque fois qu’ils affrontaient Ghatafan et étaient battus, imploraient : ô Allah, nous Te demandons par le droit de Mohamed, le prophète analphabète que Tu as promis de faire sortir pour nous à la fin des temps : donne-nous la victoire sur eux ! Et ils battaient Ghatafan. Puis, quand le Prophète fut envoyé, ils mécroyèrent en lui.
Salama ibn Salama ibn Waqch, un homme de Badr, raconte qu’il avait un voisin parmi les Juifs chez les Banu Abd al-Achhal. Un jour le Juif sortit de chez lui et se tint devant eux, racontant la résurrection, l’envoi, le jugement, la balance, le Paradis et le Feu. Ils dirent : malheur à toi ! Vois-tu cela advenir : les gens ressuscités après leur mort vers une demeure où sont Paradis et Feu, rétribués selon leurs actes ? Il dit : oui, par Celui devant qui on jure ! Et j’aimerais, pour ma part du Feu, qu’on me donne le plus grand four de la ville, où je me chauffe, puis on m’y jette, si je suis sauvé demain de ce Feu-là ! Ils dirent : et quel signe en as-tu ? Il dit : un prophète sera envoyé du voisinage de ces terres : et il montra de la main vers La Mecque et le Yémen. On lui demanda : quand le verras-tu ? Il regarda vers moi, qui étais le plus jeune d’entre eux, et dit : si ce jeune homme use son âge, il l’atteindra. Salama dit : par Allah, ni la nuit ni le jour ne passèrent sans qu’Allah eût envoyé Son messager, vivant parmi nous : nous crûmes en lui, et le Juif mécroit par envie. Nous lui dîmes : malheur à toi ! N’es-tu pas celui qui nous a dit cela ? Il dit : si, mais ce n’est pas lui. Abou Nouaym rapporte de même que le seul Juif des Banu Abd al-Achhal, appelé Youcha’, dit à Salama, alors enfant : l’heure est venue d’un prophète qui sortira du voisinage de cette Maison : quiconque l’atteint, qu’il le tienne pour véridique !
Un cheikh des Banu Qurayza raconta aussi à Asim l’histoire du rabbin venu de Syrie, dit Ibn al-Hayyaban, établi parmi eux avant l’islam : par Allah, nous n’avons jamais vu homme qui fît plus de prières que lui. Quand la sécheresse venait, nous lui disions : sors, ô Ibn al-Hayyaban, implore la pluie pour nous ! Il disait : non, par Allah, qu’on ne présente pas d’abord une aumône ! Et l’on donnait un sâ de dattes ou deux moudds d’orge ; puis il sortait avec nous aux abords de notre harra, implorait, et ne quittait pas sa place avant que les nuages ne passent et que la pluie tombât : cela arriva bien des fois. Quand la mort le saisit, il dit : ô assemblée des Juifs, que croyez-vous que je sois venu des terres du vin et des délices vers ces terres de misère et de faim, sinon que j’attendais la sortie d’un prophète dont le temps était venu ? Cette cité sera sa terre d’émigration :
j’espérais sa mission pour le suivre ; et son temps est déjà venu : ne vous laissez donc pas devancer, ô assemblée des Juifs ! Il sera envoyé avec l’effusion du sang et la capture des captifs parmi ceux qui le contredisent : que cela ne vous empêche donc pas de le suivre ! Quand le messager d’Allah fut envoyé et assiégea les Banu Qurayza, ces jeunes gens, encore adolescents, dirent : ô Banu Qurayza, par Allah, c’est bien le prophète que Ibn al-Hayyaban vous a promis ! Ils dirent : ce n’est pas lui. Ils dirent : si, par Allah, c’est lui, à sa description ! Et ils descendirent, embrassèrent l’islam et préservèrent ainsi leur sang, leurs biens et leurs familles. Nous avons déjà rapporté aussi les deux rabbins qui détournèrent Tobba le Yéménite d’assiéger Médine : elle est la terre d’émigration d’un prophète qui sera envoyé à la fin des temps.
Abou Nouaym rapporte d’après Mohamed ibn Hamza, de son père, de son grand-père Abdallah ibn Salam, que le fils de ce dernier raconta : quand Allah voulut guider Zayd ibn Sou’na, celui-ci dit : il ne reste des marques de la prophétie rien que je n’aie reconnu au visage de Mohamed, hormis deux que je ne lui ai pas encore éprouvées : que sa patience devance sa colère, et que l’excès de la folie ne fasse qu’augmenter sa patience. Je m’arrangeai pour le fréquenter. Il lui prêta de l’argent à échéance sur des dattes ; et quand le terme vint, il le saisit par le col de sa chemise et de son manteau, au milieu d’un convoi funèbre avec ses compagnons, le regardant d’un œil sévère : ô Mohamed, ne me payeras-tu pas mon dû ? Par Allah, je sais que vous, fils d’Abd al-Muttalib, vous êtes des payeurs trop lents ! Oumar le regarda, les yeux tournoyant comme une roue, et dit : ennemi d’Allah ! Tu dis au messager d’Allah ce que j’entends et tu fais ce que je vois ? Par Celui qui l’a envoyé avec la vérité, sans la crainte de le perdre, je te trancherais la tête de mon sabre ! Et le messager d’Allah regardait Oumar en sérénité, souriant, puis dit : moi et lui, ô Oumar, avons plus besoin que tu me commandes de bien payer, et que tu lui commandes de bien demander : emmène-le donc, ô Oumar, paie-lui son dû, et ajoute vingt sâ de dattes ! Et Zayd ibn Sou’na se convertit, assista aux autres scènes avec le messager d’Allah, et mourut l’année de Tabouk.
Ibn Ishaq rapporte l’histoire de Salman de sa propre bouche, d’après Ibn Abbas : « J’étais un Perse d’Esphahan, d’un village appelé Jayy, et mon père en était le dihqan. J’étais le plus cher de ses enfants au point de m’enfermer dans sa maison comme une jeune fille. Je m’appliquai dans le mazdéisme jusqu’à garder le feu qu’il entretenait, sans le laisser s’éteindre une heure. Mon père avait une grande propriété ; un jour, occupé à une construction, il me dit : ô mon fils, je suis retenu ce jour par ma construction : va à la propriété, inspecte-la, et j’y ai des instructions pour toi ; et ne m’y retarde pas : tu m’y es plus cher que la propriété. Je sortis pour la propriété et passai devant une église chrétienne où j’entendis leurs voix en prière. Je n’y compris rien : je n’avais jamais connu d’autre religion que celle de mon père, qui m’enfermait. J’entrai les observer : leur prière m’émerveilla et leur religion me plut. Je dis :
par Allah, cela est meilleur que la religion qui est la nôtre ! Je restai jusqu’au coucher du soleil, oubliant la propriété de mon père. Je leur demandai où était l’origine de cette religion : ils dirent : en Syrie. Je rentrai à la nuit : mon père avait envoyé des gens à ma recherche. Il dit : ô mon fils, où étais-tu ? Ne t’avais-je pas confié ce que je t’avais confié ? Je dis : ô mon père, je passai devant des gens qui priaient dans leur église : leur religion m’a plu, et je restai jusqu’au coucher du soleil. Il dit : ô mon fils, il n’y a pas de bien en cette religion : ta religion et celle de tes pères est meilleure. Je dis : non, par Allah, elle est meilleure que la nôtre ! Il me craignit alors, me mit une chaîne au pied et m’enferma. J’envoyai dire aux chrétiens : quand une caravane de Syrie arrivera chez vous, informez-moi ! Une caravane de marchands chrétiens arriva : ils me l’annoncèrent, et quand ils voulaient rentrer, ils m’en informèrent.
Je détachai le fer de ma jambe et partis avec eux jusqu’en Syrie. Je demandai : quel est le plus savant de cette religion ? Ils dirent : l’évêque de l’église. Je vins le voir et lui dis : j’ai pris goût à cette religion et j’aimerais rester avec toi, te servir dans ton église, apprendre de toi et prier avec toi. Il dit : entre ! J’entrai avec lui : c’était un homme mauvais, qui leur commandait l’aumône et les y exhortait, mais gardait pour lui tout ce qu’ils apportaient, sans rien donner aux pauvres, jusqu’à amasser sept jarres d’or. Je le pris en horreur pour ce qu’il faisait ; puis il mourut. Les chrétiens s’assemblèrent pour l’enterrer : je leur dis : c’était un homme mauvais, qui vous commandait l’aumône et la gardait pour lui sans rien donner aux pauvres ! Ils dirent : et comment le sais-tu ? Je dis : je vous montrerai son trésor ! Je leur montrai le lieu : ils en sortirent sept jarres pleines d’or. Ils dirent :
jamais nous ne l’enterrerons ! Et ils le crucifièrent et le lapidèrent, puis prirent un autre homme à sa place. Salman dit : jamais je n’ai vu un homme faire plus de prières, être plus ascète en ce monde ni plus avide de l’au-delà, plus assidu nuit et jour, que ce nouvel homme : je l’aimai comme jamais je n’avais aimé pareil. Je demeurai avec lui quelque temps, jusqu’à ce que la mort le saisît. Je lui dis : je fus avec toi, t’aimant comme jamais ; et voici que le décret d’Allah t’atteint : à qui me recommandes-tu, et que m’ordonnes-tu ? Il dit : ô mon fils, par Allah, je ne connais plus personne qui soit sur ce que j’étais : les gens ont péri, changé et abandonné la plupart de ce qu’ils pratiquaient ; hormis un homme à Mossoul, un tel, qui est sur ce que j’étais : rejoins-le ! Quand il mourut et qu’on l’eut enseveli, je rejoignis l’homme de Mossoul et lui racontai mon histoire : il me dit : reste avec moi !
Je le trouvai le meilleur des hommes sur l’affaire de son maître ; puis il mourut. À sa mort je lui dis : un tel m’avait recommandé à l’homme de Mossoul, qui m’a recommandé à toi : à qui me recommandes-tu ? Il dit : ô mon fils, je ne connais plus personne sur notre religion hormis un homme à Nisibis : rejoins-le ! J’y allai, le trouvai sur la religion de mes deux maîtres ; puis il mourut, et à sa mort il me dit : je ne connais plus personne sur notre religion hormis un homme à Ammuriya, au pays des Byzantins : va vers lui si tu veux, car il est sur notre religion. Quand il mourut, je rejoignis l’homme d’Ammuriya et restai auprès de lui : c’était le meilleur des hommes sur la guidance de ses maîtres. Je travaillai jusqu’à posséder des vaches et du bétail. Puis le décret d’Allah le saisit : à sa mort je lui dis : à qui me recommandes-tu ? Il dit : ô mon fils, par Allah, je ne connais plus personne sur notre religion :
mais voici que le temps d’un prophète envoyé avec la religion d’Abraham est venu, qui sortira sur la terre des Arabes. Sa terre d’émigration sera une terre entre deux harra, entre lesquelles sont des palmiers : il porte des marques qui ne se cachent pas : il mange le don mais pas l’aumône, et entre ses deux épaules est le sceau de la prophétie. Si tu peux rejoindre ce pays, fais-le ! Puis il mourut. Je demeurai à Ammuriya jusqu’à ce qu’une caravane de Kalb, marchands, passât : je leur dis : emmenez-moi au pays des Arabes, et je vous donne mes vaches et mon bétail ! Ils acceptèrent, me transportèrent avec eux ; mais en arrivant au wadi al-Qoura ils m’opprimèrent et me vendirent comme esclave à un Juif. Je restai chez lui et vis les palmiers : j’espérai que ce fût la terre décrite par mon maître, mais je ne m’y confirmai pas. Son cousin des Banu Qurayza de Médine vint le voir, m’acheta de lui et m’emmena à Médine : à peine la vis-je que je la reconnus à la description de mon maître.
Le messager d’Allah fut envoyé et demeura à La Mecque sans que je n’en entendisse rien, retenu par ma servitude ; puis il émigra à Médine. J’étais au sommet d’un palmier de mon maître, à travailler, quand vint son cousin qui dit : que les Banu Qayla périssent ! Ils se réunissent en ce moment à Qouba autour d’un homme venu de La Mecque, qu’ils prétendent être prophète ! À ces mots la fièvre me saisit jusqu’à me croire tomber sur mon maître : je descendis de l’arbre et le questionnai. Mon maître me frappa d’un coup violent : à toi ton travail ! Je dis : rien : je voulais seulement confirmer sa parole. J’avais de l’argent en réserve : le soir je le pris et allai au messager d’Allah à Qouba, et lui dis : on m’a dit que tu es un homme vertueux, et que tu as des compagnons étrangers dans le besoin : voici de l’argent que j’avais destiné à l’aumône : je vous vois plus dignes de l’avoir ! Je le lui approchai : il dit à ses compagnons :
mangez ! Et retint sa main sans manger. Je me dis : voilà une première ! Puis j’en rassemblai une autre somme ; le messager d’Allah s’était installé à Médine. Je vins et dis : j’ai vu que tu ne manges pas l’aumône : voici un don avec lequel je t’honore ! Il en mangea et fit manger ses compagnons. Je me dis : voilà la deuxième ! Puis je vins le trouver au cimetière, assistant aux funérailles d’un de ses compagnons : il portait deux manteaux, assis parmi les siens. Je le saluai, puis me plaçant derrière lui, je regardai son dos pour voir le sceau décrit par mon maître. Le messager d’Allah, me voyant, sut que je cherchais une chose décrite pour moi : il lâcha son manteau de ses épaules. Je vis le sceau et le reconnus : je me jetai sur lui en l’embrassant et en pleurant. Le messager d’Allah dit : approche-toi ! Et je me tins devant lui et lui racontai toute mon histoire : ses compagnons furent émerveillés de l’entendre. »
Salman dit ensuite : « La servitude me retint et me firent manquer Badr et Ouhoud. Puis le messager d’Allah me dit : écris un contrat, ô Salman ! J’écrivis à mon maître un contrat sur trois cents palmiers que j’en planterais et quarante onces. Le messager d’Allah dit à ses compagnons : aidez votre frère ! L’un m’aida de trente plants, l’autre de vingt, l’autre de quinze, l’autre de dix : chacun au prorata de ce qu’il avait, jusqu’à ce que trois cents plants me fussent réunis. Il me dit : va, ô Salman, et plante-les ; quand tu auras fini, viens me voir : c’est moi qui les planterai de ma main. Je plantai avec l’aide de mes compagnons, et quand ce fut fini je le vins informer : il sortit avec moi, et nous lui apportions les plants qu’il plantait de sa main. Par Celui qui tient l’âme de Salman en Sa main, aucun plant n’en mourut ! Je remis les palmiers, et il ne me restait que l’argent. On apporta au messager d’Allah une pépite d’or grosse d’un œuf de poule : il dit : où est le Perse en contrat ? On m’appela. Il dit : prends ceci et paie ce qui te reste ! Je dis : ô messager d’Allah, qu’est-ce que cela envers ce qui me reste ?
Il dit : prends : Allah t’en acquittera ! Je la pesai : par Celui qui tient mon âme, quarante onces exactement ! Je m’acquittai, et Salman fut affranchi : je participai au Fossé avec le messager d’Allah, libre, et plus aucune scène ne m’échappa avec lui. » Dans une version, le Prophète prit la pépite, la retourna sur sa langue, puis dit : prends-la et paie-les-en ! Abou Bakr le Véridique l’acheta ensuite à son maître et l’affranchit selon une autre version. Interrogé sur la religion des chrétiens, Salman rapporta que le Prophète dit : il n’y a pas de bien en eux ; et Salman songea à ceux qu’il avait côtoyés et à ce juste homme de Bayt al-Maqdis, jusqu’à ce que descendît : tu trouveras que les plus acharnés ennemis des croyants sont les Juifs et les associateurs, et que les plus proches d’eux par l’affection sont ceux qui disent : nous sommes chrétiens (al-Ma’ida, 82). Le Prophète l’appela et lui dit : « ô Salman, ceux-là sont ceux avec qui tu étais : ton maître et les siens n’étaient pas chrétiens, mais des musulmans ! » Et Salman dit : par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, c’est bien lui qui m’a ordonné de te suivre !
Abou Nouaym rapporte, d’après Si’r ibn Sawada al-’Amiri, un marchand caravanier, qu’il entra à La Mecque un jour de foire, et vit un homme d’un âge vénéré, couronné d’un turban noir, entouré de grands cheiks silencieux : c’était Hachim ibn Abd Manaf présidant la rifada, le festin des pèlerins. Un savant de Syrie lui avait dit que l’heure du prophète analphabète approchait : il le salua comme messager d’Allah, mais l’on lui expliqua que c’était Hachim. Il dit en sortant : voilà la vraie gloire, non la gloire de la maison de Jafna ! Et le même recueil rapporte qu’Abou Talib racontait d’Abd al-Muttalib une vision : je dormais dans l’enceinte de la Kaaba quand je vis un arbre pousser jusqu’à toucher le ciel, étendant ses branches vers l’orient et l’occident, avec une lumière plus éclatante que le soleil soixante-dix fois ; les Arabes et les Perses se prosternaient devant elle ; des gens de Quraysh s’y accrochaient, tandis que d’autres voulaient la couper : un jeune homme d’une beauté sans pareille les en empêchait, leur brisant le dos et arrachant leurs yeux. Je voulus prendre ma part : le jeune homme la refusa, disant : la part est à ceux qui s’y sont accrochés ! La devineuse de Quraysh dit : si ta vision est vraie, il sortira de toi un homme qui possédera l’orient et l’occident, et les gens embrasseront sa religion ! Et elle dit à Abou Talib : peut-être seras-tu ce rejeton. Abou Talib racontait cette histoire après la naissance et la mission du Prophète ; et quand on lui disait : ne crois-tu pas ? Il disait : malédiction et opprobre !
Abou Nouaym rapporte aussi d’après al-’Abbas lui-même une longue histoire : parti commercer au Yémen avec Abou Soufyan, il apprit de sa lettre d’un fils que Mohamed avait proclamé au batn : je suis le messager d’Allah, appelant à Lui ! Al-’Abbas dit : je dis : peut-être est-il véridique ! Abou Soufyan dit : malheur à toi, et par Allah, jamais je ne voudrais qu’il dît cela : Quraysh vous promet toujours honneur et générosité, et voici votre malheur ! Il répondit : peut-être est-il notre bonheur ! Puis, au Yémen, un rabbin demanda à Abou Soufyan la nouvelle de ce prophète : il dit : ils ont dit vrai, et je suis son cousin. Le rabbin demanda : cousin paternel ? Il dit : cousin maternel. Al-’Abbas raconte : je vins le lendemain au même cercle et dis au rabbin : il ne t’a pas dit vrai : son cousin paternel, c’est moi, frère de son père ! Il dit : frère de son père ? Il se tourna vers Abou Soufyan : est-ce vrai ? Il dit : oui. Le rabbin me dit : demande-moi, et si je mens, qu’il me le retourne !
Puis il m’interrogea : ton cousin a-t-il jamais menti ou trahi ? Je dis : non, par le seigneur d’Abd al-Muttalib : il n’a jamais menti ni trahi, et Quraysh l’appelait al-Amin, le digne de confiance ! Il dit : écrit-il de sa main ? J’allais répondre oui pour lui faire honneur, puis songeant qu’Abou Soufyan était un démentir, je dis : il n’écrit pas. Le rabbin bondit, quitta son manteau, criant : les Juifs seront égorgés, les Juifs seront tués ! Et al-’Abbas d’ajouter : au retour Abou Soufyan me dit : les Juifs redoutent donc ton neveu ? Je dis : tu as vu : veux-tu croire en lui ? Si c’est la vérité, tu auras devancé les gens ; si c’est le faux, tes égaux sont là ! Il dit : je ne croirai pas avant de voir des chevaux sortir de Kada’ ! Et al-’Abbas de dire : quand le messager d’Allah conquit La Mecque et que nous vîmes les chevaux sortir de Kada’, je dis : ô Abou Soufyan, te rappelles-tu la parole ? Il dit : oui, par Allah, je la rappelle : louange à Allah qui m’a guidé vers l’islam !
Le Tabarani rapporte, par une chaîne, qu’Amr ibn Mourra al-Jouhani pèlerina avec des gens de son peuple dans la Jahiliya, et vit en songe à La Mecque une lumière éclatante sortir de la Kaaba jusqu’à la montagne de Yathrib et à la harra de Jouhayna. Une voix disait : les ténèbres se sont dissipées, la lumière a éclaté, le sceau des prophètes est envoyé ! Puis une autre illumination jusqu’aux palais d’al-Hira et aux blanches cités, avec la voix : l’islam est apparu, les idoles brisées, les liens de parenté renoués ! Il dit : par Allah, cette tribu de Quraysh aura un grand événement ! À son retour, on lui annonça qu’un certain Ahmad avait été envoyé. Il vint au Prophète, lui raconta sa vision, et le Prophète dit : ô Amr ibn Mourra, je suis le prophète envoyé à tous les serviteurs : je les appelle à l’islam, ordonne de préserver le sang, de renouer les liens, d’adorer Allah, de rejeter les idoles, de pèleriner la Maison et de jeûner le Ramadhan du nombre des douze mois : quiconque répondra aura le Paradis, et quiconque désobéira aura le Feu ! Confirme donc en Allah, ô Amr : Allah te préservera de l’horreur de la Géhenne ! Il dit : j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah et que tu es le messager d’Allah : je crois en ce licite et cet illicite, quand bien même beaucoup de gens le réprouveraient !
Puis il lui récita des vers : J’atteste qu’Allah est la vérité, et que je suis le premier à quitter les divinités de pierre ; J’ai retroussé le pan de l’habit, émigrant vers toi, traversant le désert après les dunes ; Pour fréquenter le meilleur des hommes, de soi et de père, messager du Roi des hommes au-dessus des voiles ! Le Prophète dit : sois le bienvenu, ô Amr ibn Mourra ! Puis Amr demanda à être envoyé vers son peuple, et le Prophète l’y envoya avec ces conseils : use de douceur et de juste parole, ne sois ni rude, ni arrogant, ni envieux ! Son peuple se convertit tout entier hormis un seul homme, et il revint avec eux en délégation : le Prophète les accueillit et leur écrivit un pacte dont le texte est rapporté : au nom d’Allah : ceci est un pacte d’Allah, de la bouche du messager d’Allah, écrit authentique et vrai, avec Amr ibn Mourra al-Jouhani pour Jouhayna fils de Zayd : à vous les ventres de la terre, ses plaines, ses collines et ses hauteurs : vous cultiverez ses pousses et boirez ses eaux claires, à condition de reconnaître le cinquième et d’accomplir la prière des cinq fois ; et pour la brebis achetée, la zoologie d’usage ; les pauvres n’ont pas d’aumône à donner, ni le voyageur de première venue à payer.
Des versets nombreux attestent que sa description se trouvait dans les Livres : et ceux auxquels Nous avons donné le Livre avant lui croient en lui ; et quand on le leur récite, ils disent : nous croyons en lui, c’est la vérité de notre Seigneur : nous étions avant lui soumis (al-Qasas, 52-53) ; et : ceux auxquels Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants (al-Baqara, 146) ; et : ceux à qui la science fut donnée auparavant, quand on le leur récite, tombent prosternés sur le menton, disant : gloire à notre Seigneur : la promesse de notre Seigneur s’accomplit certainement (al-Isra, 107-108) ; et : quand ils entendent ce qui a été révélé au messager, tu vois leurs yeux débordent de larmes pour ce qu’ils reconnaissent de la vérité, disant : Seigneur, nous croyons : inscris-nous donc parmi les témoins (al-Ma’ida, 83). Ahmad rapporte, d’après un Bédouin qui apportait des marchandises à Médine : je dis : je trouverai cet homme et l’entendrai !
Je le suivis avec Abou Bakr et Oumar jusqu’à un Juif qui étalait la Torah et la lisait pour se consoler de son fils mort, l’un des plus beaux des jeunes gens. Le messager d’Allah dit : je t’adjure par Celui qui a fait descendre la Torah : trouves-tu dans ton Livre ma description et ma venue ? Il hochait la tête en disant : non. Son fils dit : oui, par Celui qui a fait descendre la Torah : nous trouvons dans notre Livre ta description et ta venue, et j’atteste qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah et que tu es le messager d’Allah ! Il dit : relevez le Juif de son frère ! Puis il se chargea de son linceul et de sa prière. Une autre version rapporte un Juif qui reconnaissait la description du Prophète dans la Torah mais n’avait pas cru parce qu’on lui avait dit que de sa communauté soixante-dix mille entreraient au Paradis sans compte, et qu’il ne voyait qu’un petit nombre avec lui : le Prophète répondit : ma communauté est plus nombreuse que soixante-dix mille et soixante-dix mille !
Abou Hurayra rapporte que le messager d’Allah passa près des Juifs et dit : ô assemblée des Juifs, convertissez-vous ! Par Celui qui tient mon âme en Sa main, vous trouvez certes ma description dans vos Livres. Et l’on rapporte du savant Abdallah ibn Sourayya qu’il reconnaissait la description et la venue du Prophète dans la Torah, mais répugnait à contredire son peuple et dit : peut-être le suivront-ils et se convertiront-ils, et je me convertirai avec eux ! Ibn Abbas rapporte aussi la lettre du messager d’Allah aux Juifs de Khaybar : au nom d’Allah : de Mohamed, messager d’Allah, compagnon de Moussa et de son frère, confirmateur de ce qu’a apporté Moussa : Allah vous dit : ô assemblée des Juifs et gens de la Torah, vous trouvez dans votre Livre : Mohamed est le messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux : tel est leur exemple dans la Torah et dans l’Évangile, comme une culture dont la pousse a jailli, puis s’est fortifiée, puis s’est épaissie, dressée sur sa tige, émerveillant les semeurs, pour enrager les mécréants. Je vous adjure par Allah, par ce qu’Il a fait descendre sur vous, par Celui qui a nourri vos ancêtres de la manne et des cailles, par Celui qui a desséché la mer derrière vos pères pour les sauver de Pharaon : dites-nous si vous trouvez dans ce qu’Allah a fait descendre sur vous qu’il faut croire en Mohamed ! Si vous ne le trouvez pas dans votre Livre, nulle contrainte sur vous : la droiture s’est distinguée de l’égarement, et je vous appelle à Allah et à Son prophète.
Ata’ ibn Yasar rapporte qu’il rencontra Abdallah ibn Amr ibn al-As et lui demanda la description du messager d’Allah dans la Torah. Il dit : oui, par Allah ! Il y est décrit dans la Torah comme dans le Coran : ô prophète, Nous t’avons envoyé témoin, annonciateur et avertisseur (al-Ahzab, 45), et protection pour les analphabètes : tu es Mon serviteur et Mon messager : Je t’ai nommé le Confiant. Tu n’es ni grossier, ni rude, ni crieur sur les marchés ; tu ne rends pas le mal par le mal, mais tu pardonnes et tu excuses. Allah ne le rappellera à Lui qu’après qu’ils auront redressé la nation tordue, en disant : il n’y a pas de divinité qu’Allah. Par lui, Il ouvrira des yeux aveugles, des oreilles sourdes et des cœurs voilés. Le Boukhari rapporte ce hadith par Falih, d’après Hilal ibn Ali, d’après Ata’. Ka’b al-Ahbar disait pareillement : nous trouvons la description du messager d’Allah : Mohamed, messager d’Allah, nommé le Confiant : ni grossier, ni rude, ni crieur sur les marchés ; il reçoit les clés : par lui Allah donnera la vue à des yeux privés, l’ouïe à des oreilles sourdes, redressera des langues tordues, jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah seul sans associé ; il secourt l’opprimé et le protège. Oum ad-Darda’ demanda pareillement à Ka’b al-Ahbar comment ils trouvaient la description du messager d’Allah dans la Torah : il répondit dans les mêmes termes, y ajoutant : il est aidé par l’effroi, et on lui donne les clés de la terre.
Ishaq ibn Bishr rapporte, d’après Ka’b al-Ahbar et Wahb ibn Mounabbih, l’histoire de Daniel et Bakhtnassar : après avoir détruit Bayt al-Maqdis et humilié les fils d’Israël sept ans, Bakhtnassar vit un grand songe qui l’effraya et menaça ses devins de mort s’ils ne lui en donnaient pas l’interprétation, lui disant qu’il l’avait oubliée. Daniel, alors en prison, l’informa qu’il y avait chez eux un homme qui savait le songe et son interprétation. Amener chez le roi, Daniel refusa de se prosterner devant lui, disant : Allah m’a donné une science et m’a interdit de me prosterner devant autre que Lui ! Le roi lui raconta le songe, et Daniel lui dit : tu as vu une grande statue, les pieds en terre et la tête au ciel : sa partie supérieure en or, le milieu en argent, puis en cuivre, ses jambes en fer et ses pieds en argile ; tandis que tu regardais sa beauté, Allah jeta sur elle une pierre du ciel, qui tomba sur sa tête et la pulvérisa : or, argent, cuivre, fer et argile se mélangèrent au point que nuls, des hommes et des jinn réunis, ne sauraient les distinguer ; et tu vis la pierre croître, grandir et se répandre jusqu’à remplir toute la terre, de sorte que tu ne voyais plus qu’elle et le ciel. Bakhtnassar dit :
tu as dit vrai : quelle est l’interprétation ? Daniel dit : quant à la statue : ce sont des nations diverses au commencement des temps, au milieu et à la fin ; quant à la pierre : c’est une religion qu’Allah jettera sur ces nations à la fin des temps et par laquelle Il les dominera : Allah enverra un prophète analphabète des Arabes qui subjugera les nations et les religions, comme la pierre a terrassé la statue, et prévaudra sur toutes les terres ; par lui Allah purifiera la vérité, fera périr le faux, guidera les égarés, instruira les analphabètes, fortifiera les faibles, honnira les humiliés et secourra les opprimés. On rapporte aussi de Wahb qu’Allah révéla à Dawoud dans le Zabour : ô Dawoud, viendra après toi un prophète nommé Ahmad et Mohamed, véridique et maître : Je ne m’irriterai jamais contre lui et il ne M’irritera jamais ; Je lui ai pardonné d’avance ses fautes passées et futures ; sa communauté est couverte de miséricorde : Je leur ai donné comme surérogations ce que J’ai donné aux prophètes, et leur ai imposé les obligations imposées aux prophètes et aux messagers, et leur lumière ressemblera à celle des prophètes. ô Dawoud, J’ai préféré Mohamed et sa communauté à toutes les nations !
Aïcha rapporte que le messager d’Allah dit : écrit dans l’Évangile : ni grossier, ni rude, ni crieur sur les marchés ; il ne rend pas le mal par le mal, mais pardonne et excuse. Mouqatil ibn Hayyan rapporte qu’Allah révéla à ’Issa fils de Marie : zèle en Mon affaire, écoute et obéis, ô fils de la pure, de la vierge ! Je t’ai créé sans mâle et t’ai fait un signe pour les mondes : adore-Moi donc, et annonce aux gens de Souran en langue syriaque, transmets à ceux qui t’ont précédé que Je suis la Vérité subsistante ; et confirmez le prophète analphabète des Arabes, au chameau, au manteau et au turban, c’est-à-dire la couronne, aux deux sandales et au bâton, au crâne frisé, au front haut, aux sourcils joints, aux yeux grands et ciliés, aux paupières longues, au nez aquilin, aux joues claires, à la barbe fournie, la sueur sur son visage comme des perles, exhalant le musc ; son cou comme un broc d’argent et l’or coulant dans sa gorge ; une ligne de poils du sternum au nombril qui court comme un bâton, sans autre poil sur le ventre ; aux paumes et aux plantes épaisses ; quand il marche avec les gens, il les dépasse ; et quand il marche, c’est comme s’il se détachait d’un rocher pour en dévaler la pente :
il aura peu de descendance. Le Bayhaqi rapporte cette description dans les preuves de la prophétie. Et Omar ibn al-Hakam rapporte que sa famille possédait en héritage une feuille datant de la Jahiliya, écrite ainsi : au nom d’Allah, parole véridique, et parole des injustes dans le déclin : ceci est un rappel pour une communauté qui viendra à la fin des temps : ils laissent pendre leurs cheveux, se couvrent à la ceinture, traversent les mers vers leurs ennemis : il y a chez eux une prière qui, si elle eut été chez le peuple de Nouh, ne les aurait pas fait périr par le déluge, ni chez ’Ad par le vent, ni chez Thamoud par le Cri. Et le messager d’Allah s’émerveilla quand elle lui fut lue.
Le hafiz al-Khara’iti rapporte dans Hawatif al-Jann que Sayf ibn Dhi Yazan al-Himyari, nommé an-Nou’man ibn Qays, ayant triomphé de l’Abyssinie deux ans après la naissance du messager d’Allah, reçut les délégations des Arabes et leurs poètes venus le féliciter. Parmi eux vinrent à Sana’a Abd al-Muttalib ibn Hachim, Oumayya ibn Abd Chams, Abdallah ibn Jou’dan et Khouwaylid ibn Asad avec des notables de Quraysh. Le roi les admira, puis les hébergea un mois à la maison d’honneur sans leur permettre de le voir ni de repartir. Puis il fit venir Abd al-Muttalib, l’isola et lui dit : ô Abd al-Muttalib, je te livre un secret de ma science que je ne confierais à nul autre : j’ai vu en toi le réceptacle de ce secret. Garde-le jusqu’à ce qu’Allah en ordonne : je me suis appliqué dans le Livre caché et la science emmagasinée que Nous nous sommes choisis, meilleur bien immense, grande affaire où est l’honneur de la vie et la vertu de la mort pour les gens en général, pour ta famille entière, et pour toi en particulier.
Quand naîtra en Tihama un garçon portant une marque, une tache entre ses deux épaules, il aura la conduite de la communauté, et vous aurez par lui l’éminence jusqu’au jour de la Résurrection ! Abd al-Muttalib dit : ô roi, tu m’as donné le meilleur des cadeaux ! Sayf dit : c’est le moment où il naîtra, ou il est déjà né : son nom est Mohamed ; son père et sa mère mourront, son grand-père et son oncle l’élèveront ; Allah le suscitera manifestement, fera de nous ses auxiliaires, honorant par eux Ses alliés et abaissant ses ennemis, brisant les idoles, éteignant les feux, adorant le Miséricordieux, chassant le démon : sa parole sera décision et justice ; il ordonnera le bien et le fera, interdira le mal et l’annulera ! Abd al-Muttalib dit : ô roi, voilà un secret, mais le roi me parle-t-il sans détours ? Sayf dit :
par la Maison aux voiles et aux marques : ô Abd al-Muttalib, tu es son grand-père, sans mensonge ! Abd al-Muttalib se prosterna de joie, et le roi dit : relève ta tête ! As-tu remarqué quelque chose de ce que je t’ai dit ? Il dit : ô roi, j’avais un fils dont j’étais fier ; je lui ai marié Amina bint Wahb, la plus noble de son peuple, qui m’a donné un garçon que j’ai nommé Mohamed : son père et sa mère sont morts, et je l’élève avec son oncle. Sayf dit : c’est bien celui dont je t’ai parlé : garde donc ton fils et prends garde aux Juifs, qui sont ses ennemis : Allah ne leur donnera jamais prise sur lui ! Et garde ce secret de ces gens qui sont avec toi : je ne suis pas sûr que l’orgueil ne les pousse pas à chercher à lui des embûches et à tendre des pièges : eux ou leurs descendants le feront ! Et sans la certitude que la mort me saisira avant sa mission, je serais parti avec ma cavalerie et mon armée jusqu’à faire de Yathrib ma capitale :
car je trouve dans le Livre éloquent et la science première que Yathrib sera le lieu de son pouvoir, le peuple de son secours et l’emplacement de sa tombe ! Et sans la crainte des calamités, j’aurais proclamé son affaire dès son jeune âge et foulé aux pieds les mâchoires des Arabes : mais je te livre ce secret, sans diminution pour ceux qui sont avec toi ! Il accorda à chaque homme dix esclaves, dix servantes, cent chameaux, deux habits d’hiver, cinq livres d’or et dix d’argent, et une outre pleine de musc ; et à Abd al-Muttalib dix fois cela, en disant : quand l’année sera révolue, reviens me voir ! Mais Sayf mourut avant l’échéance. Abd al-Muttalib disait souvent : qu’aucun de vous ne m’envie le don généreux du roi : il est épuisé ; mais que l’on m’envie ce qui reste pour ma postérité après moi : sa mémoire, sa gloire et son honneur ! Quand on lui demandait quand cela : on le saura, fût-ce après un délai !
Le même recueil rapporte que quatre hommes des Banu Tamim partirent vers le roi de Ghassan, et en route rencontrèrent un moine qui, entendant leur langue, leur dit : sous peu sera envoyé le sceau des prophètes : hâtez-vous vers lui, prenez votre part de lui et vous serez bien guidés ! Ils demandèrent son nom : il dit : Mohamed ! Au retour, chacun d’eux eut un fils et le nomma Mohamed, chacun espérant que ce prophète annoncé fût son fils ! Et il rapporte que Aws ibn Haritha de Ghassan, à sa mort, exhorta son peuple dans un long poème où il dit notamment : Mon âme a vu les captives le jour du clan du Brûlé, et ma vie a atteint le Cri d’Allah dans le sanctuaire ; Je n’ai vu aucune royauté ni marché qui ne mène qu’à la mort et à la tombe ; Celui qui a fait périr Thamoud et Jurhoum fera sortir pour moi une descendance jusqu’à la fin des temps ; Mon peuple sait-il qu’Allah a un appel dont les heureux et les pieux remportent le gain ? Quand sera envoyé l’Envoyé du clan de Ghalib, à La Mecque et entre La Mecque et le Hijr, cherchez alors son secours dans votre pays, ô Banu Amir : le bonheur est dans le secours ! Puis il mourut sur-le-champ. Nous avons déjà mentionné aussi les annonces de Saba à son peuple, le poème de Tobba saluant le Prophète, et la reconnaissance des compagnons venus du Négus qui reconnurent le messager d’Allah à sa description dès qu’ils le virent, sans que nul les en informât. Et à Allah la louange et la grâce.
Sawad ibn Qarib as-Sadoussi était devin dans la Jahiliya. Il raconte, dans des versions rapportées par al-Khara’iti dans Hawatif al-Jann, par Ibn ’Asakir et par Abou Nouaym : mon compagnon parmi les jinn vint à moi trois nuits de suite, me frappant du pied pour me réveiller, et me récita chaque nuit un poème où il disait notamment : les jinn s’étonnent et leurs impuretés, leur départ rapide aux aims de leurs montures ; elle descend vers La Mecque cherchant la guidance, ses croyants ne sont pas comme ses impurs ; pars donc vers la Safwa des fils de Hachim ! La troisième nuit il ajouta : un prophète a paru à La Mecque, appelant à l’adoration de son Seigneur : rejoins-le ! Je sus alors qu’Allah voulait de moi un bien : je déchirai un habit usé, m’en vêtis, mis mon pied dans l’étrier et partis jusqu’au Prophète, qui m’offrit l’islam et je me convertis. Quand les musulmans furent réunis, il me dit : raconte-leur ! Et je me levai et récita mes vers : Mon compagnon vint à moi après le calme et le sommeil, et nul de ce que j’avais éprouvé n’était menteur ; trois nuits durant, sa parole chaque nuit : un messager t’est venu, des fils de Louayy ! J’ai retroussé le pan de l’habit, et je sais qu’il n’y a pas de seigneur hors de Lui ; sois mon intercesseur au jour où nulle parenté ne sert, ô Sawad ibn Qarib ! Le Prophète dit alors : va vers ton peuple et récite-leur ce poème !
Oumar ibn al-Khattab le pressa plus tard : adjuration par Allah, ô Sawad : sens-tu encore aujourd’hui quelque chose de tes devins ? Il dit : gloire à Allah ! Et Oumar : sache, Sawad, que ce sur quoi nous étions d’association est plus grand que ta divination ; parle-moi de ce récit que j’aurais aimé entendre de toi ! Sawad raconta l’histoire des trois nuits, et Oumar demanda : ton compagnon vient-il encore aujourd’hui ? Il dit : depuis qu’Allah m’a enseigné le Coran, non : quelle bonne compensation que le Livre d’Allah à la place des jinn ! Il rapporte aussi qu’un jour, parmi Quraysh du clan de Dharih, alors qu’on égorgeait un veau, ils entendirent une voix du dedans du veau dire : ô gens de Dharih, affaire prospère : une crieuse crie, en langue éloquente, qu’il n’y a pas de divinité qu’Allah ! Ce récit est discontinu par cette voie, mais le Boukhari atteste l’audition d’Oumar, et Allah est le plus savant.
Jabir rapporte qu’un femme de Médine avait un compagnon parmi les jinn : il vint à elle en forme d’oiseau blanc, se posa sur son mur, et quand elle lui demanda pourquoi il ne descendait plus leur parler, il dit : un prophète vient d’être envoyé à La Mecque : il a interdit la fornication, et il nous a interdit de nous attarder à écouter ! Le Waqidi la nomme Fatima, et rapporte d’autres versions du même événement. Il rapporte aussi qu’Outhman ibn Affan dit : nous partîmes en caravane vers la Syrie avant la mission du messager d’Allah ; aux portes de la Syrie vivait une devineuse qui nous aborda : mon compagnon est venu à moi, s’est tenu à ma porte, et quand je lui ai demandé d’entrer il a dit : nul chemin à cela : Ahmad est sorti, et un ordre intenable est venu ! Et une femme des Banu Asad, dite Sou’ayra, avait un compagnon des jinn : quand il vit qu’il ne pouvait plus écouter, il entra dans sa poitrine et s’y mit à crier : la barrière est dressée, les compagnons sont empêchés, un ordre intenable est venu, et Ahmad a interdit la fornication !
Al-Khara’iti rapporte, d’après Mirdas ibn Qays as-Sadoussi, qui était auprès du Prophète quand la divination fut mentionnée, l’histoire très étrange de la devineuse al-Khalasa chez Dous : un enfant né d’une de ses visions parla à sa naissance, annonça aux Dous des chevaux derrière la colline et une bataille victorieuse ; on bâtit pour lui une maison dite dhou al-Khalasa ; mais le jour de la mission il trompa son peuple dans deux razzias, puis, enfermé trois jours, sortit comme une braise en disant : le ciel est gardé, le meilleur des prophètes est sorti, à La Mecque : je suis mort, enterrez-moi au sommet de la montagne, je vais m’embraser : quand vous verrez le feu, jetez-moi trois pierres en disant à chacune : en Ton nom, ô Allah, et je m’apaise ! Ils firent ainsi, le feu s’éteignit, et ils demeurèrent jusqu’à ce que le pèlerin vint leur annoncer la mission.
Abou Nouaym rapporte enfin, d’après an-Nadr ibn Soufyan al-Houthali : nous partîmes en caravane vers la Syrie, et entre az-Zarqa’ et Ma’an, campés de nuit, voici une voix perse entre le ciel et la terre : ô dormants, levez-vous : ce n’est pas l’heure du sommeil ! Ahmad est sorti, et les jinn ont été chassés partout ! Nous rentrâmes effrayés, et trouvâmes nos familles parlant de la discorde à La Mecque au sujet d’un prophète sorti d’entre les fils d’Abd al-Muttalib, nommé Ahmad. Et al-Khara’iti rapporte que Waraqa ibn Nawfal, Zayd ibn Amr, Obaydallah ibn Jahch et Outhman ibn al-Houwayrith, venus de nuit immoler devant leur idole adorée en fête annuelle, la trouvèrent renversée sur le visage : ils la relevèrent, elle se renversa de nouveau violemment, et ils la relevèrent encore. Et à Allah la louange et la grâce.
La nuit même où naquit le messager d’Allah, l’idole devant laquelle Quraych se prosternait tomba sur son visage par trois fois ; ils la relevèrent, elle retomba, et ils s’attristèrent. Outhman ibn al-Houwayrith s’écria : qu’a-t-elle, elle multiplie les renversements ! Cela tient à un événement qui a eu lieu. Il lui composa alors ses vers : « ô idole de la fête, qu’entourent les chefs des délégations d’ici et de loin : vaincue, tu t’es recroquevillée : dis-nous quoi ! » Quand ils l’eurent remise debout, un hâtif cria depuis son intérieur, à voix haute : « il s’est sacrifié pour un nouveau-né dont la lumière a illuminé tous les chemins de la terre, d’orient et d’occident ; les idoles sont tombées devant lui, les cœurs des rois ont tremblé de crainte, le feu de la Perse s’est éteint et assombri, le chah de la Perse a veillé dans la plus grande peine ; ses jinn ont été détournés des devins, sans annonce vraie ni fausse. Ô gens de Qoussay, revenez de votre égarement et accourez à l’islam, à la demeure spacieuse ! » Ils se retirèrent en conclave et convinrent de se taire entre eux ; Waraqa leur dit alors : vous savez, par Allah, que votre peuple n’est pas sur une religion : ils ont manqué l’argument, abandonné la religion d’Ibrahim pour une pierre qu’ils tournent, qui n’entend, ne voit, ne profite ni ne nuit. Cherchez pour vous-mêmes une religion ! Et ils se mirent à courir le monde en quête de la hanifiyya, religion d’Ibrahim.
Le sort les répartit : Waraqa ibn Nawfal se fit chrétien et lut les Livres jusqu’au savoir ; Outhman ibn al-Houwayrith partit vers César, se fit chrétien et obtint une belle place ; Oubayd Allah ibn Jahch resta à la Mecque jusqu’à la mission, émigra vers l’Abyssinie, se fit chrétien là-bas et y mourut chrétien. Quant à Zayd ibn Amr ibn Noufayl, retenu d’abord puis parti, il atteignit ar-Riqqa dans le Jazira et rencontra un moine savant qui lui dit : tu cherches une religion sans trouver qui te la porte ; mais le temps d’un prophète est déjà sur toi : il sortira de ton pays, envoyé avec la religion hanifiyya. Au retour, une cavalcade des Lakhm l’intercepta et le tua. Et le Khara’iti rapporte que Zayd et Waraqa allèrent ensemble auprès de l’an-Najachi, après le retour d’Abraha de la Mecque. Le roi leur demanda : est-il né chez vous celui dont le père voulut l’égorger, que les flèches épargnèrent et pour qui on immola cent chameaux ? Oui, répondirent-ils : il a épousé Amina bint Wahb, la laissa enceinte et est reparti.
Le roi les interrogea sur sa naissance ; Waraqa raconta la voix entendue dans l’idole : « le Prophète est né, les rois sont humiliés, l’égarement s’est éloigné et l’association reculé » : et l’idole s’était renversée sur son visage. Zayd raconta son propre signe : cette même nuit, à Abou Qoubays, il avait vu descendre du ciel un homme aux deux ailes vertes qui proclama : « le diable est humilié, les idoles nulles, le Dépositaire est né ! », déploya un voile d’orient en occident, et la terre s’illumina, les idoles de la Kaaba tombant toutes. Le Négus dit alors : je vais vous raconter ce qui m’a atteint : dormant cette nuit-là dans ma coupole, j’ai vu sortir de terre une tête qui cria : « le mal a fondé sur les gens de l’Éléphant : les oiseaux d’Ababil les ont lapidés de pierres de sijjil ; l’oppresseur criminel a péri, et est né le Prophète analphabète, mecquois, sacré : qui le suit a le bonheur, qui le renie a la ruine. » Je tombai, la parole et la marche me furent coupées, et je ne retrouvai mes membres qu’après avoir caché l’Abyssinie aux gens.
Abbas ibn Mirdas, de Soulaym, faisait paitre son troupeau à mi-jour quand une autruche blanche monta vers lui, portant un cavalier vêtu de blanc comme le lait. Le cavalier dit : ô Abbas ibn Mirdas, ne sais-tu pas que le ciel a relevé ses gardes, que la guerre a ravalé son souffle, que les chevaux ont déposé leurs charges, et que ce qui est descendu en bonté et piété est arrivé lundi, dans la nuit du mardi ! Dhimar, l’idole héritée de son père, était installée dans une maison qu’il visitait chaque jour : il revint effrayé et la balaya autour, s’y frotta et l’embrassa ; alors un cri sortit de son intérieur : « dis aux tribus de Soulaym toutes : Dhimar a péri, et les gens de la mosquée ont triomphé ; Dhimar qui était adoré avant le Livre, avec le Prophète Mouhammad ; celui qui a hérité de la prophétie et de la direction après fils de Maryam est de Quraych, bien guidé. » Il sortit, conta à son peuple, puis partit avec trois cents hommes des Banou Haritha rejoindre le messager d’Allah à Médine : « comment s’est passé ton islam ? » lui demanda le Prophète ; il lui conta, et le Prophète s’en réjouit : Abbas et son peuple entrèrent en islam. Une autre version fait entendre la voix de Dhimar dans la nuit, à l’heure de la mort de son père Mirdas, puis l’homme à l’aile d’autruche proclamant la lumière du mardi soir, et Abbas brûlant enfin l’idole au feu avant de venir prêter serment, composant les vers de son repentir : « je fis de Dhimar l’associé du Seigneur des mondes... »
Des hommes de Khath’am racontent la même épreuve : devant leur idole, un cri proclama qu’un prophète était venu après la mécréance avec l’islam, le plus noble des guides, plus équitable que tout jugement, ordonnant la prière, le jeûne, la piété et les liens du sang, interdisant les souillures, les idoles et l’illégal, de la maison de Hachim, au faîte de la grandeur ; ils allèrent alors au Prophète et crurent.
Les Banou ’Oudra avaient une idole nommée Hamam, dont le sanadin s’appelait Tariq. Quand la mission parut, ils entendirent une voix : « ô gens de Hind ibn Haram, la vérité est apparue et Hamam a péri, et l’islam a repoussé l’association ! » Puis : « ô Tariq, ô Tariq, le Prophète véridique est envoyé, avec une révélation parlante, dans la terre de Tihama : sécurité à qui le soutient, regret à qui le délaisse : voici mes adieux jusqu’au jour de la Résurrection » : et l’idole tomba sur son visage. Zamil ibn Amr partit alors avec des gens de son peuple, composa ses vers au Prophète, crut et lui fit le serment ; il lui rapporta ce qu’il avait entendu, et le Prophète dit : cela est de la parole des jinn. Puis il appela les Arabes tout entiers : je suis le messager d’Allah à toute créature, pour l’adoration d’Allah seul, le pèlerinage de la Maison et le jeûne d’un mois des douze, le mois de Ramadan : qui me répond aura le Paradis pour demeure, qui me désobéit aura l’Enfer pour retour. Il leur noua un étendard et écrivit pour Zamil une lettre dont Ali et Mouhammad ibn Maslama furent témoins : qu’il appelle son peuple, qui croit sera du parti d’Allah, qui refuse aura sa sûreté deux mois.
Mazin ibn al-Ghadouba, d’Oman, gardien de l’idole de Samaya : au moment de l’offrande, l’idole cria : « ô Mazin, écoute et réjouis-toi : le bien est apparu, le mal est caché ; un prophète de Mouddar est envoyé avec la grande religion d’Allah ; laisse qui est de pierre ; tu seras sauvé de l’ardeur de Saqar. » Une seconde offrande, une seconde voix : « approche et écoute ce que tu ignores : voici un prophète envoyé avec la vérité descendue : crois, et tu seras sauvé de la fournaise dont le combustible est les hommes et les pierres. » Un visiteur du Hidjaz lui annonça Ahmed qui appelle : répondez à l’appel d’Allah ! Mazin brisa l’idole en morceaux, partit, crut, et invoqua contre ses vices : le Prophète demanda pour lui l’échange de la musique par la récitation du Coran, de l’illégal par le licite, de l’indécence par la pudeur, et lui donna la descendance : Allah éloigna son mal, Oman fut féconde, il épousa quatre femmes libres, mémorisa la moitié du Coran, et Allah lui donna Hayyan ibn Mazin.
Et Rachid ibn Abd Rabbih, envoyé par les Banou Dhafar porter un cadeau à Sou’a, l’idole de al-Ma’la de Rouhat adorée par Houdhayl et Banou Dhafar : au lever de l’aube, une idole cria : « l’étonnant en tout étonnement : un prophète des Banou Abd al-Mouttalib est sorti, qui interdit la fornication, l’usure et l’immolation aux idoles ; le ciel est gardé, et nous avons été lapidés d’étoiles filantes ! » Une seconde : « Dhimar a été abandonné : Ahmed est sorti, qui prie la prière, ordonne la zakat, le jeûne, la piété et les liens du sang » ; une troisième : « celui qui a hérité de la prophétie et de la direction après fils de Maryam est de Quraych, bien guidé ; un prophète qui annonce ce qui a précédé et ce qui sera demain. » Au matin, Sou’a était léchée par deux renards qui urinaient sur sa tête, et Rachid composa : « un maître que deux renards urinent sur la tête : humilié celui sur qui urinent les renards ! » C’était à la sortie du Prophète pour Médine. Rachid vint le trouver ; demandé sur son nom, il dit : Zalim (injuste) ; et sur son chien : Rachid (bien guidé). Le Prophète rit : ton nom est Rachid, et ton chien Zalim. Il crut, reçut une concession d’eau à Rouhat : le Prophète y lança trois pierres, lui remit une outre pleine d’eau avec sa salive, à verser au sommet de la coupure : l’eau en jaillit en source qui coule encore, dite « eau du Messager », et la flèche de Rachid atteignit le Rocher du Cavalier. Puis il alla briser Sou’a.
Rafi’ ibn Omayr, dit Dou’mous al-Arab pour son guidage nocturne et sa bravoure, s’était protégé avant de dormir par le grand de ce vallon contre les jinn ; il vit en rêve, trois fois, un jeune homme à la lance qui menaçait sa chamelle, retenu par un vieillard : « mouhahlil ibn Dithar » lui disait-il, « épargne la chamelle de l’homme des humains, et choisis parmi mes bêtes sauvages ». Le vieillard promit trois taureaux, puis conseilla : quand tu crains une vallée, dis : je cherche protection auprès d’Allah, Seigneur de Mouhammad, et ne te protège par aucun jinn. Qui est Mouhammad ? demanda Rafi’. Un prophète arabe, ni oriental ni occidental, envoyé un lundi. Où demeure-t-il ? Yathrib aux palmiers. Rafi’ partit ; le messager d’Allah lui raconta son histoire avant qu’il ne l’ouvre, et il crut. Sa’id ibn Joubayr disait : c’est lui dont Allah a dit : des hommes d’entre les humains cherchaient protection auprès d’hommes d’entre les jinn, et n’en firent que plus fourvoyer.
Un hâtif du jinn cria aussi sur Abou Qoubays contre Ahl Fihir, reprochant leur désobéissance à la religion de leurs pères généreux : les jinn de Bousra se sont alliés contre vous ; le poème se répandit à la Mecque, et le messager d’Allah dit : c’est un diable qui parle aux gens dans les idoles, nommé Misa’ar, qu’Allah l’avile ! Trois jours plus tard, une voix cria : « nous avons tué en trois Misa’ar, qui insultait notre Prophète purifié ! » Et le Prophète dit : c’est un ifrit du jinn nommé Samj qui a cru en moi : je l’ai nommé Abdallah, et il m’a informé l’avoir traqué trois jours. Ali dit : qu’Allah le récompense en bien.
Sa’d ibn Oubada, en route pour le Hadramawt, entendit de nuit le poème de la mort : « Abou Amr, les veilles se relaient sur moi... tout le peuple des générations passées : leur demeure est un reste qui périt ; Thamoud est passée par sa perte, ’Ad et les générations de Dhou Chou’ab : tous égaux, Iram moissonnée ! » Puis un second : « ô Khirrab, l’étonnant t’a emporté : le tout de l’étonnant, entre Zoura et Yathrib ! » Un prophète de la paix, envoyé avec la meilleure parole à toute créature : sors de la terre sacrée vers les palmiers ! Un homme de la descendance de Louayy ibn Ghalib. Sa’d répondit : mon temps est passé : j’ai vu an-Nadr ibn Kinana ; si celui-ci est de sa lignée, le sabre est dégainé, la crainte disparue, la fornication effacée et l’usure morte ! Et l’hâtif d’annoncer ce qui viendrait : la prospérité et la disette s’en iront sauf un reste chez Khouza’a ; la dureté et le malheur sauf un reste chez les Khazrajites et les Awsites ; la vanité, la vantardise, la médisance et la trahison sauf un reste chez Banou Bakr ; l’acte regretté et l’œuvre pécheur sauf un reste chez Khath’am ; puis : quand la bête sera vaincue et la femme libre rudoyée, sors du pays de l’Hégire ; quand le salut sera retenu et les utérus coupés, sors de la terre sacrée ; et sans une oreille qui entende et un œil qui luit, je t’aurais annoncé ce qui fait frissonner ! Puis un grincement comme celui d’une femme enceinte, et au matin : un aigle et un serpent, tous deux morts. Sa’d n’apprit l’Hégire du messager d’Allah à Médine que par ce récit.
Tamim ad-Dari était en Syrie quand un hâtif invisible cria : cherche protection auprès d’Allah ! Les jinn ne protègent personne contre Allah : le messager des analphabètes est sorti, nous avons prié derrière lui à al-Hajoun, nous avons cru et suivi, la ruse des jinn est partie et nous avons été lapidés d’étoiles filantes ! Un moine du couvent d’Ayyoub lui confirma : il sort du Sanctuaire et émigrera vers le Sanctuaire ; ne te fais pas devancer vers lui. Et Tamim vint se convertir. Un Hou dhalite entendit de même une voix sortir de son idole Sou’a au-dessus de deux cents brebis galeuses qu’on lui amenait : la ruse des jinn est partie et nous avons été lapidés d’étoiles filantes, pour un prophète nommé Ahmad ! Amr ibn Mourra al-Jouhani, en pèlerinage, vit la lumière de la Kaaba illuminer Yathrib et les monts de Jouhayna : « les ténèbres se sont dissipées, la lumière a brillé, le sceau des prophètes est envoyé ! » puis une seconde lumière jusqu’aux palais d’al-Hira et aux villes blanches : « l’islam est apparu, les idoles sont brisées, les liens du sang sont rattachés ! » Au retour, on lui annonça Ahmad : il le rejoignit, crut, brisa l’idole de son père, et partit en mission vers Jouhayna avec l’ordre : la parole droite, sans rudesse, sans orgueil, sans envie.
Un homme de Jouhayna, à l’article de la mort et déjà fouillé pour sa tombe, rouvrit les yeux : vous m’avez creusé une fosse ? Oui. Et que fait al-Fadl ? Son cousin, en bonne santé. Écoutez : quand j’ai perdu connaissance, un émissaire est venu : pleure Hubal ! Ta fosse sera arrachée, ta mère près de perdre son fils ; elle sera déviée de toi et comblée de galets, et al-Fadl qui t’a précédé y sera mis à ta place : te repentiras-tu, prieras-tu et abandonneras-tu la religion de celui qui a associé et égaré ? Oui. Lève-toi, tu es guéri ! L’homme guérit, al-Fadl mourut et fut mis dans la fosse : et les Jouhanites, après cela, priaient et maudissaient les idoles. Khouraym ibn Fatik, à la chasse à Abraq al-Irak, s’était protégé par le chef du vallon : un hâtif lui cria de chercher protection auprès d’Allah le Majestueux, de réciter des versets de l’Anfal et d’unifier Allah ; puis de lui annoncer le messager d’Allah aux bienfaits, qui appelle au salut à Yathrib ; Khouraym jura d’aller à lui, et Malik ibn Malik, naqib des jinn de Nasibin, lui garantit ses chameaux jusqu’à sa famille. Arrivé un vendredi, il vit le Prophète en chaire comme la pleine lune : Abou Dharr (une version dit Abou Bakr) sortit à lui : entre, ton islam nous est parvenu ! Le Prophète lui dit : ton compagnon a tenu sa parole, il en est digne, et tes chameaux ont été rendus à ta famille. Omar exigea de lui une preuve du hadith des ablutions : nul musulman qui fait bien ses ablutions puis prie une prière préservée n’échappe au Paradis ; Othman témoigna, et Omar accepta son témoignage.
Amr ibn Ma’dikarib dit à Omar, en présence des Compagnons énumérant les vertus du Coran, après le témoignage d’Ali sur ayat al-Koursi et sa question sur la basmala : à la fin de la Jahiliyya, la faim le poussa à chercher des œufs d’autruche ; il trouva une tente où dormait un vieillard auprès d’une servante comme un soleil levant. Il l’injuria pour le forcer à l’hospitalité ; le vieillard bondit en disant : « au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! » : et Amr crut passer sous lui. Te tuer ou te laisser ? Laisse-moi ! Deux fois il recommença ; la troisième, le vieillard appela la servante, l’épée en main, et lui tailla la natte, comme les Arabes asservissent qui ils maîtrisent. Amr le servit quelque temps, puis l’accompagna dans le désert : dans une vallée effrayante, le vieillard cria : au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! Nul oiseau ne resta au nid, nulle bête au pâturage : puis surgit un Abyssin grand comme un palmier dressé. Quand vous nous verrez lutter, dit le vieillard, dis : mon compagnon l’a vaincu par bismillah ar-Rahman ar-Rahim ! Amr dit d’abord : par al-Lat et al-’Ozza ! Rien ne se fit ; repris par la formule prescrite, il vit le vieillard s’appuyer sur l’Abyssin, le fendre de son épée, et tirer de son intérieur quelque chose comme une lanterne noire : voilà sa ruse et son voile. La servante, dit le vieillard, est la Pharaonienne fille d’as-Salil al-Jourhoumi, fille d’un des meilleurs des jinn : ses parents le combattent chaque année, et Allah le fait triompher par la basmala.
La faim reprit Amr : il revint, trouva le vieillard endormi, la tête sur un étui, et l’en tira une épée large d’un empan sur sept doigts ; d’un seul coup il abattit les deux jambes avec les pieds. Qu’Allah te fasse combattre, quel traître ! puis Amr le tailla en morceaux jusqu’au morcellement. Omar s’étonna ; Amr composa son vers de honte : « par traîtrise j’ai saisi le frère de l’islam dans son gîte : jamais ouï pareille chose chez les Arabes d’autrefois... » La servante, informée, pleura son maître : « traître tu l’as tué » dit-elle, et composa son élégie au fier patient. Amr courut la tuer, mais la tente était vide, le bétail enlevé : et il rentra chez les siens. Le commentateur tranche : ce récit est un écho étrange ; le vieillard était du jinn, et il était de ceux qui avaient embrassé l’islam, appris le Coran et s’en servaient pour se protéger, d’où la basmala.
Abd ad-Daylami interrogea Ibn Abbas sur Sati’h al-Ghassani, que le peuple disait créé sans pareil : Allah l’avait créé chair sur les articulations, sans os ni nerfs, hormis le crâne, les deux paumes et les deux chevilles ; il se pliait du pied à l’articulation de la hanche comme se plie un vêtement, et rien ne remuait en lui que la langue. Porté à la Mecque, quatre Quraychites vinrent à lui : Abd Chams et Hachim, fils d’Abd Manaf, al-Ahwas ibn Fihr et Aqil ibn Abi Waqqas, qui se présentèrent d’un autre lignage. Aqil posa à la porte de la Maison sacrée une plaque d’Inde et une brebis roudainiya pour l’épreuve : Sati’h lui prit la main : ô Aqil, par le Savant caché, le Pardonneur de la faute, l’Engagement fidèle et la Kaaba bâtie : tu es venu avec le cadeau, la plaque d’Inde et la brebis roudainiya ! Véridique, répondirent-ils. Alors il les désigna : par l’apporteur de joie et l’arc de Qouzah : le corbeau est là où il passe :
vous n’êtes pas qui vous dites, votre lignage est de Quraych à la terre plate ! Véridique, dirent-ils, nous sommes les gens de la Maison sacrée, venus te visiter : annonce-nous ce qui adviendra de notre temps et après lui. Maintenant vous êtes véridiques, dit-il : prenez de moi et de l’inspiration qu’Allah m’accorde : vous, Arabes, êtes au temps de la sénilité, égaux en clairvoyance aux Perses, sans science ni entendement ; naîtront de vos descendants des hommes d’entendement qui briseront l’idole, mèneront loin, tueront les Perses pour le butin. De qui naîtront-ils ? De Abd Chams et Abd Manaf naîtront des milliers, entre lesquels sera différence. De quelle terre sortira le plus grand ? Par l’Éternel de l’éternité : sortira de cette terre un jeune homme qui guide vers la droiture, répudie Yaghouth et l’idole, se purifie du culte des contraires, adore un Seigneur unique : puis Allah le rappellera loué, disparu de la terre, témoin au ciel.
Et Sati’h déroula la suite, en prose rimée que le rapporteur consigne pour son étrangeté et ce qu’elle contient de discordes et de massacres : puis lui succédera le Véridique, quand il aura achevé, dans le rendu des droits sans accroc ; puis l’hanif éprouvé, qui laissera la parole du violent et établira l’hospitalité ; puis celui qui appelle à son ordre, éprouvé, qui rassemblera troupes et groupes, et sera tué par rancune et colère : le cheveu blanc sera égorgé en morceaux, et des orateurs prendront sa suite ; puis lui succédera an-Nasir, qui mêlera l’avis du reconnaissant, et fera paraître les armées sur la terre ; puis son fils prendra sa troupe, sa louange diminuera, il amassera le bien, mangera seul et multipliera les biens pour ses descendants ; puis des rois dont le sang sera indubitablement versé ; puis le spoliateur qui les pliera comme les replis du turban ; puis des obscènes qui éloigneront la création et rapprocheront Mouddar, conquériront la terre d’une conquête reniée ; puis le petit de taille, marque sur le dos, qui mourra en paix ; puis le matinal qui laissera le pouvoir vide ; puis son frère, sur sa voie, qui s’attribuera les biens et les chaires ; puis Ahwaj, jouisseur égoïste, que ses compagnons déposeront et tueront ; puis le septième, qui laissera le pouvoir en place perdue, ses fils dans son royaume affamés comme des défigurés : alors tout homme nu convoitera le pouvoir ; puis Allahfan, qui contentera Nizar avec le rassemblement de Qahtan :
quand les deux rassemblements se rencontreront à Damas, entre Bounyan et Liban, le Yémen se divisera ce jour-là en deux camps, celui de la joie et celui de l’abandon, tu ne verras que femmes au voile dénoué et captif enchaîné entre carquois et chevaux : les demeures seront ruinées, les veuves dépouillées, les femmes enceintes perdront leurs fœtus, les séismes apparaîtront, la succession sera réclamée par Wa’il, Nizar se fâchera, rapprochera esclaves et scélérats, éloignera les modèles et les meilleurs, et les prix monteront dans la disette des disettes : puis ils marcheront vers les Fosses, aux arbres et aux ruisseaux, que les fleuves arrêteront : ils seront vaincus au début du jour, et les vertueux apparaîtront, sans profit pour eux ni sommeil ni repos ; puis ils entreront dans Égypte des villes, et la Mort et les Décrets les y atteindront :
puis viendront les archers, courbant les jambes, pour tuer les dissimulés, capturer les protecteurs et perdre les orgueilleux : là il sera atteint en haut des eaux ; puis la religion périra et les choses se retourneront, le Zabour sera nié et les ponts coupés, et ne réchappera que qui sera dans les îles des mers ; puis les grains périront et les Arabes des tribus apparaîtront, sans reproche, en un temps pénible : puis apparaîtra un homme du Yémen, comme un scorpion, et Allah éloignera de sa tête les discordes. Tel est ce récit étrange ; et l’histoire de Sati’h avec son neveu Abd al-Masih, envoyé par le roi des Sassanides la nuit de la naissance de celui dont la Loi abrogea toutes les religions, pour l’ébranlement de l’iwan, l’extinction des feux et le rêve du Mobadhan, est déjà passée plus haut.