La zakat : définition et statut

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Mis à jour le 27 septembre 2026

La zakat est le troisième pilier de l'islam. Avant d'étudier ses taux et ses destinataires, il faut cerner le mot lui-même, établir sur quelles preuves repose son obligation, dater son instauration et saisir la divergence de fond qui traverse les écoles : la zakat est-elle une adoration comme la prière, ou un droit des pauvres sur les riches ? Cette section rassemble ces bases à partir des feuilles du premier bab du livre de la zakat.

Elle complète les sections déjà publiées sur le statut, la sagesse et le rétenteur en ajoutant la définition terminologique, les datations discutées et le principe de proportionnalité entre effort et taux que les feuilles détaillent.

La définition de la zakat et sa terminologie

Lexicographes et juristes donnent des définitions convergentes. Selon l'une d'elles, la zakat est un nom donné à une quantité déterminée, prélevée sur un bien déterminé, devant être versée à des catégories déterminées, sous des conditions déterminées (Mughni al-Muhtaj 2/86 ; al-Iqna' 1/211).

Le même mot désigne aussi la somme elle-même : on dit de celui qui s'acquitte qu'il a « isolé la zakat de son bien », et de l'agent collecteur qu'il « reçoit la zakat ». Le verbe dire « il a purifié son bien » signifie qu'il en a sorti la zakat ; le terme muzakki désigne aussi bien celui qui paie sur son propre bien que celui qui détient l'autorité de collecte (Mawahib al-Jalil 2/255 ; Kashshaf al-Qina' 2/165-166).

Le mot est enfin employé au-delà de l'aumône légale : il couvre l'aumône obligatoire et l'aumône recommandée, la dépense pour les siens, le droit et le pardon (Fath al-Bari 3/262 ; Sharh az-Zarqani 2/128).

La preuve par le Coran et la Sunna

Le Coran établit l'obligation à plusieurs reprises. Allah dit :

Et accomplissez la prière et acquittez la zakat.

Sourate al-Baqarah 43

Il menace ceux qui thésaurisent l'or et l'argent d'un châtiment douloureux, puis de plaques brûlantes le jour où ces métaux seront portés au rouge dans le feu de la Géhenne ; or une pareille menace ne frappe que celui qui délaisse une obligation :

Ceux qui thésaurisent l'or et l'argent et ne les dépensent pas dans le sentier d'Allah, annonce-leur un châtiment douloureux : le jour où ces biens seront chauffés au feu de la Géhenne et où leurs fronts, leurs flancs et leurs dos en seront marqués.

Sourate at-Tawbah 34-35

La Sunna confirme et précise :

L'islam est bâti sur cinq : le témoignage qu'il n'y a de divinité qu'Allah et que Muhammad est le messager d'Allah, l'accomplissement de la prière, l'acquittement de la zakat, le pèlerinage et le jeûne de Ramadan.

rapporté par al-Bukhari (8) et Muslim (16)

Le Prophète a aussi envoyé Mu'adh au Yémen avec l'ordre d'annoncer qu'Allah a rendu obligatoire sur les gens une aumône sur leurs biens, prise chez leurs riches et rendue à leurs pauvres (rapporté par al-Bukhari (1395) et Muslim (19)). Dans une longue tradition, il a détaillé le sort du négligent : celui qui possède de l'or ou de l'argent sans en acquitter le droit aura des plaques de feu chauffées pour lui dans la Géhenne, son flanc, son front et son dos en seront marqués, et il en va de même pour le possesseur de chameaux, de bovins et d'ovins ; le cheval et l'esclave du musulman, eux, ne portent aucune aumône (rapporté par Muslim (987) et al-Bukhari (4678, 6923)).

La preuve par le consensus et par la raison

La communauté s'est accordée sur le fait que la zakat est une obligation et un pilier. Après la mort du Prophète, un débat a d'abord opposé Omar à Abu Bakr, rapporté dans les deux Sahih :

Omar dit : comment combattras-tu les gens alors que le messager d'Allah a dit : j'ai reçu l'ordre de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils disent qu'il n'y a de divinité qu'Allah, et celui qui le dit a protégé de moi son bien et sa vie sauf par son droit ? Abu Bakr répondit : par Allah, je combattrai assurément celui qui a séparé la prière de la zakat, car la zakat est le droit du bien ; par Allah, s'ils me retenaient une entrave de chamelle qu'ils remettaient au messager d'Allah, je les combattrais pour ce refus. Omar dit : par Allah, ce fut là qu'Allah ouvrit la poitrine d'Abu Bakr, et je sus que c'était la vérité.

rapporté par al-Bukhari (1335) et Muslim (20)

Le désaccord initial s'est aussitôt résolu en un accord de tous les compagnons, exemple canonique d'ijma chez les usulis (al-Majmu' 5/301). Ibn Mundhir consigne le consensus sur le caractère obligatoire de la zakat comme troisième pilier ; Ibn Battal ajoute que celui qui nie l'une de ces cinq obligations ne réalise pas son islam, et Ibn al-Athir précise que celui qui la refuse en niant son obligation est déclaré sorti de l'islam, sauf s'il est récemment converti et ignorant de ce statut ; al-Qushayri écrit qu'on la prend de force au rétenteur, et qu'on le tue s'il prend les armes pour la refuser, comme Abu Bakr l'a fait avec les gens de la ridda (Umdat al-Qari 8/233-234).

La raison confirme ce statut de trois manières. Premièrement, l'acquittement de la zakat aide le faible et secourt l'épuisé, fortifiant l'incapable dans l'accomplissement de ce qu'Allah lui a imposé, et le moyen d'accomplir une obligation prend le statut de cette obligation. Deuxièmement, elle purifie l'âme du contributeur des souillures des péchés et élève son caractère par la générosité, contre l'avarice qui est le plus laid des travers. Troisièmement, Allah a comblé les riches de biens excédant les besoins essentiels : la gratitude d'une pareille grâce rend l'acquittement dû (Bada'i' as-Sana'i' 2/381-382).

La date de l'obligation et les phases de la zakat

Le don de la zakat a existé dans les lois des prophètes antérieurs. Allah dit au sujet d'Ibrahim et de sa descendance :

Nous en fîmes des imams guidant par Notre ordre, et Nous leur révélâmes de faire le bien, d'accomplir la prière et d'acquitter la zakat, et ils Nous adoraient.

Sourate al-Anbiya 73

Pour la communauté musulmane, l'aumône aux pauvres a été prescrite dès la période mekkoise : la sourate al-Balad appelle à affronter la pente par l'affranchissement d'un esclave et le repas d'un jour de famine, et la sourate al-Ma'arij réserve aux demandeurs et aux privés un droit connu dans les biens des croyants.

La zakat proprement dite, celle du niçab et de l'année, fut rendue obligatoire après l'hégire selon l'avis majoritaire. Ibn Hajar écrit que la divergence porte sur le moment exact : certains disent la deuxième année avant l'obligation du jeûne de Ramadan, Ibn al-Athir tranche pour la neuvième année avec réserve, et Ibn Khuzayma soutient l'antériorité à l'hégire en s'appuyant sur le récit d'Umm Salama où Ja'far annonce au Négus que le Prophète ordonne la prière, la zakat et le jeûne. Ibn Hajar répond que les cinq prières et le jeûne de Ramadan n'étaient pas encore prescrits à ce moment : ces mots visent au mieux les prescriptions en général, sans que la zakat du niçab et de l'année en fasse partie (Fath al-Bari 3/262-268, rapporté par Ibn Khuzayma dans son Sahih).

Un autre indice conforte la date postérieure :

Le messager d'Allah nous ordonna la zakat de la rupture avant que la zakat ne fût révélée ; lorsque la zakat fut révélée, il ne nous ordonna rien et ne nous interdit rien, et nous continuions de la faire.

rapporté par al-Hakim avec une chaîne authentique (Fath al-Bari 3/267-268)

Ce récit de Qays ibn Sa'd place l'obligation de la zakat après l'obligation du jeûne de Ramadan, donc après l'hégire.

La nature de la zakat : adoration ou droit des pauvres

Ibn Rushd ramène plusieurs divergences des juristes, comme celle sur la zakat du bien du mineur ou du mécréant, à une divergence sur le concept même de la zakat : est-elle une adoration comme la prière et le jeûne, ou un droit des pauvres et des nécessiteux sur les biens des riches ? Celui qui la conçoit comme une adoration exige la puberté et la raison, car l'adoration requiert l'intention ; celui qui la conçoit comme un droit n'en tient aucun compte. Quant à ceux qui distinguent ce que la terre produit de ce qu'elle ne produit pas, ou le bien caché du bien apparent, Ibn Rushd déclare qu'il ne connaît aucun appui à ces distinctions de son temps (Bidayat al-Mujtahid 1/339-340). Cette boussole éclaire les positions détaillées sur le bien du mineur, de l'aliéné et du non-musulman : la majorité composée des malikites, des chafi'ites et des hanbalites y oblige la zakat du bien du mineur et de l'aliéné, le tuteur la payant sur leur fortune et le compte étant redressé après la puberté, tandis que les hanafites les en exonèrent hormis la dîme des récoltes et la zakat de la rupture.

La sagesse des taux gradués et des seuils

Ibn al-Qayyim relève la proportionnalité entre l'effort de croissance et le taux prélevé : le profit du commerce, difficile et laborieux, est taxé au quart du dixième ; les récoltes arrosées à frais, d'effort moindre, au demi-dixième ; les récoltes arrosées d'elles-mêmes, d'effort encore plus léger, au dixième complet, avec une seule zakat car leur croissance cesse après la récolte ; le trésor enfoui, déjà constitué et d'extraction facile, au cinquième. Cette proportion éloquente atteste à ses yeux la perfection de la loi, qu'aucune raison humaine n'aurait su proposer.

Shah Wali Allah justifie de même les seuils : cinq wasq de grains et de dattes, soit environ 610 kilos, suffisent au plus petit foyer pour une année, composé au minimum des époux et d'un tiers entre eux ; cinq awaq d'argent couvrent une année d'un petit ménage quand les prix sont ordinaires dans la plupart des pays ; quant au chameau, l'animal le plus utile par la boucherie, la monture, le lait, la progéniture, la laine et la peau, il équivalait à dix, huit ou douze moutons selon les traditions, si bien que cinq têtes entrent dans le premier niçab des ovins et qu'une seule brebis y est due (Hujjat Allah al-Baligha 2/506).

Note pratique

Retenir que la zakat est à la fois adoration et droit social permet d'en garder les deux dimensions : elle ne s'acquitte correctement qu'avec l'intention et la purification intérieure, et elle ne remplit son rôle que si elle parvient réellement aux catégories désignées par le Législateur.

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