La prière funéraire du suicidé

Fiqh islamique > Les funérailles > La prière funéraire du suicidé

Prier sur celui qui s’est donné la mort : la gravité du suicide dans les textes, le statut du suicédé comme musulman pécheur, l’avis majoritaire qui prie sur lui, l’abstention de l’imam chez Malik et les cas voisins de celui qui meurt sous une peine.

Le suicidé demeure musulman : malgré la gravité du péché (Muslim 110), il est lavé, enseveli, porté en prière et enterré au cimetière des musulmans. La majorité des fuqaha prie sur lui comme sur tout musulman pécheur, à l’image de la femme de Juhayna, lapidée après s’être dénoncée, sur laquelle le Prophète pria en disant : « elle a fait une repentance qui, répartie entre soixante-dix habitants de Médine, les suffirait » (Muslim 1696). L’imam Ahmad rapporte pourtant que le Prophète n’a renoncé à la prière que sur celui qui s’est tué et sur celui qui détourne le butin. Ibn Baz (fatwa n° 13700) confirme qu’on prie sur lui : c’est un pécheur, pas un mécréant.

Mis à jour le 07 octobre 2026

La mort volontaire pose une question redoutée des familles : faut-il prier sur celui qui s’est donné la mort ? Les fuqaha distinguent la gravité du péché, que les textes établissent sans détour, et le statut du défunt, qui reste un musulman pécheur ; la divergence des écoles porte sur la prière publique, non sur les autres rites funéraires.

La gravité du suicide dans les textes

Le Prophète a averti en termes d’une sévérité exceptionnelle celui qui attente à sa propre vie. Muslim rapporte de Abu Hurayra : « celui qui s’est tué avec du fer verra son fer dans sa main, il l’enfoncera dans son ventre au feu de la Géhenne, y demeurant pour toujours ». Le même hadith poursuit avec celui qui s’est tué au poison, qui le portera à la main et l’avalera à jamais dans le feu, et avec celui qui s’est précipité du haut d’une montagne, qui sera précipité sans fin dans le feu de la Géhenne (Muslim 110).

Al-Bukhari et Muslim rapportent encore : « celui qui se tue avec une chose de ce monde sera tourmenté par cette chose le jour de la résurrection » (al-Bukhari 5700 ; Muslim 110). Le Coran fonde l’interdit : « ne vous tuez pas ; Allah est miséricordieux envers vous » (sourate an-Nisa 29). Aucun péché cependant ne fait sortir de l’islam par sa seule commission, et le suicide pas davantage.

Le suicidé reste un musulman pécheur

Selon les gens de la Sounna, celui qui se tue demeure sous le statut de l’islam : c’est un grand pécheur, pas un mécréant. Ibn Baz l’exprime dans sa fatwa sur la prière de celui qui s’est tué : « s’il était musulman, on prie sur lui, qu’il se soit tué lui-même ou que quelqu’un d’autre l’ait tué ; il demeure sous le statut de l’islam selon les gens de la Sounna : il est au nombre des pécheurs, non des mécréants » (fatwa n° 13700). Conséquence pratique : ses funérailles suivent le régime des musulmans, lavage, linceul, prière et sépulture, et l’on invoque pour lui comme pour tout défunt.

L’avis majoritaire : prier sur le suicidé

La majorité des fuqaha prie sur le suicidé comme sur tout musulman dont le péché n’a pas effacé l’appartenance à la communauté. Leur précédent le plus net est la femme de la tribu de Juhayna : enceinte d’un péché, elle vint trouver le Prophète et lui dit : « j’ai encouru un châtiment, applique-le à moi » ; il la confia à son tuteur jusqu’à la naissance de l’enfant, puis ordonna qu’on la lapidât après l’accouchement, et il pria sur elle (Muslim 1696). Le dialogue qui suivit fixe la manière dont la communauté doit regarder le pécheur exécuté :

Ô Prophète d’Allah, tu pries sur elle alors qu’elle a forniqué ? Il dit : elle a fait une repentance qui, si elle était répartie entre soixante-dix habitants de Médine, les suffirait. As-tu trouvé une repentance meilleure que celle de donner sa vie à Allah, très haut ?

Muslim 1696, dialogue entre Umar et le Prophète

L’imam Ahmad formule la règle d’ensemble, rapportée par Ibn Qudama : « celui qui oriente sa face vers notre qibla et prie notre prière, nous prions sur lui et nous l’enterrons ; on prie sur l’enfant né d’un péché, sur le fornicateur, sur celui qui est tué en représaille ou sous une peine ». Interrogé sur celui qui retient la zakat de son bien, il répondit encore : on prie sur lui. Et de conclure : « je ne sais pas que le Prophète ait renoncé à prier sur quelqu’un, sinon sur celui qui s’est tué et sur celui qui détourne le butin » (al-Mughni 3/319). La renonciation prophétique marque donc la gravité du geste, sans retirer au défunt son statut.

L’abstention de l’imam chez Malik

Malik distingue l’imam et les gens : l’imam s’abstient de prier sur celui qui meurt sous une peine, et les gens prient sur lui. Son appui est la parole de Abu Barza al-Aslami : « le Prophète ne pria pas sur Ma’iz ibn Malik, et il n’a pas interdit de prier sur lui ». L’abstention vise l’exemplarité publique et la dissuasion des autres, non la condamnation du mort, qui reçoit tous les autres rites. C’est l’esprit même de la renonciation prophétique rapportée par Ahmad : l’élite de la communauté délaisse la prière sur le grand pécheur dont la mort scandalise, pendant que le reste des musulmans la garantit.

Les rites funéraires du suicidé sont complets

Dans tous les avis, le suicidé garde le traitement du musulman : il est lavé, enseveli dans un linceul, conduit au cimetière des musulmans et enterré. La seule pierre d’achoppement est la prière publique, et même là, les avis qui recommandent l’abstention de l’imam maintiennent la prière du commun des fidèles. Le Comité permanent pour la recherche et les fatwas répond dans le même sens que la majorité : le suicidé est lavé, enseveli, porté en prière et enterré au milieu des musulmans, sa famille garde le droit de l’accompagner, et le blâme de l’acte ne supprime aucun droit du mort.

La sagesse de cette règle tient en deux mouvements : la communauté ne bannit pas un mort de sa terre, et elle n’accoutume pas les vivants à l’impunité du geste. C’est pourquoi les savants qui relatent l’abstention du Prophète la présentent toujours comme un acte d’imam, destiné à marquer les esprits, et jamais comme une règle générale d’exclusion.

Ne pas déclarer le suicédé damné

Aucun musulman ne peut trancher le sort final d’un défunt : le paradis ou le feu relèvent du jugement d’Allah, qui « pardonne au-delà de l’association à qui Il veut » (sourate an-Nisa 48). Pour le suicidé, la balance penche lourdement du côté de l’avertissement, mais l’espoir demeure : l’homme aux quatre-vingt-dix-neuf âmes assassinées reçut le pardon après avoir cherché la terre de la miséricorde (Muslim 2766). Dire d’un mort précis qu’il est en enfer, ou le tenir pour définitivement perdu, n’est pas permis ; la famille est renvoyée à ce qui lui reste : l’invocation, la demande de pardon et l’aumône en son nom.

Celui qui est tué sous une peine ou en représaille

Le cas du suicidé rejoint celui du pécheur exécuté. La majorité des hanafites, chafiites et hanbalites enseigne que celui qui est tué sous une peine légale, comme la lapidation, ou en représailles, est lavé et porté en prière : il a donné sa vie pour s’acquitter d’un droit qui pesait sur lui, et il n’a pas été tué injustement. Le hadith de la femme de Juhayna (Muslim 1696) en est la preuve directe.

Abu Hanifa applique la même logique de dissuasion aux pillards tués pendant leur soulèvement : ils ne sont ni lavés ni portés en prière, en avilissement et pour faire reculer leurs semblables ; mais s’ils sont tués après la reprise en main par le pouvoir, ils sont lavés et portés en prière, car leur mort sert alors l’intérêt général. Ibn Hubayra précise que ce délaissement n’a rien de commun avec le délaissement de la prière sur les martyrs : celui-là honorait, celui-ci châtie et dissuade (al-Ifsah 1/283).

Le deuil du suicide et l’accompagnement des proches

La famille traverse un deuil double : le choc du geste et la question du sort du défunt. Les textes orientent vers deux attitudes tenues ensemble : ne pas déclarer le suicidé damné, et ne pas banaliser l’interdit. L’invocation pour le mort, l’aumône et la demande de pardon en sa faveur restent les voies ouvertes aux proches ; le rituel funéraire, lui, se déroule sans éclat particulier, comme pour tout musulman.

La prévention, obligation de communauté

Le fiqh du suicide inclut la prévention : le Coran lie l’interdit de se tuer à la miséricorde divine (sourate an-Nisa 29), et le désespoir est interdit : « ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ; Allah pardonne tous les péchés » (sourate az-Zumar 53). Accompagner la détresse, orienter vers le soin et rompre la solitude font partie de la protection de la vie que la communauté doit à ses membres, avant comme après le drame.

Synthèse : trois attitudes, un même statut

Le tableau se ramène à trois lignes. La majorité des écoles et les institutions contemporaines, dont Ibn Baz, prient sur le suicidé comme sur tout pécheur de la communauté. Malik tient que l’imam s’abstient et que les gens prient, pour dissuader sans exclure. Enfin, l’abstention prophétique rapportée par Ahmad, sur celui qui s’est tué et sur celui qui détourne le butin, fonde le geste des imams qui choisissent de marquer publiquement la gravité. Dans les trois cas, le lavage, le linceul, la sépulture musulmane et l’invocation pour le défunt demeurent acquis : la divergence ne touche jamais le statut du mort, seulement la conduite de l’imam.

Note pratique sur la prière funéraire du suicidé

En pratique : le défunt est lavé, enseveli et conduit au cimetière musulman ; la prière est dite sur lui par la communauté, l’imam pouvant choisir de s’abstenir publiquement ; les proches ne sont privés ni de l’accompagnement, ni de l’invocation, ni de l’aumône en son nom. Face à une idée noire, chez soi ou chez un proche, la règle est d’en parler et d’appeler le soin : la protection de la vie précède tout.

L'argumentaire chez les classiques

Al-Mughni · Ibn Qudama · école hanbalite

Al-Khiraqi interroge : que dit-on de celui qui s’est tué ? Rapporté d’Ahmad : celui qui oriente sa face vers notre qibla et prie notre prière, nous prions sur lui et nous l’enterrons ; on prie sur l’enfant né d’un péché, sur le fornicateur, sur celui qui est tué en représaille ou sous une peine. Interrogé sur celui qui retient la zakat de son bien, il répondit : on prie sur lui. Et il dit : je ne sais pas que le Prophète ait renoncé à prier sur quelqu’un, sinon sur celui qui s’est tué et sur celui qui détourne le butin.

Questions fréquentes

Peut-on prier sur celui qui s’est suicidé ?

Oui : la majorité des fuqaha prie sur lui comme sur tout musulman pécheur, et Ibn Baz (fatwa n° 13700) l’exprime ainsi : on prie sur lui, qu’il se soit tué ou ait été tué ; il demeure sous le statut de l’islam selon les gens de la Sounna. L’imam peut toutefois s’abstenir publiquement, comme le Prophète le fit, pour marquer la gravité.

Le suicidé perd-il sa qualité de musulman ?

Non : le suicide est un grand péché, mais il ne fait pas sortir de l’islam. Le suicidé est lavé, enseveli, prié et enterré au cimetière des musulmans ; c’est un pécheur de la communauté, et son sort final appartient à Allah.

Pourquoi le Prophète n’a-t-il pas prié sur certains suicidés ?

L’imam Ahmad rapporte que le Prophète n’a renoncé à la prière que sur celui qui s’est tué et sur celui qui détourne le butin (al-Mughni 3/319). Cette abstention était un signe public de gravité destiné à dissuader, non une exclusion du mort : les Compagnons ont ensuite lavé et enterré le défunt, et les savants recommandent que des musulmans prient sur lui.

Prie-t-on sur celui qui meurt sous une peine légale ?

Oui selon la majorité des hanafites, chafiites et hanbalites : il est lavé et prié car il a donné sa vie pour un droit qui pesait sur lui, preuve en la prière du Prophète sur la femme de Juhayna lapidée (Muslim 1696). Selon Malik, l’imam s’abstient et les gens prient, d’après la parole de Abu Barza sur Ma’iz : le Prophète ne pria pas sur lui et n’a pas interdit de prier sur lui.

Peut-on invoquer et faire des aumônes pour un suicidé ?

Oui : rien n’interdit l’invocation, la demande de pardon ou l’aumône en sa faveur. L’espoir du pardon reste ouvert, à l’image de l’homme aux quatre-vingt-dix-neuf meurtres dont la repentance fut acceptée (Muslim 2766), et Allah pardonne au-delà de l’association à qui Il veut (sourate an-Nisa 48).

Que dit l’islam de la prévention du suicide ?

Le Coran interdit de se tuer et joint l’interdit à la miséricorde : « ne vous tuez pas ; Allah est miséricordieux envers vous » (sourate an-Nisa 29). Protéger la vie, accompagner la détresse, orienter vers le soin et ne jamais laisser un proche seul avec ses idées noires sont des devoirs de communauté ; le désespoir de la miséricorde d’Allah est lui-même interdit (sourate az-Zumar 53).

Sources et références

Méthode éditoriale et corpus : voir notre page transparence éditoriale.

Les autres pages du pilier

À explorer aussi sur le site

بسم الله الرحمن الرحيم dim. 27 Joumada 1
الأحد 27 جمادى الأولى
هلال متناقص Dernier Croissant Jour 27.9 / 29.5
Illumination 3%
Nouvelle lune dans 2 jours
سبحان الله Gloire à Allah

إِنَّ ٱللَّهَ وَمَلَٰٓئِكَتَهُۥ يُصَلُّونَ عَلَى ٱلنَّبِىِّ ۚ يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ صَلُّوا۟ عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا۟ تَسْلِيمًا

Certes, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète ; ô vous qui croyez, priez sur lui et adressez [lui] vos salutations.

Sourate Al-Ahzab, verset 56

Prière sur le Prophète ﷺ