Islam > Coran > Tajwid > Rencontre de deux sâkina
Les deux sâkina se rencontrent soit dans un seul mot, soit dans deux mots.
S'ils se rencontrent dans un seul mot, cela se produit soit uniquement à l'arrêt, soit à la fois dans la liaison (waṣl) et à l'arrêt.
Cette rencontre, prise isolément, est permise, que le premier sâkina soit une lettre de madd, une lettre de lîn ou une sâkina véritable.
Exemple d'une lettre de madd : {إِنَّ الأَبْرَارَ} ¹, {وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ} ², {الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ} ³.
Exemple d'une lettre de lîn : {فَلْيَعْبُدُوا رَبَّ هَذَا الْبَيْتِ} ⁴, {وَآمَنَهُمْ مِنْ خَوْفٍ} ⁵.
Exemple d'une sâkina véritable : {حَتَّى إِذَا فَشِلْتُمْ وَتَنَازَعْتُمْ فِي الْأَمْرِ} ⁶, {رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا} ⁷, {أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّ اللَّهَ الَّذِي خَلَقَ السَّمَوَاتِ وَالْأَرْضَ} ⁸.
Il est donc permis de s'arrêter sur chacun des mots précédents où les deux sâkina se rencontrent en propre. Mais si l'on relie le mot sur lequel on s'est arrêté à ce qui le suit, le second sâkina reçoit sa voyelle d'origine ; car c'est un sâkina accidentel qui n'existe que pour l'arrêt.
Leur rencontre dans la liaison et à l'arrêt se produit autrement que prise isolément, que ce soit dans un seul mot ou dans deux mots.
Dans le mot unique, ils se rencontrent à la fois en liaison et à l'arrêt comme dans : {الصَّاخَّةُ} ¹, {أَتُحَاجُّونِّي} ², {آلآنَ} aux deux endroits de Yûnous ³, {الم} ⁴, et ce qui leur ressemble. Il faut alors se libérer de la rencontre des deux sâkina, au moyen du madd long de six mouvements ; car c'est une lettre de madd suivie d'un sâkina obligatoire en liaison comme à l'arrêt : c'est là le madd lâzim.
Dans les deux mots, ils ne se rencontrent qu'à l'état de liaison, et il faut alors s'en libérer, comme l'établissent les règles de la langue arabe, soit en supprimant le premier sâkina, soit en le voyellant.
La libération par la suppression se fait dans une lettre de madd que l'on supprime en liaison et que l'on maintient à l'arrêt ; c'est un type de madd originel, comme dans {إِذَا الشَّمْسُ كُوِّرَتْ} ⁵, {وإذْ قالُوا اللَّهُمَ} ⁶, {وَفِي السَّمَاءِ رِزْقُكُمْ} ⁷. Cette suppression n'a lieu dans la prononciation qu'à l'état de liaison ; car la lettre supprimée demeure, en général, dans la graphie du muṣḥaf (rasm).
Il arrive aussi que la lettre de madd soit supprimée en liaison comme à l'arrêt, parce qu'elle l'est dans la graphie, comme dans {رَبِّ أَرِنِي كَيْفَ تُحْيِي الْمَوْتَى} dans al-Baqara ⁸ : si nous nous arrêtons sur {تُحْي}, nous nous arrêtons avec le sâkina sur le yâ' qui est le 'ayn du mot, car le second yâ', qui est le lâm du mot, est supprimé dans la graphie pour cause de rencontre des deux sâkina.
Quant à la libération des deux sâkina par la voyellation, les lecteurs divergent tantôt et s'accordent tantôt.
Ils divergent lorsque le premier sâkina termine le mot et que le second se trouve dans un mot qui commence par une hamza de liaison portant la damma à l'initiale, en raison de la damma obligatoire de la troisième radicale. Nâfi', Ibn Kathîr, Ibn 'Âmir et al-Kisâ'î voyellent alors le premier sâkina avec la damma, à la suite de la damma de la troisième.
Quant à Hafs et à ceux qui suivent son avis parmi les autres sept lecteurs, ils voyellent le premier sâkina avec la kasra, conformément à l'origine de la libération de la rencontre des deux sâkina. Le premier sâkina est alors l'une des lettres de « litnûd » ou le tanwîn ¹.
Exemple du lâm : {قُلِ ادْعُوا اللَّهَ} dans al-Isrâ' ² : le lâm de {قُلْ} est sâkina, et il rencontre le dâl de {ادْعُوا}, elle aussi sâkina ; on voyelle donc le lâm avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Exemple du tâ' : {وَقَالَتِ اخْرُجْ عَلَيْهِنَّ} dans Yûsouf ³, et il n'y en a pas d'autre dans le Coran : le tâ' du féminin dans {وَقَالَتْ} est sâkina, et il rencontre le khâ' de {اخْرُجْ}, elle aussi sâkina ; on voyelle donc le tâ' avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Exemple du nûn : {وَلَوْ أَنَّا كَتَبْنَا عَلَيْهِمْ أَنِ اقْتُلُوا أَنْفُسَكُمْ} dans an-Nisâ' ⁴ : le nûn de {أَنْ} est sâkina, et il rencontre le qâf, elle aussi sâkina ; on voyelle donc le nûn avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Exemple du wâw : il se trouve, pour eux, dans trois endroits, pas un quatrième :
Le wâw de {أو} est sâkina et rencontre le khâ', le dâl ou le nûn, tous sâkina ; on voyelle donc le wâw avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Exemple du dâl : {وَلَقَدِ اسْتُهْزِئَ بِرُسُلٍ مِنْ قَبْلِكَ} dans al-An'âm ⁸, ar-Ra'd ⁹ et al-Anbiyâ' ¹⁰ : le dâl de {قَدِ} est sâkina et rencontre le sîn, elle aussi sâkina ; on le voyelle avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Exemple du tanwîn : {وَلا يُظْلَمُونَ فَتِيلاً، انظُرْ} dans an-Nisâ' ¹, {بِرَحْمَةٍ ادْخُلُوا الْجَنَّةَ لا خَوْفٌ عَلَيْكُمْ} dans al-A'râf ² : le tanwîn est un nûn sâkina additionnel qui rencontre le nûn et le dâl sâkina ; on le voyelle avec la kasra pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Les lecteurs s'accordent pour ce qui est en dehors des conditions mentionnées, comme dans {وَيَسْأَلونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي} dans al-Isrâ' ³, {أَنِ امْشُوا وَاصْبِرُوا عَلَى آلِهَتِكُمْ} dans Sâd ⁴, {فَارْجِعِ الْبَصَرَ هَلْ تَرَى مِنْ فُطُورٍ} dans al-Mulk ⁵, {فَلْيَنْظُرِ الْإنْسَانُ مِمَّ خُلِقَ} dans at-Târiq ⁶.
Tous les lecteurs s'accordent sur la voyellation du premier sâkina avec la kasra dans ces exemples et leurs semblables.
Il en ressort que Hafs lit tout ce qui précède, avec ses exemples, en voyellant le premier sâkina avec la kasra, conformément à l'origine de la libération de la rencontre des deux sâkina.
Il sort de cette origine en certains endroits, en voyellant le premier sâkina avec la fatha ou avec la damma.
Le premier : la préposition {مِنْ}, comme dans {وَأَنَا عَلَى ذَلِكُمْ مِنَ الشَّاهِدِينَ} dans al-Anbiyâ' ⁷ : le mîn de « min » est une particule de génitif invariable sur le sâkina, mais on l'a voyellée avec la fatha pour se libérer de la rencontre des deux sâkina sans passer par la kasra, en raison de la lourdeur du passage de la kasra à la fatha.
Le second : le tâ' du féminin, lorsqu'il est en annexion au duel, comme dans {كَانَتَا تَحْتَ عَبْدَيْنِ مِنْ عِبَادِنَا صَالِحَيْنِ} dans at-Tahrîm ¹ : le tâ' du féminin est une lettre invariable sur le sâkina, et l'alif du duel est sâkina également ; on voyelle donc le tâ' avec la fatha, car l'alif ne convient qu'à la fatha de ce qui la précède.
Le troisième : {الم، اللَّهُ لا إِلَهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ}, au début d'Âl 'Imrân : le mîm est une lettre de l'alphabet invariable sur le sâkina, et elle rencontre le lâm du nom de la Majesté, sâkina après la suppression de la hamza de liaison ; on voyelle donc le mîm sans passer par la kasra, pour préserver le tafkhîm du nom de la Majesté.
Le premier : le wâw de lîn du pluriel, comme dans {فَتَمَنَّوُا الْمَوْتَ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ} dans al-Baqara ², et {يَوْمَئِذٍ يَوَدُّ الَّذِينَ كَفَرُوا وَعَصَوُا الرَّسُولَ لَوْ تُسَوَّى بِهِمُ الْأَرْضُ} dans an-Nisâ' ³ : le wâw de lîn y est une lettre sâkina précédée de la fatha, mais on le voyelle avec la damma pour se libérer de la rencontre des deux sâkina.
Le second : le mîm du pluriel, comme dans {وَسَخَّرَ لَكُمُ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ} dans an-Nahl ⁴, et {ثُمَّ رَدَدْنَا لَكُمُ الْكَرَّةَ عَلَيْهِمْ} dans al-Isrâ' ⁵ : le mîm du pluriel est une lettre invariable sur le sâkina, et elle rencontre le lâm de l'article, sâkina après la suppression de la hamza de liaison ; on voyelle donc le mîm avec la damma pour se libérer de la rencontre des deux sâkina, car la damma est sa voyelle d'origine ⁶.
Note 1 : sourate al-Infitâr, 13.
Note 2 : sourate al-Baqara, 5.
Note 3 : sourate al-Fâtiha, 2.
Note 4 : sourate Quraych, 3.
Note 5 : sourate Quraych, 4.
Note 6 : sourate Âl 'Imrân, 152.
Note 7 : sourate al-Bayyina, 8.
Note 8 : sourate al-Isrâ', 99.
Note 1 : sourate 'Abasa, 33.
Note 2 : sourate al-An'âm, 80.
Note 3 : versets 51, 91.
Note 4 : sourate al-Baqara, 1.
Note 5 : sourate at-Takwîr, 1.
Note 6 : sourate al-Anfâl, 32.
Note 7 : sourate adh-Dhâriyât, 22.
Note 8 : verset 260.
Note 1 : voir {إتحاف فضلاء البشر}, p. 153, et {شرح ابن الفاصح على الشاطبية}, p. 206.
Note 2 : verset 110.
Note 3 : verset 31.
Note 4 : verset 66.
Note 5 : verset 66.
Note 6 : verset 110.
Note 7 : verset 3.
Note 8 : verset 10.
Note 9 : verset 32.
Note 10 : verset 41.
Note 1 : versets 49, 50.
Note 2 : verset 49.
Note 3 : verset 85.
Note 4 : verset 6.
Note 5 : verset 3.
Note 6 : verset 5.
Note 7 : verset 56.
Note 1 : verset 10.
Note 2 : verset 94.
Note 3 : verset 42.
Note 4 : verset 12.
Note 5 : verset 6.
Note 6 : voir {إتحاف فضلاء البشر في القراءات الأربع عشر}, p. 124.
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Mis à jour le 01 octobre 2026